Union africaine: Quelles perspectives pour le continent?

02/02/2016

L’Afrique est un continent à fortes potentialités et est un  enjeu des grandes puissances  en ce  XXIe siècle, rentrant dans le cadre d’une recomposition géostratégique qui se dessine horizon 2020/2030. Avec plus de 25% de la population mondiale à l’horizon 2030/2040, avec d’importantes ressources non exploitées, sous réserve d’une meilleure gouvernance et d’intégrations sous-régionales,  l’Afrique  peut devenir la locomotrice de l’économie mondiale. L’Afrique couvre 30,353 millions de km2. La population est passée de 966 millions d’habitants en 2009 à 1.075 millions, mais sept pays regroupent 51% de la population. En 2020, la population africaine devrait passer à 1,3 milliard et à 2 milliards en 2040. Il existe non pas une Afrique mais des Afriques. Certains pays notamment le Nigeria, le Gabon, le Tchad, la République démocratique du Congo, l’Algérie, la Libye sont spécialisés dans le pétrole, le gaz et les matières premières, qui connaissent une forte demande et un prix élevé sur le marché mondial leur permettant une relative aisance financière mais artificielle en fonction des cours mondiaux et donc de la croissance de l’économie mondiale notamment des pays développés et émergents. A l’inverse, des pays comme le Bénin, le Malawi, l’Ile Maurice, le Swaziland, l’Ethiopie, le Togo, le Mali, qui sont pénalisés dans des produits qui connaissent souvent une détérioration en termes d’échange, la misère, la famine et souvent des conflits internes et externes où le budget des dépenses militaires en Afrique dépasse l’entendement humain au détriment de l’allocation des ressources à des fins de développement. Les pays constituant l’Afrique par zones sont:

Afrique du Nord: Algérie, Égypte, Libye, Maroc, Tunisie

Afrique occidentale: Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Ghana, Guinée Bissau, Libéria, Mali, Mauritanie, Nigeria, Sénégal, Togo

Afrique centrale: Burundi, Cameroun, République centrafricaine, République démocratique du Congo, Guinée équatoriale, Rwanda, Tchad

Afrique orientale: Djibouti, Erythrée, Ethiopie, Kenya, Ouganda, Soudan, Tanzanie

Afrique australe et océan indien: Afrique du Sud, Madagascar, Malawi, Maurice,  Zambie, Zimbabwe.

Malgré cette diversité et ses importantes potentialités, l’Afrique est marginalisée au sein tant du produit intérieur mondial que du commerce mondial. Le taux de croissance ces dernières années en Afrique noire dépasse les 5% et existe un avenir promoteur. C’est ce qui explique que parallèlement au sommet des chefs d’Etat, se sont tenus entre 2009 et 2015  plusieurs forums économiques regroupant plusieurs centaines de personnalités africaines avec des sommets à répétition: USA /Afrique, Chine Afrique, Europe/Afrique, Japon/Afrique, Turquie Afrique ect… Pour l’instant, selon l’IRES de Paris, l’Afrique représente seulement 1,5% du PIB mondial, 2% du commerce mondial et 2% à 3% des investissements directs étrangers. Selon un rapport de la Banque africaine de développement (BAD-2013), le commerce inter-africain n’est que de 15% sur tout le continent, les échanges inter-maghrébins représentant également moins de 3%. Les raisons sont multiples: manque de capitaux, d’infrastructures et mauvaise gouvernance. Sans compter les taxes douanières qui coûtent très cher. Tous ces problèmes de logistiques associés «au manque de compétence des ressources humaines constituent un sérieux frein à la fluidité des échanges alors qu’une entreprise a besoin d’une main-d’œuvre qualifiée». Certes, des organisations telles que la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) ou la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (Ceeac) existent. Mais plusieurs dissensions entravent leur bon fonctionnement. Se pose essentiellement le problème de la sécurité et de la stabilité des Etats. Et là se pose la problématique des tensions au Sahel. Nous avons assisté dans la région à de profondes mutations de la géopolitique saharienne après l’effondrement du régime libyen, avec des conséquences pour la région. Et surtout l’importance du poids de l’informel en Afrique, variant selon les pays, mais dépassant d’une manière générale 50% à 60% de la superficie économique pour certains pays employant plus de 70% de la main-d’œuvre. Selon le Bureau international du travail (BIT), ce secteur fournit ainsi 72% des emplois en Afrique subsaharienne, dont 93% des nouveaux emplois créés, en comparaison du secteur formel qui n’emploie que près de 10% des actifs sur le continent. Au Maghreb (voir notre étude réalisée sous ma direction pour l’Institut français des relations internationales, Paris -IFI décembre 2013), elle dépasse les 50% de la superficie économique.

 

Le bilan du  NEPAD est très mitigé et s’impose une nouvelle gouvernance pour l’Afrique, si elle veut éviter sa marginalisation économique avec d’inévitables tensions sociales  et politiques. Le 23 octobre 2001, au sommet de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) qui s’est tenu à Abuja, trois chefs d’Etat africains, constatant l’échec de tous les efforts fournis en matière de développement en Afrique, ont pris l’initiative de proposer une nouvelle approche dans le traitement des problèmes que vit le continent. Cette initiative a été une synthèse entre deux plans: celui de l’Algérie et de l’Afrique du Sud appelé «Millenium African Plan» (MAP) et celui du Sénégal (permettant à la France de se positionner) dénommé plan Omega. Ces deux plans sont fusionnés pour donner la «Nouvelle initiative africaine» (NIA). La NIA prendra plus tard le nom de «Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique» ou Nepad (de l’anglais «New Partnership for African Development»). Le Nepad avait été conçu pour faire face aux difficultés que connaît le continent africain actuellement. L’objectif au départ du Nepad était par exemple de traduire en actes concrets notamment le problème de l’eau et de l’énergie. L’enjeu du développement de l’agriculture qui devait reposer plus sur les cultures vivrières est un enjeu majeur du continent. Force est de constater que le bilan est très mitigé. Force est de constater que le bilan du NEPAD est mitigé. Pour analyser les blocages en Afrique, on ne peut isoler les facteurs économiques des facteurs politiques. Le rapport conjoint BAD-GFI diffusé le 29 mai 2013 met en relief le fait que l’Afrique a pâti de sorties nettes de fonds de l’ordre de 597 milliards de dollars à 1.400 milliards de dollars, entre 1980 et 2009, après ajustement des transferts nets enregistrés pour les flux financiers sortants frauduleux, et que la fuite des ressources hors de l’Afrique au cours des trente dernières années freine le décollage du continent. Ainsi, les dirigeants africains portent une lourde responsabilité devant leur population et doivent favoriser l’Etat de droit, la bonne gouvernance, donc, la lutte contre la corruption et  les mentalités tribales et s’engager résolument dans la réforme globale, donc la démocratisation de leur société tenant compte de l’anthropologie culturelle, évitant de plaquer des schémas déconnectés des réalités sociales. Le développement de l’Afrique sera profitable à l’ensemble des autres espaces économiques évitant cette migration clandestine avec des milliers de morts. Dans le cas contraire, il est à craindre des crises politiques à répétition. Bon nombre de citoyens africains traversent une crise morale du fait du manque de valeurs au niveau du leadership avec le danger d’une polarisation de la société. Le fossé entre les riches et les pauvres devient de plus en plus grand. L’écart de revenus renforce les inégalités en matière de richesse, d’éducation, de santé et de mobilité sociale. Cependant, évitons la sinistrose, malgré des conflits, nous enregistrons récemment une prise de conscience  de l’urgence d’une nouvelle gouvernance et surtout d’éviter cet exode de cerveaux en favorisant l’économie de la connaissance où avec la quatrième révolution industrielle, elle  est le fondement de tout processus de développement fiable. Or, une enquête menée en 2012 par l’UA/Nepad dans 19 pays africains montre que seuls le Malawi, l’Ouganda et l’Afrique du Sud investissent plus de 1% de leur PIB dans la Recherche-développement (R-D), contre de 0,2% à 0,5% pour les autres. Le rapport précité de l’Unesco souligne que l’Afrique ne consacre que 0,3% du PIB en moyenne à la R-D. C’est sept fois moins que l’investissement réalisé dans les pays industrialisés.


D'une manière générale,  l’Afrique, pour peu que les dirigeants dépassent leurs visions étroites d’une autre époque, a toutes les potentialités pour devenir une grande puissance économique. En ce XXIe siècle l’ère,  la puissance militaire est déterminée par la puissance économique. Pour cela, des stratégies d’adaptation au nouveau monde sont nécessaires pour l’Afrique, étant multiples, nationales, régionales ou globales, mettant en compétition/confrontation des acteurs de dimensions et de puissances différentes et inégales. Les Africains doivent être conscients que dans la pratique des affaires n’existent pas de sentiments. Dans  les relations internationales actuelles n’existent plus de micros- Etats, de relations d’Etat à Etat devant  s’appuyer sur des réseaux. Les dirigeants de l’Afrique  doivent  favoriser des co-partenariats au sein d’intégrations sous régionales, pour une prospérité partagée. Face aux bouleversements géostratégiques, l’Afrique est appelée à se déterminer par rapport à des questions cruciales et de relever des défis dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils dépassent en importance et en ampleur les défis qu’elle a eus à relever jusqu’à présent. Mais avant tout, l’Afrique sera ce que les Africains voudront qu’elle soit.

 

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