Afrique: Une croissance inutile.

04/11/2015

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Tenue à Kinshasa lundi 2 novembre dernier, la 10ème conférence économique africaine (AEC), organisée à l’initiative du PNUD, de la Banque Africaine de Développement  (BAD) et de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), traitait deux fléaux engendrés par cette division mondiale du travail qui relègue l’Afrique, fournisseur de matières premières,  au plus bas des chaînes de valeur globales : la pauvreté et les inégalités.

Ces deux phénomènes constituent les tâches noires de la croissance engrangée sur la période 2000 - 2014 en Afrique. Pendant plus d'une décénie, fait rare, le continent a vu son PIB. Malheureusement, cet impressionnant élan macroéconomique est relativisé par des progrès sociaux en demi-teinte.

Hormis l’Amérique du Sud, l’Afrique demeure en effet la zone le plus inégalitaire du monde. Et comme le constate le Rapport 2014 sur les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), le taux de pauvreté, mesuré par le pourcentage de la population vivant avec moins de 1,25 dollar EU par jour, a régressé sur le continent de 56,5 % en 1990 à seulement 48,5 % en 2010.

Aux yeux des économistes présents à la conférence de Kinshasa, ces faibles performances sociales sont la preuve que le modèle économique de l’Afrique exportatrice de matières premières n’a pas conduit au développement d’un continent au sous sol riche.
Pour Carlos Lopes, secrétaire général exécutif de la CEA, l’agenda de la transformation suppose un changement d’attitude. «nous célébrons des potentialités et non des résultats», lance-t-il exhortant les dirigeants à la mise en place de politiques industrielles et de stratégies de croissance inclusive.
Si l’Afrique a multiplié son PIB par trois en l’espace de 15 ans, il n’en demeure pas moins que beaucoup reste à faire. M. Lopes d'alerter: «Nous avons besoin d’une croissance plus inclusive», poursuit-il en rappelant que sur 35 pays africains, 19 ont quand même enregistré une diminution des inégalités entre 19990 et 2012.

Co-organisateur du forum, Abdoulaye Mar Dieye, directeur Afrique du PNUD, abonde dans le même sens en explicitant la signification qu’il faut donner au caractère particulièrement élevé de l’indice de l’Afrique dans le coefficient de GINI exprimant l’écart de revenus: «les inégalités horizontales sont encore plus préoccupantes que les inégalités verticales: les premières concernent l’exclusion des groupes et des régions (cas de beaucoup de pays où l’effort national se limite à la capitale) et les seconds décrivent les différences de revenus».
L’expert sénégalais appelle les chercheurs et les économistes à sortir des sentiers battus et à esquisser de véritables solutions contre la pauvreté. Et de citer l’économiste britannique Henry Georges qui professait que «ce n’est pas dans les relations entre le travail et le capital qu’il faut trouver les problèmes de la pauvreté. C’est plutôt dans l’inégalité de l’accès aux terres».

L’agenda 2030 des Nations Unies (ODD) reprend bien cette préoccupation de l’accès à la terre. La préservation et la gestion durable du capital foncier permet de lutter contre la pauvreté, ajoute M. Dieye qui préconise trois pistes pour inverser la donne: correction des dissymétries dans les politiques mondiales (abandon des subventions massives pour les produits agricoles du Nord par exemple), élimination des dissymétries qui accordent un espace non régulé de pseudo optimisation fiscale aux multinationales qui privent ainsi l’Afrique de 50 milliards de dollars par an et, en troisième lieu, élimination des paradis fiscaux.

Pour sûr, la voie du développement de l’Afrique passe par le relèvement substantiel de l’offre d’énergie, la mise en place d’une fédération monétaire en lieu et place des 39 devises actuelles qui compliquent les échanges inter-pays  et une souveraineté fiscale effective. A ce propos, la faible pression fiscale de l’Afrique (14 à 19% en moyenne) est à opposer aux 30% affichés par l’Asie du Sud-Est.

Se situant à mi-chemin entre l’adoption des Objectifs de développement durables (OD) en septembre 2015 à New York et le sommet COP 21 prévu dans quelques semaines à Paris, ainsi que le rappelle l’économiste en chef et vice-président de la Banque africaine de développement (BAD), Steve Kayizzi-Mugerwa, cette conférence avait un thème tout désigné et d’autant plus légitime que l’Afrique demeure la zone la plus fragile par rapport aux changements climatiques.
Du reste, l’année 2015 est celle de tous les défis pour l’Afrique dont 30 millions d’habitants auront besoin d’aide pour survivre à la prochaine saison sèche, conséquence des dérèglements climatiques . «Les prix agricoles ont diminué de 8% en une année. Les produits de base sont en chute de 14% depuis février. A cela s’ajoute le ralentissement de la croissance chinoise qui affiche son taux le plus bas depuis 2008-2009», alerte Carlos Lopes.

A ces facteurs s’ajoutent la chute des cours des métaux et la baisse de 20% en moyenne des principales monnaies africaines par rapport au dollar. Là aussi, insiste M. Lopes, dans la fixation des incidences de ces facteurs externes sur nos économies, il ne faut pas que les chercheurs africains abandonnent le terrain des prévisions au seules institutions internationales.
Lancée en 2006, la Conférence économique africaine a pour but d’encourager le dialogue et le partage de connaissances sur les questions économiques et les défis de l’Afrique.

 

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