Terrorisme en Afrique de l'ouest: Des robots aux commandes?

16/03/2016

La Côte d’Ivoire est endeuillée suite à une attaque terroriste dans la station balnéaire de Grand Bassam, à une quarantaine de kilomètres à l’Est d’Abidjan, qui a fait 18 victimes. Après une décennie de crise, l’économie ivoirienne commençait à retrouver des couleurs. Première économie d’Afrique de l’Ouest, sa croissance tourne autour des 8 % à la faveur d’une stabilité politique retrouvée. Le radicalisme religieux en Afrique de l'Ouest trouve ses racines dans les crises économiques. L'absence d'investissements de la part des Etats dans ces périodes de difficultés a laissé le terrain à d'autres. Des organisations religieuses radicales ou des groupes criminels ont eux su profiter de l'absence de l'Etat pour insinuer leur idéologie radicale. Surtout lorsque ces états n'ont aucune stratégie commune pour faire face. Mais malgré la tragédie, les leaders de la Cedeao se distinguent à travers leurs mutisme assourdissant, se bousculant pas pour convoquer un sommet extraordinaire à la hauteur de ces attaques qui risquent de mettre à genoux des économies déjà moribondes. Naturellement, quand les gens sont incapables d’obéir à cette tentation humainement naturelle de partager la douleur du voisin, il ne faut pas s’attendre d’eux qu’ils réfléchissent à une stratégie commune pour faire face à la menace terroriste.

 

Mais que font les dirigeants?

Mali, Mauritanie, Nigéria, Burkina Faso et dernièrement la Côte d’Ivoire. Il est de plus en plus évident que les terroristes qu’ils soient d’Aqmi, du Mujao ou encore de Boko Haram, au-delà des pays individuellement pris, menacent l’ensemble de la région ouest-africaine. C’est le vaste ensemble dont le climat sécuritaire se dégrade au fil des attaques qui se multiplient. Parallèlement, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cedeao) reste curieusement muette. Aucune déclaration de fermeté, encore moins une rencontre extraordinaire. Tout se passe comme si la stratégie est de laisser à chaque pays attaqué le soin de se débrouiller dans la riposte comme il peut. Une attitude faite d’un déficit de synergie et de collaboration qui n’est pas pour rien dans le succès relatif que rencontrent les jihadistes.
Inspirée par les valeurs de solidarité et d’entraide mutuelle, l’instance sous-régionale qui a vocation à promouvoir l’intégration entre la quinzaine de pays agglutinés sur cette partie occidentale du continent africain, n’est finalement pas digne de ces valeurs. Pour preuve, aussitôt après l'attaque terroriste, ce n’est ni Macky Sall, le président en exercice de la Cedeao, ni Kadré Désiré Ouédraogo, le président de la commission de l’instance sous-régionale, encore moins Moustapha Cissé Lô, le président du parlement de l'organisation qui ont été es premières personnalités étrangères à fouler le sol ivoirien, mais... Jean-Marc Ayrault et Bernard Cazeneuve, respectivement chef de la diplomatie et ministre de l’intérieur  de la France.

 

Permis de tuer pour les organisations jihadistes.
En réalité, à l’image de toutes les organisations africaines, la Cedeao se révèle incapable de se remettre en cause de manière à intégrer les enjeux et les problématiques de l’heure. Ceux qui sont aux commandes de ces états et qui managent pour le coup l’institution continuent de penser qu’on ne peut se mobiliser que face aux coups d’Etat et pour garantir la liberté de circulation des personnes et de leurs biens. Pour ce qui est du terrorisme qui les frappe l’un après l’autre, on se contente d’un austère et très discret message diplomatique. Juste pour le principe et les convenances diplomatiques.
Pendant ce temps, les frontières étant poreuses, les jihadistes n’éprouvent aucune difficulté pour passer d’un pays à un autre. D’autant qu’ils peuvent indirectement profiter de la faible coopération en matière de renseignements. Et quand ils frappent, aucun dispositif régional n’étant en place, les présidents pourtant jaloux de leur souverainetés ont le même réflexe: décrocher le téléphone et implorer le prompt déploiement des forces spéciales françaises. Un geste qui, visiblement, est moins gênant pour eux que le fait d’unir les efforts entre voisins pour faire face au mal.

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