• Bacary Goudiaby

Tafsir Ndické Dièye: Ecrire pour exister.


Dans un monde d’exclusion où désormais les avatars du système confinent à un ostracisme captieux, il est clair que toute spécificité culturelle sortie du conforme sécurisant est tenue en suspicion, voire frappée de cette proscription qui cherche, avec une obstination têtue et imbécile, à "épurer" tous les modes de création, (ici littérature) de ses éléments étrangers; éléments qui en constituent pourtant le terreau; terreau nécessaire et indispensable à toute fécondité de l’imagination.

Face à cette fâcheuse tendance à s’essouffler dans le prosaïsme, une autre manière de ressentir les choses tout en s’exprimant dans une langue qui nous est commune (par une de ces invraisemblables aberrations de l’Histoire)!!!, me semble pour le moins légitime.

Une autre facture ne signifie point être vassal lige ou affidé. La revendication de mon identité n’en sera que plus forte. Avant de chercher à apporter à autrui, encore faut-il savoir qui on est soi-même. Nous refusons d’être réduits à être des cobayes pour d’éventuels vaccins. Donc comme le prédisait Césaire, deux plus deux font cinq; alors je dis B comme Écrivain!

En me penchant au dessus de l’écran en veille de ma machine pour parler de mon ami, je me rends compte soudain qu’il est difficile de parler de quelqu’un qu’on aime. Aussitôt une autre certitude vient à mon secours: "Il est facile de parler de quelqu’un qui a du talent".

Tafsir Ndické Dièye est né un mois de juillet à Thiadiaye, dans le département de M'bour sur la Petite côte sénégalaise. Ndické est un rebelle. Il est rebelle dans sa plus noble signification. Il n’était surement pas prédestiné à écrire. Issu d’une famille religieuse qui a eu à islamiser une grande partie des populations de Thiadiaye, il a laissé son turban s’envoler, emporté par ce mystérieux vent du désert qui nous montre à travers des arabesques sur le sable des dunes notre nouvelle destiné. Tafsir est un écrivain à l’inspiration fertile et au ton généreux.

A travers ses œuvres il nous ouvre son cœur qui voyage en "Casamance où l'assassinat de Madeleine" nous dévoile une facette intime et méconnue cette région qu’il ne compte pas abandonner à "Ces fossoyeurs de la république" qui ont trahi jusqu’à leur âme ce peuple qui pourtant y croyait, L’ "Odeur de sang" qui échappe des habits assassins d’une élite qui tente par tous les moyens de cacher sous la couverture vertueuse d’une démocratie éprouvée l’"Horreur au palais" en s’adonnant à un "Sacrifice satanique" au nom d’ambitions chaque jour plus grandes.

Et pour se poser, il nous emmène vers de nouvelles terres parsemées de poésies où il nous supplie à nous gardiens vieillissants et hors-temps de traditions révolues de les laisser vivre, de respecter l’amour; le vrai alors il nous lance désabusé un cri du cœur: "Silence! On s’aime". Pour ces tourtereaux dont le seul pêché est de s’aimer, ce plaidoyer poétique prépare avec une fervente religiosité leur "Pèlerinage au temple de l’amour".

Poète, romancier et chroniqueur Tafsir Ndické Dièye est tout cela à la fois. Les distinctions et autres reconnaissances ne lui font pas décoller vers les nuages. L’auteur de la biographie consacrée du grand tambour major du Sénégal Doudou Ndiaye Rose est le Secrétaire chargé de la Presse et de la Communication de la Convention Nationale des Écrivains et Editeurs du Sénégal. Parrain du premier festival dédié aux poésies d’Afrique et des Outre-Mers "Les Palabres poétiques" de Lyon, il en fut non moins le Premier lauréat du trophée d’honneur distingué par les élèves de collèges et lycée de la capitale de Gaules. Passionné de voyages et d’espaces, c’est donc tout naturellement qu’une de ses citations sur la Paix fut apposée sur les avions du Raid Latécoère Aéropostale lors de la célébration de son Centenaire en 2018.

Comme une bougie allumée aux quatre vents, l’auteur de "La Chandelle de l’amour" nous interroge comme porté par une prémonition sur notre monde d'aujourd’hui dans lequel notre Humanité se perd dans une modernisation outrancière, une industrialisation déshumanisante et une numérisation robotisante. Le lauréat de l’Édition 2019 du Festival International du Livre du Tchad en décembre 2019 offre à nos âmes confinées une œuvre qui en ces temps de grande confusion, de grande incompréhension et de grande indifférence à autrui, sa flamme faite d'amour, de fraternité et d'espoir, pour un monde plus juste et plus solidaire.