Le Franc Cfa: Un instrument de domination de l'ancien colonisateur!

22/10/2015

Il y’a plus de trente ans, le professeur Joseph Tchundjang Pouemi donnait au monde entier et à l’Afrique une œuvre historique de haute portée: «Monnaie, servitude et liberté». L’auteur notait que, l´indépendance des pays africains devait passer par une totale indépendance économique et que celle-ci était impossible sans le contrôle intégral des instruments de la souveraineté étatique dont la Monnaie constitue l´élément central qui permet tout épanouissement. Aujourd’hui, la monnaie est au cœur même des économies modernes dont elle commande les mouvements. Après 70 ans de coopération monétaire entre la France et les pays de la zone franc, plusieurs voix se sont élevées ces derniers mois sur le continent pour remettre en cause le Franc Cfa. Donc, il nous semble opportun de revenir sur le bien fondé de la zone Cfa.

Née de la grande crise et de la construction d’une zone protégée de repli et officiellement créée en 1948 entre la France et ses colonies et protectorats, La Communauté du Franc des Colonies Françaises Africaines devenue Communauté Financière Africaine compte aujourd'hui 16 pays africains dont 8 pays de l'Uemoa (Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, et Togo); et 6 pays de la Cemac (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad), ainsi que l'Union des Comores.  En décembre 1945, une convention est signée entre les Etats de l'Afrique de l’ouest et la France, ainsi que les pays d’Afrique centrale.

D’une intégration monétaire contrainte, elle a migré vers une coopération monétaire unique au monde de par les mécanismes monétaires unissant ses membres. La coopération monétaire entre pays membres de la zone franc repose sur quatre principes:

  1. Un institut d'émission commun à chaque sous zone.

  2. Les banques centrales de chaque sous zone conduisent la politique monétaire de la sous zone et centralisent la totalité des avoirs extérieurs des États membres.

  3. Une parité fixe avec le franc français.

  4. Une garantie de convertibilité illimitée.

La libre convertibilité de la monnaie de chaque sous zone est garantie par le compte d'opération ouvert auprès du Trésor français et sur lequel les banques centrales ont un droit de tirage illimité en cas d'épuisement de leurs réserves en devises.

En contrepartie de ce droit de tirage, les banques centrales doivent déposer sur le compte d'opération au moins 65% (aujourd’hui 50%) de leurs avoirs extérieurs nets (réserves de change).

Dans le souci de garantir la monnaie Cfa, liée par une parité fixe au franc Français (actuellement l’Euro), une conventions dite de «compte d’opérations» a été mise en place. En effet, en contrepartie de la garantie d’un taux de change fixe entre l’Euro et le franc Cfa, les pays de la zone franc sont tenus de déposer une partie de leurs devises auprès du Trésor Français, à hauteur de 20% de couverture de l’émission monétaire. A l’heure actuelle, le taux de couverture de l’émission monétaire dépasse 110%, soit plus de 3000 Milliards de franc CFA pour la seule union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa).

Ce mécanisme essuie aujourd’hui de nombreux critiques et de plus en plus des experts en économie  considèrent que le  Cfa nuit à la compétitivité des exportations de ces pays africains.

Si la France veut «aider» ces anciennes colonies, pourquoi vouloir gérer leur monnaie? Elle peut bien la garantir le F Cfa sans détenir les réserves des pays concernés. A titre d’exemple, l'Argentine et les Etats-Unis illustrent parfaitement cette seconde situation. Les autorités monétaires argentines ont depuis arrimé leur monnaie au dollar US en maintenant une parité fixe, sans que la responsabilité des américains ne soit engagée dans la gestion de celle-ci.

 

Des alternatives théoriques… et pas de la volonté

Des voix se sont alors élevées pour demander une réforme de ce mode de fonctionnement du FCfa. Certains économistes estiment qu’arrimer le Franc Cfa à une monnaie forte comme l’Euro est défavorable aux économies de pays pauvres qui composent la Cemac et l’Uemoa. D’autres cependant, proposent la création d’une monnaie unique africaine ! Mais, cette alternative ne fait pas l’unanimité.

 

D’autres experts pensent par contre qu'aujourd'hui, plusieurs indicateurs sont rassurants. Depuis une décennie, la région a accru son taux de croissance qui se situe à 6.1% contre 5.6% en 2013. Ce qui veut dire, pour ces derniers, que le socle économique se consolide même si des défis existent notamment au niveau des finances publiques.

Michel Sapin, ministre français des Finances avait déclaré lors de la Conférence de presse qui a clôturé la réunion des ministres des Finances de la zone Franc tenue à Paris le 2 octobre 2015, sur la question du franc Cfa qui avait refait surface: «La zone Franc, ce n'est pas une zone figée, c'est une zone qui est dynamique. Et s'il y a de la part des uns et des autres au niveau académique ou politique des propositions d'évolutions, nous en discuterons tous ensemble avec cet esprit de respect et d'égalité», a concédé Michel Sapin.

 

Le franc Cfa (Colonies Françaises d'Afrique) a été créé pour réinstaller la suprématie de la France en Afrique après la seconde Guerre Mondiale car les rapports économiques et monétaires avec les territoires d'Outre-mer étaient en voie de rupture. Non seulement, les entreprises françaises bénéficiaient d'un marché quasi-protégé, mais la France devenait aussi le partenaire incontournable.

Pour l’Economiste, chercheur et directeur du Forum africain des alternatives, Demba Moussa Dembelé, «le franc CFA est un instrument de domination de l'ancienne puissance coloniale ».

Regardons le Nigeria, le Ghana, l’Afrique du Sud, l’île Maurice, le Maroc, la Tunisie, l’Algérie, la Chine, l’Inde, le Brésil, etc. Ces pays qui ont leurs monnaie, qu’ont-ils de moins que les pays de la zone franc? Maîtriser sa monnaie, c’est maîtriser sa banque centrale et avoir des banques commerciales qui participent au développement économique. Avec ce contrôle et maîtrise de tous les circuits financiers, on peut accorder des crédits à des chefs d’entreprises africains de toutes tailles.

En réalité, le franc Cfa fait partie d’un bouquet constituant le pacte colonial. En maintenant les pays africains comme réservoirs de matières premières et déversoirs de produits finis, la France, par le relais de ses nombreuses banques facilitent le sous-développement des pays de la zone franc. Avec les réserves excédentaires excessives que détiennent la Bceao, une surliquidité bancaire de 400 Milliards de franc Cfa et la prédominance des crédits de court terme finissent par convaincre que le FCfa n’est pas fait pour le développement des pays membres. Mieux les importations sont d'autant plus facilitées que les économies de la zone CFA disposent d'une monnaie Cfa rattachée de manière fixe à l'Euro. Ainsi se referme le piège de la dépendance des pays dit pauvres, car le régime monétaire actuel ne sert pas à impulser un processus de développement, mais à entretenir le cycle de la dépendance vis-à-vis de l'ancienne métropole. Le Fcfa est l’un des instruments du plan savamment préparé par la France pour mettre sous perfusion nos économies aux fabuleuses richesses.

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