• Editorial/P. Kananura

Covid-19: L'Afrique et sa "potion magique".


En Afrique, le coronavirus a été plus une pandémie médiatique avant de devenir une épidémie médicale. Sur le plan international, nous sommes submergés d’informations imaginaires, inondés d’analyses biaisées et prédites de perspectives catastrophiques sur la situation du continent avec un objectif stratégique de surenchère alarmiste pour soumettre les élites africaines à la soumission volontaire. Les prédictions de millions de morts ont défrayé la chronique avec les citations des voix autorisées de l’ONU, de l’OMS, de la Fondation Gates et des experts en catastrophisme en tous genres. La sincérité des discours de solidarité tenus par des responsables mondiaux est douteuse, car derrière les mots de compassion stigmatisante, il y a un fond d’influence négative et d’intérêt cachés. La pandémie mondiale de coronavirus, malgré la mort et la dévastation, n’a pas freiné la course féroce de positionnement des puissances pour des intérêts géostratégiques. Par contre, la faible ampleur de la crise épidémique n’exclut pas une crise économique terrible en fonction des décisions publiques et stratégiques prises par des pays.

Au-delà de la crise sanitaire, le Covid-19 est un combat géopolitique qui expose les faiblesses des pays et des peuples. La stigmatisation, l’indexation, l’infantilisation médiatique de l’Afrique fait partie des stratégies rodées pour mettre à genou le continent le plus riche en ressources naturelles avec les dix premières matières stratégiques qui font la puissance des Autres. Les Occidentaux sont-ils mécontents que le coronavirus soit très partiel et sélectif? Il semble épargner les pauvres Africains, touche les Asiatiques et tue des milliers d’Américains et d’Européens. Mais l’intoxication médiatique sur l’Afrique fait peur et devient néfaste pour la sérénité des décisions publiques.


La géopolitique de production et de commercialisation des médicaments se présente en modèle économique renversé: l’Afrique fournit les matières premières en principe actif (plantes) à des prix dérisoires, l’Occident modélise et invente des brevets à ces produits en Recherche et Développement (RD) pour en tirer d’énormes bénéfices et l’Asie (Chine, Inde) assure la Production et Fabrication (PF) des produits de santé bas de gamme à vendre très cher à l’Afrique. Ce processus en inversion stratégique est labellisé et parfois financé par l’OMS. Donc, l’Afrique est à la fois le marché de produit brut de plantes médicinales, le marché d’expérimentation médicale et le marché de commercialisation (consommation) des produits finis (médicaments, vaccins). Les industries de médicament utilisent les populations du Sud pour résoudre les problèmes de santé publique du Nord. Nous pouvons inverser ce modèle pour plus d’équité et d’éthique. Tout est une question de volonté politique. Le pire scénario serait que nous continuons à demeurer sans recherche scientifique en médecine traditionnelle africaine capable de répondre aux besoins en santé des Africains.


"Le catastrophisme annoncé (de coronavirus), reflet de notre vision de l’Afrique" titre la tribune de Laurent Vidal, Fred Eboko et David Williamson, chercheurs à l’IRD (Institut de Recherche pour le développement). Ils notent "la persistance dans les médias de l’idée que la catastrophe (le mot est systématiquement utilisé), à défaut de l’hécatombe attendue, sera nécessairement économique ou politique, ou les deux". Les projections alarmistes trouvent leur fondement dans les représentations de l’Afrique, de sa place dans le monde avec l’habitus du catastrophisme, où "l’Afrique était confinée dans le rôle du berceau de la mort et des maux dont on ne guérit pas sans intervention extérieure et "humanitaire". Ces convictions ancrées du continent des maladies, du malheur, des conflits, du chaos, et de l’incompétence sont nourries quotidiennement par des images sciemment projetées par des télévisions et des médias en manque de sensation. C’est cette difficulté de penser l’Afrique comme un acteur dans la marche du monde que nous devons acter et changer maintenant.


L’OMS déclarait régulièrement s’inquiéter pour l’Afrique, alors que c’est le continent le moins touché du monde. La dimension géopolitique, de cette crise sanitaire, transparaît dans cette étrange inquiétude sélective de la communauté internationale. Alors que l’Occident s’embrouillait dans les mesures de sortie de crise et l’Asie relançait des activités économiques, l’Afrique est devenue l’objet de toutes les attentions y compris malsaines. Une inquiétude ciblée avec l’esprit mal tourné visait à mettre la pression sur les dirigeants africains afin de prendre précipitamment des mesures qui ne servent à rien sur le plan sanitaire et qui détruisent l’importance cruciale de l’économie informelle pour replonger les pays dans la crise socio-politique et les débats inutiles. C’est tout simplement une stratégie bien rodée de domination géopolitique et idéologique. Dans une tribune du quotidien "The Financial Time" du 25 mars 2020, le Premier ministre éthiopien Abyi Ahmed s’inquiétait de l’incohérence stratégique des luttes menées individuellement par chaque État sur son territoire sans vision panafricaine.


Les scénarios catastrophiques, largement relayés par les médias internationaux, circulent sur l’Afrique sur des bases très discutables de pauvreté, de crise de l’information sur la réalité des chiffres des malades et de déficit du système de santé qui peuvent faire de l’Afrique l’épicentre de la pandémie. Une modélisation réalisée par des chercheurs de la London School of Hygien and Tropical Medicine prévoyait 450.000 cas d’infections en début mai. Selon des projections de la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies (CEA), le nombre d’infectés du Covid-19 pourrait atteindre 10 millions de personnes. Une étude de l’OMS estime que le nombre d’infectés sera entre 29 à 44 millions (dont 190.000 décès) au cours de la première année de la pandémie, car "le plus faible taux de transmission explique une prolongation de l’épidémie sur plusieurs années". Dans le pire de scénarios des fondations de bienfaisance, ce nombre pourrait atteindre les 100 millions (dont 300.000 décès). Ces pires craintes d’explosion des cas du Covid-19 ne sont pas encore concrétisées, car il s’agit des pluies de mensonges et de peurs pour provoquer la panique et des réactions irrationnelles.


Le nombre de décès est plus faible en Afrique qu’en Occident. Selon un bilan fourni par l’AFP, le continent africain comptait au 11 mai, quelque 2.318 décès et 65.338 cas de personnes infectées. L’Europe totalisait au même jour 157.271 décès pour 1.756.578 cas enregistrés, tandis que les États-Unis et le Canada comptaient 84.950 décès et 1.409.724 cas confirmés. Ces chiffres sont extrêmement bas et l’on est très loin d’une situation dramatique justifiant tant de mesures aberrantes et de bruit observés. Le séisme sanitaire tant redouté par de nombreux responsables et experts ne s’est pas produit et le continent fait bien meilleure figure que l’Europe, l’Amérique ou l’Asie. Il est difficile de trouver les fondements objectifs d’une telle inquiétude mondiale à l’exception de la propagation des fausses informations sur de prétendus "chiffres anormalement bas rendus publics par les pouvoirs publics en Afrique" pour minimiser la gravité de l’épidémie. Malgré le faible nombre de morts sur le continent depuis le début de la crise sanitaire, les discours néfastes continuaient de se propager gratuitement alors que la contagiosité et la circulation de coronavirus ne sont pas extrêmes. Toutes les agitations de spécialistes et humanitaires reposent sur des fantasmes lointains des périodes sombres de l’histoire violente. Ces prédictions rentrent dans le processus de modes d’influence dont les officines masquées avançaient toujours avec des visages sans masques pour promouvoir le règne du business. Ces manœuvres dilatoires n’ont d’autres objectifs que de maintenir l’Afrique hors-jeu du nouvel ordre mondial qui se met en place. Le coronavirus est une opportunité de changement et on fait tout pour confiner l’Afrique dans son rôle de spectateur de concurrence et de combat mondiaux. Un pays sans ennemi peut difficilement exister comme entité souveraine. L’Afrique n’a que des amis qui se précipitaient à son chevet en toute circonstance. C’est une situation ubuesque où tout le monde vient se détendre et faire des affaires. Ce n’est plus possible et ça devrait changer maintenant pour préparer le monde d'après Covid-19.


La fabrication médiatique de l’immensité du danger imaginaire est un facteur de crainte et d’atmosphère angoissante qui fait perdre tout bon sens avec une altération de jugement objectif de la situation. La peur ne protège rien, elle anéantit et annihile la résistance, elle paralyse l’action et dicte des décisions contradictoires en décalage avec les réalités. Par exemple, les mesures de confinement sans subsidiarité ni distribution massive de nourriture déplacent le problème de sécurité sanitaire vers celui temporaire de besoin alimentaire. Mais c’est de faim dont les populations vont beaucoup mourir si on ne décide pas vite de reprendre des activités du secteur informel qui font vivre plus de 70% des urbains.


La pression médiatique agit sur le psychique pour provoquer la psychose et par conséquent augmenter le seuil de peur qui est relativement bas par rapport à l’Occident. Les effets de confinement et la campagne de peur orchestrée par les médias font en sorte que la majorité de la population est incapable de comprendre ce qui se trame derrière les mesures décrétées par les gouvernements sous pression extérieure. On distille la peur pour obtenir facilement le consentement des responsables et la docilité des populations pour faire accepter des mesures savamment inoculées à travers l’ensemble de notions relayées par des médias grand public. C’est la méthode d’immobilisation de l’adversaire, bien évoqué dans l’ouvrage "La Doctrine du Choc", de la Canadienne Naomi Klein. Le choc de la pandémie du coronavirus est utilisé pour accélérer le processus de changement profond des structures anthropologiques, politiques et socio-économiques actuelles. Toutefois, la peur de mourir fournit une opportunité d’implémenter les vaccins obligatoires avec puçage de la population à des fins de traçabilité. Dans cette logique, les réseaux sociaux ont fait un travail énorme de conscientisation des populations: même au fin fond des villages isolés, l’information est passée que les vaccins sont mauvais pour la santé individuelle.


La stratégie de tester, tracer, isoler et traiter fonctionne plus ou moins bien. Par contre, la dépendance envers des tests importés peut s’avérer catastrophique. Certains tests de dépistage du coronavirus ne sont pas fiables, en témoignent la Tanzanie dont le Président a révélé que les examens de chèvre et de papaye, envoyés sous fausse identité humaine au laboratoire, ont été testés positifs au Covid-19. Il a annoncé l’ouverture d’une enquête sur le laboratoire médical national pour déterminer la gravité des défaillances des machines, car "certaines personnes qui ont été testées positives n’ont même pas cette maladie et la situation n’est pas aussi mauvaise que le prétendent les alarmistes de mauvaises augures". Les kits de test défectueux font partie de kits qui étaient offerts à l’Afrique par la Fondation Jack Ma. Cet incident scientifique et médical grave n’a pas été relayé par les médias internationaux. Cette vision de deux poids, deux mesures n’est pas neutre: il faut toujours se méfier des choses gratuites. La Santé Canada a aussi confirmé sur Radio-Canada que 380.000 trousses de dépistage de Covid-19, appelées écouvillons et achetées auprès du fabricant chinois Yancheng Rongtai Labware Co. Ltd, ont fait l’objet d’un rappel urgent du 28 mars au 3 avril en raison d’un problème de contamination. Ces révélations soulèvent la question de la fiabilité des tests et de la réalité objective des cas confirmés. Il faudra faire très attention aux propositions d’aides sanitaires faites à l’Afrique pour ne pas profiter de l’occasion pour introduire des produits de propagation du virus, afin de confirmer la catastrophe annoncée tambour battant. Le contrôle strict des produits et des humanitaires relève d’une perspective de sécurité nationale.


La fabrication des pays africains dans la destruction de puissance (colonisation) et la reconstruction de l’impuissance des indépendances augurait la théorie de confinement permanent. L’épidémie de coronavirus est une occasion de dé-confiner les pays pour retrouver les attributs de souveraineté afin que les peuples disposent d’eux-mêmes le pouvoir de gouvernance. L’Occident et la Chine ne se laisseront pas faire, ils vont proposer des aides post-covid pour maintenir l’Afrique dans la précarité. C’est le but de la médiatisation outrancière pour affaiblir l’Afrique en la confinant dans une "stratégie du pauvre" avec une intériorisation permanente du sentiment d’échec pour mieux préparer la continuité de sa domination diplomatique, politique, économique et stratégique.


Sur le théâtre des conflits, le vide géostratégique des puissances, occupées par la gestion domestique de la pandémie, est visible en Libye, au sahel et à l’Est de la Rdc, où des États ébranlés pour exercer leurs responsabilités régaliennes reçoivent des propositions du matériel médical humanitaire de partout. Dans ce contexte de guerre économique, il est probable que la compétition soit féroce pour accroître une influence géopolitique de deux lignes de front concentriques, l’Occidentale et la ruchinatique (Russie – Chine- Asie). Dans cette confrontation, la ligne panafricaine de neutralité serait préférable à condition que l’Afrique se ressaisisse pour défendre ses intérêts stratégiques.


Le coronavirus a ébranlé le sentiment de supériorité de l’Occident qui découvre brusquement ses vulnérabilités en cas d’attaque bactériologique. Sans entrer dans le jeu d’influence Ouest-Est, l’Afrique devrait commencer à élaborer son propre agenda de positionnement stratégique sur l’échiquier mondial. Dans cette perspective de changement doctrinal, le soutien et l’adhésion de tous les chefs d’État et de gouvernement africains au médicament malgache contre le Covid-19 sont le premier pas d’indépendance longtemps chantée.

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