• Bacary Goudiaby/Editorial

"Circulez. On tue"!


Il s’appelait George Floyd. Son nom vient s’ajouter à la trop longue liste des victimes de violences policières aux États-Unis. On oubliera son nom dans quelques heures. On oubliera ses images d’une mort en direct dès qu’on recevra une notification d’une nouvelle vidéo d’un chaton qui essaie de rattraper une pelote.

Minneapolis a été le théâtre de heurts entre manifestants et forces de l’ordre le mardi 26 mai en raison du meurtre “injustifié, insupportable et scandaleux” et en direct de George Floyd. Dans la soirée, des heurts ont éclaté entre manifestants et forces de l’ordre en tenue antiémeute. Lors de la manifestation, la foule a scandé “Je ne peux pas respirer” et a demandé que les policiers impliqués “soient rapidement poursuivis”.


George Floyd est mort parcequ’il est noir. George Floyd, âgé de quarante six ans, est mort lundi soir à la suite d’une brutale arrestation de police. Une passante a filmé l’horrible scène et de la diffusée en direct sur Facebook. Dans cette vidéo, on peut le voir plaqué contre le sol d’une rue de Minneapolis, le genou d’un policier sur son cou, et on l’entend déclarer à plusieurs reprises, le souffle coupé: "s’il vous plaît, je ne peux plus respirer". Plusieurs fois dans l’enregistrement, on remarque que les forces de l’ordre sont interpellées par des passants mais ne bougent pas.

Pour peu qu’on soit humain, ne peut qu’avoir des larmes aux yeux et ensuite dire "Pourquoi". Et en tant qu’humain, on est profondément touché et meurtri par ces neuf minutes qui montrent le dernier supplice de George Floyd. Oui, il faut regarder cette vidéo et la faire tourner au maximum. Ce n’est pas du voyeurisme. Mais comme le souligne le journaliste Daniel Schneidermann, au final, ça reste important de regarder. Pour comprendre. Comprendre ce qu’est la vie d’un afro-américain aux Etats-Unis et ailleurs. Et le peu de valeur qu’elle peut avoir aux yeux d’une partie de la population du pays… et d’une partie de la police.

"Black Lives Matter". Ce ne sont que quelques mots inscrits sur des pancartes de militants qui ne seront jamais entendus. Ce cri du cœur, cet appel de détresse pour tous ceux qui sont encore opprimés. Victimes du racisme. Des clichés. Des délits de faciès est devenu une banalité sur laquelle des forces de l’ordre balancent du gaz lacrymogène comme pour dire: "On vous emmerde avec un grand A".

Alors on continuera à filmer les assassinats d’innocents dans les rues de l’occident. Ces vidéos ne suffisent surement pas à capter tous les sentiments, les dangers et les humiliations que subissent les noirs au pays de l’Oncle Sam. Mais elles sont révoltantes et montrent à quel point la vie d’un homme peut être enlevée juste à cause de sa couleur de peau.


Certains avanceront le contexte, et c’est vrai, aucune information n’est vraiment parlante prise hors de son contexte: pourquoi a-t-il été interpellé? A-t-il été violent avec la police? Voilà les premières questions que poseront les soi-disant défenseurs de la liberté pour justifier l’injustifiable: un meurtre. Un nouveau meurtre d’un noir par la police.

Parce que quel que soit le contexte, rien n’autorise à tuer un homme froidement dans la rue en lui coupant la respiration pendant de nombreuses minutes. Sur cette vidéo, on voit que George Floyd était au sol. Il n’était pas armé. Il pleurait. Il suppliait l’officier de police d’enlever son genou de sa nuque. Il a dit qu’il les suivrait dans la voiture s’il le laissait respirer. Son assassin n’a pas bronché. Et George Floyd a fini par s’évanouir. Et par mourir. Devant des témoins, des passants, qui n’ont cessé de demander aux agents de le laisser respirer.

Oui, ces quelques minutes sur une vidéo ne suffisent pas à comprendre. Mais elles démontrent le mépris qu’il peut y avoir envers un autre être humain. Et ce n’est pas comme si c’était nouveau. Il y a tellement d’autres exemples. De quoi dégoûter. Les athlètes noirs sont adulés quand ils rapportent des milliards de dollars aux franchises et font rêver la planète. Mais pour tous les autres, tous les autres sont en danger simplement en vivant en tant qu’afro-américains aux Etats-Unis.

Seulement aux Etats-Unis? Peut-on simplement se rassurer en pensant que ça ne se passe que de l’autre côté de l’Atlantique? Combien de temps avant que cette violence non-contrôlée se propage? Est-elle-même déjà là? La France n’a certainement pas la même culture des armes et des cow-boys mais peut-on fièrement se regarder devant un miroir en parlant de violences policières ou de discriminations? Combien de temps allons-nous encore accepter ça? Qu’aux Etats-Unis? Nous avons déjà eu des exemples similaires, ici, en France ! Oui, il y a plus de cas là-bas. Mais un cas, c’est déjà trop! C’est déjà trop!


Et les propos d’Adriana Jordana font irruption. Dans un débat avec Besson à propos des violences policières sur le plateau de Laurent Ruquier, Adriana Jordana a tenu les propose suivants en parlant des policiers: "Ils sont censés nous protéger, mais il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic, et j’en fais partie (...) Aujourd'hui, j'ai les cheveux défrisés, quand j'ai les cheveux frisés je ne me sens pas en sécurité face à un flic en France".

La comédienne a poursuivi en indiquant: "Le combat est tel, qu'on ne peut pas voir l'espèce de virgule qui serait l'arbre qui cache la forêt et qui permettrait de minimiser le combat dont il est question (...) Si à chaque fois, au lieu d’avoir un non-lieu quand une femme ou un homme noir ou arabe, ou simplement pas blanc, se fait tuer (...) peut-être que les flics ne seraient pas détestés en fait."


Et pourtant on a tout essayé.

9 vues