L'offensive de la Turquie en Afrique

16/02/2016

Le chef du département Afrique du Ministère des Affaires étrangères de la République de Turquie, M. Hilni Ege Turemen, chargé des politiques africaines, a fait part de l’option de son pays visant à renforcer ses relations avec les pays africains, particulièrement au sud du Sahara, à travers l’établissement de partenariats mutuellement profitables.

M. Hilni Ege Turemen dont le département gère 18 pays africains, a expliqué que son pays a été obligé de faire ce choix stratégique après la guerre froide qui a occasionné un déplacement du centre de gravité économique mondiale vers le bassin de la méditerranée.

Ainsi, en 2000, la Turquie a entamé des réformes dont celle de sa politique extérieure en nouant des relations étroites avec les pays voisins et les pays proches idéologiquement, lui permettant de bénéficier d’une ouverture sur une nouvelle géographie, de jouer un rôle plus actif dans les organismes internationaux, de développer des relations plus poussées avec d’autres pays grâce à des rencontres d’échanges, de gérer une interdépendance économique, commerciale, culturelle et humanitaire avec ces pays…

Selon le professeur en relations internationales Mehmet Arda, ancien employé du département Afrique/Economie de l’ONU, ce choix est dû au fait que la Turquie, malgré le fait qu’il soit membre de l’OTAN, était isolée et est encore considérée comme un pays non européen en grande partie à cause de sa religion dominante, l’islam (99%), et de la fourniture d’armes à l’Algérie lors de sa guerre contre la France.

Aussi, ses relations se sont dégradées avec la Russie mais la Turquie garde de bonnes relations avec les USA et l’UE grâce à ses atouts liés à sa main d’œuvre jeune et qualifiée et à son marché de 70 millions d’habitants.

Pour que le secteur privée, motrice de son économie, joue pleinement son rôle pour l’essor de ses entreprises dans un environnement défavorable, la Turquie est contrainte à partir de 2016, à opérer des réformes de 2ième génération caractérisées par la recherche-développement et l’innovation technologique.

Grâce à la capitalisation de la crise de 2000 en Turquie, le pays a pu résister à celle de 2008. Aujourd’hui elle est dans la classe des pays à revenu moyen et son objectif est de passer au rang de pays à revenu élevé.

Son principal handicap pour y arriver est son taux d’exportation en haute technologie qui est encore faible et inférieur à celle de l’Afrique du Sud. Un autre handicap est sa difficulté à dépasser sa 18ième place mondiale depuis une dizaine d’années en termes de PNB. Cependant elle a pu faire reculer le seuil de pauvreté jusqu’en dessous de celle fixée par la Banque Mondiale.

7ième économie en Europe et 18ième dans le monde, la Turquie a réussi grâce à ses réformes à tripler son PIB entre 2002 et 2015 avec un PNB de 2500$/ht. Elle projette un taux de croissance élevé entre 2016 et 2022 pour atteindre un PNB de 25000$/ht en 2023 année du centenaire de la République turque.
En 10 ans, l’aide au développement octroyée par la Turquie est passée de 0$ à 3,6milliards de dollars, soit 0,42% du PIB qui est très au dessus du barème fixé par l’ONU qui est de 0,007% PIB.

Concernant l’aide humanitaire, la Turquie est à 1,6 milliard de dollars représentant 0,21% de son PIB.
Sur 250 entreprises classées, la Turquie se place 2ième avec 42 classées derrière la Chine. Pour atteindre cet objectif 2023, les entreprises turques s’intéressent à l’Afrique dans plusieurs domaines de coopération dépendant des opportunités en jeu et leurs caractéristiques.

Comme exemple, la Turquie a une expertise avérée dans le tourisme avec 35 millions de touristes pour des recettes évaluées à 25 milliards de dollars en septembre 2015, l’éducation avec l’octroi de 1230 bourses à l’Afrique au Sud du Sahara.

Il s’agit aussi du partage d’expériences et du renforcement de capacité sur le plan militaire avec les 18 pays parmi lesquels le Sénégal tient une place très importante. Elle se dit aussi prête à développer des coopérations dans ces domaines avec d’autres pays.

En 2008, la Turquie est devenue partenaire stratégique de l’UA et en 2013, elle a développé des partenariats avec certains pays et ONG régionales et sous régionales africaines comme la CEDEAO. Des infrastructures fruits de ces coopérations ont vu le jour en Somalie (Aéroport, hôpitaux,…), au Sénégal (Centre de conférences Abdou Diouf de Diamniadio, forages, l’aéroport Blaise Diagne de Diamniadio,…)…

Cependant les relations officielles avec l’Afrique ont commencé à être renforcées à partir de 1998 avec la mise en œuvre du programme Turquie/Afrique et, en 2005, l’instauration de l’année de l’Afrique en Turquie. Ce fut d’abord des relations sous formes d’aide humanitaire et d’aide au développement auxquelles la Somalie, alors dans le besoin, a été le premier à bénéficier au moment où la Turquie voulait montrer son savoir faire dans ce domaine.

L’Agence turque de coopération internationale (TICA) a mis en place 15 bureaux régionaux et 32 ambassades africaines se sont installées à Ankara. Ces relations ont eu comme impact l’augmentation du volume des échanges commerciaux avec ces régions africaines.

Selon le Pr Mehmet Arda, les relations avec l’Afrique pourraient aider en cela si les Africains parviennent à exprimer leur besoins eux-mêmes et que la Turquie parvient à leur proposer des solutions viables dans la réalisation de leurs plans de développement. Ce que la Turquie est prête à faire selon le département Afrique de son ministère des Affaires étrangères.

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