Casamance: Le plus dur est à venir…

14/07/2007

Les sénégalais ont certainement tous prononcé le fameux «ndeyssane»! à l’annonce de la mort du prélat, leader du Mfdc. Après ce moment de compassion légitime, nous devons maintenant tous dire «thieuye»!

Puisque: quoi que l’on pense du prêtre, l’Abbé Diamacoune Augustin Senghor a toujours été la soupape de sécurité qui a évité jusqu’ici que le mouvement rebelle ne tombe dans une crise extrême.

«Thieuye fou gnou dieum»! Pour être complet. Les dirigeants du Mouvement des forces Démocratiques de la Casamance doivent se montrer les dignes héritiers de l’Abbé. Ils devront maintenant montrer à tous qu’ils sont dignes de diriger une Casamance éventuellement indépendante. Ils doivent enfin nous montrer que toutes les vies perdues que nous continuons de pleurer ne sont pas des vaines victimes. Que tous les villages incendiés et désertés ne seront pas tant de malheurs gratuitement endurés.

Certains dans leur exile continuent d’attiser le feu qui n’as que trop détruit les forêts dont la verdure et l’humidité fertiles ont toujours fait la fierté des «Adiamate» (Diolas). Le Sénégal a trop souffert de cette situation qui ne dit plus son nom. Les leaders du mouvement nous doivent maintenant de nous proposer une véritable «feuille de route» pour sortir la Casamance de cette situation qui a assombri le visage des jeunes filles aux seins fermes que l’on rencontre sur les pistes poussiéreuses des villages abandonnées. Les femmes ont abandonné les rizières séculaires héritage d’un lègue dont elles ont la responsabilité de travailler pour faire sortir de ses entrailles la vie qui nourrit tout un peuple. Les hommes en âge de prendre la daba ont fui les champs pour la capitale où ils sont réduits à des tâches de veilleurs de nuit, de domestiques, ou tout simplement à grossir les listes déjà fournies de jeunes au chômage.

 

Aujourd’hui que l’abbé n’est plus, quel souvenir devons-nous garder de lui. Celui d’un prêtre qui a déserté les pistes qui mènent à l’école où il inculquait le savoir aux jeunes casamançais. Celui d’un prêtre qui a changer le discours d’une religion qui prône l’amour contre celui qui sème le doute et la haine du frère d’hier devenu le pire ennemi. Celui d’un leader-prêtre-chef de guerre qui avait vers la fin de sa vie compris enfin que la paix peut être le meilleur cadre pour négocier une reconnaissance refusée aux ressortissants de la Casamance. Que restera-t-il de tout cela! Et surtout comment les générations futures se rappelleront-elles de lui quand dans les veillées qui reprendront certainement un soir à la claire de lune dans ces villages désertées qui retrouveront l’ambiance d’antan, sa légende au côté des grandes figures de cette région du Sénégal : Aline Sitoë, Ahoune Sané, Djignabo Diatta, Emile Badiane, Adama Diallo, Angran Badiane, Bassirou Cissé…

 

Pour ma part je me souviens de cette silhouette qui franchissait la porte de la salle où l’attendaient les visiteurs du dimanche qui ont pu avoir le laissez-passer nécessaire pour voir «Anifane», ou le «Vieux» lors de son premier séjour carcéral au Camp Sékou Mbalo plus connu sous le nom de «Camp Pénal» qui imposait ses miradors insolents sur le populaire quartier de Khar Yallah d’où nous parviennent encore l’écho des cris d’une génération d’enfants devenus aujourd’hui des responsables qui n’avaient qu’un vieux ballon pour extirper une frustration des jeunes d’un quartier populaire de Dakar. L’abbé prêchait pour que les visiteurs comprennent la cause de la rébellion. Il promettait que l’indépendance serait pour bientôt et que les enfants (il pointait son doigt vers moi) grandiront dans une Casamance indépendante. Depuis, il a occupé plusieurs fois la cellule en compagnie de compagnons aussi déterminés. Des saisons de pluies ont succédé à des saisons sèches. Des récoltes ont succédé à d’autres. Les festivités de fin de récoltes continuaient à perdre de leurs splendeurs qui faisaient la fierté des villages qui voyaient leurs vigoureux jeunes gens se défier dans le cercle fraternel qui acclame et portent en triomphe le vainqueur, et les promesses de l’abbé ne se concrétisaient toujours pas.

Nous avions beaucoup espéré avant et pendant «Foundiougne 1». Mais nous avons très vite désenchanté. Les camions de l’armée continuent de sillonner les routes et les pistes de la Casamance, les actes de barbaries attribués aux Mfdc continuent de terroriser les populations; Et le dernier en date est celui de l’assassinant du président du Conseil Régional de Ziguinchor.

Le leader du Mfdc est mort. Nous pleurons la disparition d’un homme, mais nous ne fermons pas pour autant ce livre dont les pages sont écrites avec le sang des enfants innocents et martyrs de la Casamance.

En priant pour le repos de son âme, prions aussi que le «Front Nord», le «Front Sud», le «Front Est» et le «Front Ouest» se retrouvent en une seule  et unique zone: celle de la paix définitive. Amen!!!

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