Quels Héros pour l'Afrique?

27/11/2015

Quels héros pour l’Afrique? Tel est l’un des thèmes sur lesquels il nous arrive de débattre comme il en était à l’occasion du Salon de livre de Genève il y a de cela deux ans. Quels sont les héros qui meublent notre imaginaire dans nos rêves d’enfants dans les savanes d’Afrique et celui de nos enfants aujourd’hui? Lorsque j’étais petit, et que je suivais mes oncles sur les pistes à la recherche de gibier pendant les vacances scolaires, mes héros légendaires s’appelaient Tom Sawyer, Roland, Oliver Cromwell, Guillaume Tell, le roi Arthur et les chevaliers de la Table ronde, Robin des Bois etc.

 

C’étaient ceux que je découvrais dans les livres que j’allais lire à la bibliothèque du Centre social ouvert par les Pères Jésuites dans le quartier de mon royaume d’enfance. Il y avait aussi des héros aux regards bleu-azurs, et au nez droits dont je ne me souviens plus des noms. Leurs histoires et leurs épopées étaient merveilleuses et me faisaient voyager si loin de mon petit quartier oublié au milieu des constructions d’une ville en quête de modernité et d’immensité. Puis, il y eut les héros imaginaires que je découvris dans les bandes dessinées, et qui avaient pour noms Akim, Blek le Roc, Miki le Ranger, Zembla, Rahan, le fils des âges farouches, Lucky Luke, Astérix, Davy Crockett et tant d’autres. C’est beaucoup plus tard que je découvris mes propres héros, ceux de mon histoire à moi, ceux de ma culture.

 

Ils avaient pour nom Aline Sitoë Diatta, Abla Pokou, Soundjata Kéïta, El Hadj Oumar Tall, la princesse Yennega, Chaka Zoulou, Anne Zinga, etc... Chaque peuple a ses héros mythiques, ses légendes fondatrices. Celle des Baoulé ressemble étrangement à celle de Moïse. Il y a un peuple poursuivi par des ennemis, qui se retrouvent devant un obstacle naturel inattendu. La Mer Rouge dans l’histoire de Moïse, le fleuve Comoé dans celle d’Abla Pokou. Dans les deux cas, les deux héros réussissent à faire traverser l’obstacle à leurs peuples grâce à une intervention miraculeuse, ou divine si l’on veut. Chez les Baoulé, cette intervention divine se fait à la suite d’un sacrifice, et, après cette traversée naît un nouveau peuple.

Un peuple qui prendra précisément pour nom cet acte de sacrifice suprême. Je la trouve très belle, cette légende et pleine d’enseignements sur lesquels l’on pourrait écrire plusieurs thèses. Encore plus tard, je compris que ces légendes et histoires héroïques de l’Europe qui avaient bercé mon enfance avaient aussi pour fonction d’enseigner certaines valeurs aux jeunes enfants et véhiculer une certaine idéologie. Lorsque l’on s’identifie à un héros, l’on a envie d’avoir ses qualités. Et les qualités de ces héros étaient justement l’héroïsme, le patriotisme, la bravoure, le courage, la bonté etc. Nous avons nos contes qui ont leurs héros, leurs morales, leurs leçons. Nos légendes sont pleines de leçons qui pourraient nous enseigner bien de choses en ces temps où l’on déplore le manque de repères chez les générations actuelles. Nos contes véhiculent eux aussi beaucoup de valeurs positives, car le bien y triomphe toujours du mal, et l’intelligence de la bêtise. Kakou Ananzè, l’Araignée des contes akan ou Leuk le lièvre des contes sénégalais triomphent toujours de Bouki ou Gboklo Koffi l’hyène.

 

Mais combien d’enfants de notre époque connaissent nos contes, nos héros, nos mythes fondateurs? Qu’est-ce qui nourrit leur imaginaire aujourd’hui?

Les Mangas? Dora? Vahidehi? Je ne sais plus. Connaissent-ils les héros de notre histoire, de leur propre histoire? Les leur enseigne-t-on à l’école? Je l’ignore. J’aurais dû le savoir, je le confesse. Alors, quels sont nos héros historiques ou mythiques? C’est aux historiens de les débusquer, et aux créateurs que sont les écrivains, les cinéastes, les musiciens, les créateurs de bandes dessinées, les peintres et autres, de les populariser. Des devanciers ont déjà débroussaillé le chemin. C’est à la génération actuelle d’historiens et de créateurs de poursuivre le travail. Alors, à quand une bande dessinée ou une série télévisée sur Soundjata, Abla Pokou, Yennega ? Il y eut une série télévisée sur Chaka Zoulou qui eut beaucoup de succès dans toute l’Afrique. Mais elle fut réalisée par des Blancs sud-africains. Ils nous ont livré leur vision de cet homme. A quand la version africaine ?

 

Toute œuvre de fiction porte, volontairement ou non, une idéologie. Nos souvenirs nous portent vers ces années de lancement à Ouagadougou, d’une série télévisée sur la princesse Yennega. Quelques Burkinabés avaient protesté parce que, disaient-ils, Yennega était l’héroïne d’un seul peuple au Burkina Faso et non celle de tout le pays. Pourtant on pourrait bien se dire, que bien qu’Ivoirien, camerounais ou sénégalais, on pourrait s’appropriait aussi l’histoire de Yennega, parce qu’on était tout simplement Africain. Je ne sais plus ce qui est advenu de ce projet qui date d’au moins dix ans.

A côté de nos héros mythiques, quels sont nos héros d’aujourd’hui ?

Lors d’un de ces débats interminables que nous avons le secret, quelqu’un avait parlé des footballeurs. Ne sont-ils pas plutôt des héros éphémères dont nous n’admirons en réalité que la célébrité et l’épaisseur du compte en banque, et qui seront vite oubliés dès la blessure ou l’âge fatidiques qui mettra fin à leur carrière ?

 

Aux Etats-Unis et en Europe les héros sont ceux qui sont devenus milliardaires en un temps record. Il a suffi que la conjoncture tourne pour qu’ils soient vite oubliés, ou même parfois jetés en prison. Je crois pour ma part que les véritables héros de l’Afrique devraient être ceux qui ont porté ou portent toujours un idéal qui épouse nos aspirations actuelles. La question est de savoir quelles sont les aspirations de nos pays, de notre continent.

Et là, c’est un autre débat.

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