Digui sur Seine!

07/11/2015

Cette Ivoiro-Malienne a fait de son Digui (massage en bambara) un art avec sa lourde valise noire à roulettes l'accompagne chez tous les clients qu'elle masse à domicile, en région parisienne. L'auto-entrepreneur de quarante-six ans a tenu à faire une démonstration du Digui, «car il faut le sentir pour le comprendre». Le Digui, marque qu'elle a déposée à l'Inpi (Institut national de la propriété industrielle), signifie « massage » en bambara. Amy n'a pas inventé le savoir-faire, mais elle se dit pionnière, car elle fut la première à parler du massage africain, encore peu connu en Occident, comme d'une véritable compétence.

 

Ses rendez-vous commencent toujours autour d'une tisane. Pour elle cela permet d'entamer une discussion pour mettre en confiance. Dans le coffret d'infusions, elle choisit le sachet violet «relaxation et antistress». Comme Mary Poppins, elle sort de sa valise un incroyable attirail: table de massage, beurre de karité, huiles essentielles, bougies. Amy opte pour un fond sonore typiquement africain, Rokia Traoré, dont elle est fan. Elle demande de s'allonger sur le dos et commence par réchauffer le corps avec des frictions actives et tendres à la fois. La succession de longs mouvements et de pressions détend chaque muscle. Lorsque la paume de sa main atteint une zone contractée, Amy malaxe, doucement au début, puis de plus en plus intensément. Peu à peu, la douleur disparaît. Pendant un instant, on a l'impression d'être sorti de son corps, alors qu'on ne s'est jamais senti autant chez soi.

 

Ni médecin, ni marabout

Plus qu'une simple masseuse, Amy accompagne les personnes dans une «guérison» mentale grâce à une formation de sophro-analyse, une méthode de travail basée sur la mémoire cellulaire. La masseuse prévient: elle n'est ni médecin, ni marabout, «c'est juste une connexion qui se crée ou non». Née d'un père Ivoirien et d'une mère Malienne, l'élégante femme a hérité ces savoirs ancestraux de sa grand-mère, Sarah, qui l'a élevée jusqu'à l'âge de neuf ans à Bamako. Elle se rappelle de cette grand-mère qui était appelée à chaque naissance pour masser les bébés. C'est une tradition dans toute l'Afrique, même si les techniques diffèrent selon les pays. Le massage permet de développer la motricité, de prendre conscience des autres, de son corps et de sa propre énergie. Dans un éclat de rire Amy soutient que les jeunes Africains sont souvent athlétiques sans faire d'efforts. Ce qui n'est pas un hasard et peuvent remercier leur mère qui leur a façonné un corps de rêve.

 

Le Digui, l'art de tisser une relation privilégiée

Cette connexion est devenue un besoin. La relation privilégiée qu'elle partage avec ses clients lui a permis de se réconcilier avec une enfance marquée par l'arrachement. Récupérée par sa mère partie vivre en France lorsqu'elle n'avait qu'un an, puis envoyée à treize ans en Côte d'Ivoire rencontrer son père, elle y restera contre son gré jusqu'à la majorité. De retour à Paris, la jeune femme décide de faire de ce don hérité de sa grand-mère un métier. Après une école d'esthétique à Abidjan, elle souhaite enrichir sa formation en France. Elle est alors embauchée en apprentissage chez Léa Boukobza, une amie proche des sœurs Carita, à l'origine des salons de beauté de luxe du même nom.

 

 

Digui pour stars, Digui pour tous

Vanessa Paradis, Fanny Ardant, Brigitte Bardot… De nombreuses personnalités ont confié leurs corps aux mains gracieuses et fermes d'Amy. Elle ne révélera rien sur ses clients. Stars ou commun des mortels, elle entre dans leur intimité et respecte leurs secrets. Aujourd'hui, Amy développe une nouvelle forme de clientèle. Elle prodigue le Digui dans les comités d'entreprise. Masser les malades ou les anciens dans les maisons de retraite lui plairait aussi. Mais ces instituts ne sont ouverts qu'aux professionnels de la santé. Amy aimerait pouvoir transmettre à son tour l'héritage qu'elle a reçu. Son rêve le plus cher serait d'ouvrir une école de massage «au pays» où les mamas africaines viendraient transmettre la culture à la jeunesse. Comme sa grand-mère l'a fait avecelle, conclut-elle avec un sourire dont les femmes de l'ouest africain ont le secret.

 

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