Les Africains du Panama: les circuits offshore des «barons»

07/04/2016

C’est un immeuble banal sur la Calle 54, dans le quartier financier de Panama City. Au premier étage se trouve le siège d’une des plus grandes sociétés mondiales de domiciliation d’entreprises offshore: Mossack Fonseca. Depuis des décennies, les secrets les mieux gardés de la finance y sont dissimulés. En toute discrétion, la firme panaméenne a enregistré des centaines de milliers de sociétés dans des paradis fiscaux tels que les îles Vierges britanniques, Nioué, les Seychelles, les Emirats arabes unis, ou à domicile au Panama.
109 autres rédactions dans 76 pays, coordonnées par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), ont eu accès à une masse d’informations inédites qui jettent une lumière crue sur le monde opaque de la finance offshore et des paradis fiscaux.
Les 11,5 millions de fichiers proviennent des archives du cabinet panaméen Mossack Fonseca, spécialiste de la domiciliation de sociétés offshore, entre 1977 et 2015. Il s’agit de la plus grosse fuite d’informations jamais exploitée par des médias.
Les «Panama papers» révèlent qu’outre des milliers d’anonymes de nombreux chefs d’Etat, des milliardaires, des grands noms du sport, des célébrités ou des personnalités sous le coup de sanctions internationales ont recouru à des montages offshore pour dissimuler leurs actifs.

Les «Panama papers» montrent que la firme Mossack Fonseca a servi à plusieurs «fils de» africains pour domicilier des sociétés dans les paradis fiscaux.


Le fils de Kofi Annan et un associé nigéria

Kojo Annan et Laolu Saraki ne sont pas considérés comme des  personnes politiquement exposées» par la firme panaméenne Mossack Fonseca. Et pourtant. Le premier, 43 ans, est le fils unique de l’ancien secrétaire général de l’ONU, le Ghanéen Kofi Annan, et avait été mis en cause dans le cadre du programme de l’ONU «pétrole contre nourriture» en Irak. Avant d’être blanchi en 2005 par le rapport du panel indépendant dirigé par Paul Volcker.
Le second est le fils de l’influent sénateur nigérian Abubakar Olusola Saraki, décédé en 2012. Tous deux apparaissent dans les fichiers consultés par Le Monde comme actionnaires de la société Blue Diamond Holding Management Corp, enregistrée par Mossack Fonseca aux îles Vierges britanniques le 27 août 2002. Selon les statuts de ce véhicule financier au capital de 50.000 dollars, le champ d’action est large: immobilier, négoce «de toute marchandise», investissement…
On les retrouve également comme directeurs de la société Sutton Energy Ltd, enregistrée la même année aux îles Vierges britanniques puis transférée aux îles Samoa. «Ces sociétés opèrent en légalité avec les lois et les régulations de chaque juridiction où elles paient des impôts», explique l’avocat de M. Annan. Plus récemment, en 2015, Kojo Annan a utilisé un autre de ses véhicules financiers, Sapphire Holding Ltd enregistrée aux îles Vierges Britanniques puis transférée aux îles Samoa par Mossack Fonseca. Cette société a fait l’acquisition d’un appartement à Londres dont le prix indiqué est de 500.000 dollars (44.000 euros).

 

Le fils du Ghanéen John Kufuor

L’un de ses compatriotes, John Addo Kufuor, figure aussi dans les fichiers de la firme panaméenne. Fils aîné de John Agyekum Kufuor, l’ancien président ghanéen (2001-2009), cet homme d’affaires actif dans l’industrie hôtelière est suspecté d’avoir profité de son influence et de celle de son père pour obtenir des contrats avec le gouvernement. Des accusations qu’il a toujours niées et pour lesquelles une commission d’enquête n’a trouvé aucune preuve.
Mais, dès novembre 2010, un employé de Mossack Fonseca alerte, dans un message interne consulté par Le Monde, sur les risques de «continuer à faire du business avec lui» au regard de soupçons de corruption. En vain. Son trust offshore, The Excel 2000 Trust, a été créé par Mossack Fonseca en 2001, année de l’élection de son père. Cette entité est liée à un compte au Panama alors crédité de 75.000 dollars dont est aussi bénéficiaire sa mère, la première dame Theresa Kufuor. Puis, en 2012, il demande la fermeture de ce trust et réapparaît dans les fichiers de Mossack Fonseca avec deux sociétés enregistrées aux îles Vierges britanniques. Contacté à plusieurs reprises, John Addo Kufuor n’a pas souhaité s’exprimer.

 

Le fils de Denis Sassou-Nguesso

A Brazzaville, il est surnommé «Kiki le pétrolier». Denis Christel Sassou-Nguesso ne se contente pas du statut de «fils de» Denis Sassou-Nguesso, au pouvoir depuis trente-deux ans et réélu le 20 mars à l’issue d’un scrutin contesté. Il est député d’Oyo, le fief familial au nord du pays, membre du bureau politique du Parti congolais du travail (au pouvoir), directeur général adjoint de la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC), administrateur général de la raffinerie nationale, Coraf.
Homme politique et homme d’affaires soupçonné de corruption, Denis Christel Sassou-Nguesso apparaît dans les fichiers de Mossack Fonseca dès les années 1990. Selon les documents consultés par Le Monde, il a mandaté la firme panaméenne pour créer une société domiciliée aux îles Vierges britanniques, Phoenix Best Finance Ltd.
Puis, en 2002, son nom réapparaît à côté de celui du négociant de pétrole Jean-Philippe Amvame Ndong, à la tête de l’entreprise genevoise Philia SA, sur un document à en-tête d’une société de conseil suisse, JC Consulting Co Sarl, adressé le 12 décembre 2002 à Mossack Fonseca. Il s’agit alors de nommer Denis Christel Sassou-Nguesso fondé de pouvoir de Phoenix Best Finance Ltd. Contacté à Brazzaville, il nie en bloc: «Je ne connais ni Mossack Fonseca ni Phoenix, ni ces traders [de pétrole congolais] soi-disant proches de moi».


Ces ministres en Algérie et en Angola clients de Mossack Fonseca
Le régime algérien et les paradis fiscaux ont pour point commun une certaine opacité qu’ils entretiennent pour préserver leurs systèmes. A Alger, l’évasion fiscale est un sujet tabou, réservé à une certaine élite. Il est théoriquement interdit de posséder des avoirs monétaires à l’étranger accumulés grâce à une activité en Algérie.
Toutefois, selon des documents consultés par Le Monde, le ministre de l’industrie et des mines, Abdeslam Bouchouareb, a détenu une société établie au Panama, Royal Arrival Corp. Elle a été créée en avril 2015 à travers les services de la société de domiciliation d’entreprises offshore Mossack Fonseca.
Dans un courriel adressé le 6 avril 2015 au bureau luxembourgeois de Mossack Fonseca, le Français Guy Feite, fondé de pouvoir de Royal Arrival Corp, confirmait que le bénéficiaire effectif de la société était bien le ministre en fonctions depuis avril 2014, et tentait de rassurer quant à cette «personnalité politiquement exposée». Car selon les recherches effectuées par Mossack Fonseca, M. Bouchouareb apparaît dans l’affaire Rafik Khalifa, du nom de ce pharmacien algérien improvisé banquier et homme d’affaires à la fin des années 1990, condamné en 2014 à cinq ans de réclusion en France puis à dix-huit ans de prison par le tribunal criminel de Blida (ouest d’Alger) pour association de malfaiteurs, vol qualifié, détournement de fonds, faux et usage de faux. M. Feite, agent de change qui avait été mis en examen dans les années 1980 à Metz, puis incarcéré pour une vaste escroquerie de petits porteurs
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Selon les fichiers consultés par Le Monde, le ministre est passé par une société établie au Luxembourg, Compagnie d’étude et de conseil (CEC), pour gérer Royal Arrival Corp, qui a détenu un compte à la NBAD Private Bank (Suisse) SA. Dans plusieurs courriels, la CEC se montre plus précise sur les ambitions de Royal Arrival Corp: représentation commerciale, négociation et obtention de contrats, travaux publics, transport ferroviaire et maritime en Turquie, Grande-Bretagne et Algérie.
Des précisions ont été apportées lundi 4 avril par la CEC, dans un communiqué signé par son fondé de pouvoir, M. Guy Feite et envoyé à l’agence Algérie Presse Service (APS). La société Royal Arrival Corp a été créée «à l’initiative» de la Compagnie d’études et de conseil (CEC) et «en toute transparence (…) pour gérer son patrimoine privé [de M. Bouchouareb Abdeslam] mais n’a jamais été active» et «ne possède aucun compte bancaire», écrit-il. Selon la CEC, M. Bouchouareb, «en apprenant nos démarches, a immédiatement demandé de geler (pendant l’exercice de ses mandats publics) toute utilisation de cette société et l’ouverture du compte bancaire à la NBAD Genève n’a, de ce fait, pas été concrétisée (…) puisque les formalités d’ouverture ont été annulées». La société «n’a donc jamais été active dans aucun pays puisqu’elle n’a pas eu le moindre fonctionnement».

 

Du pétrole à la finance offshore
En Algérie, la fuite des capitaux entre 2004 et 2014 est estimée à 16 milliards de dollars (14 milliards d’euros) par une commission ad hoc. Soit, en moyenne, 1,6 milliard de dollars chaque année qui s’évaporent dans des circuits offshore. Ce qui n’est pas sans préoccuper les autorités, d’autant que la situation économique du pays subit la baisse des cours du pétrole qui génère plus de 95% des revenus extérieurs. Il en va de même en Angola, deuxième producteur de pétrole du continent, où les pétrodollars assurent 75% des recettes de l’Etat. José Maria Botelho de Vasconcelos en sait quelque chose. Dans son bureau en plein cœur de Luanda, la capitale de l’Angola, le ministre du pétrole a pu assister à la métamorphose de la ville, aujourd’hui l’une des plus chères du monde. Cet ingénieur, qui a longtemps été cadre de Sonangol, la société pétrolière nationale, a achevé son premier mandat de ministre du pétrole en 2002, année de la fin de la longue guerre civile qui a duré vingt-cinq ans. Selon les documents consultés par Le Monde, il apparaît comme fondé de pouvoir d’une société au capital de 1 million de dollars, Medea Investments Limited. Cette société est d’abord domiciliée à Niue, minuscule île-Etat du Pacifique, par Mossack Fonseca en septembre 2001, puis transférée aux îles Samoa cinq ans plus tard. La société est détenue par des actions au porteur, ce qui permet de rendre anonymes ses véritables détenteurs et d’opacifier ses structures financières. Medea Investments Limited est clôturée en février 2009. A cette date, José Maria Botelho de Vasconcelos est à nouveau ministre du pétrole. Contacté à plusieurs reprises, il n’a pas souhaité s’exprimer.

 

Nigeria, le gouverneur corrompu d’un Etat

Au Nigeria, premier producteur de pétrole du continent, un homme pourrait incarner les déviances et actes de corruption aujourd’hui combattus par le chef de l’Etat Muhammadu Buhari: James Ibori. Ancien caissier d’une boutique à Londres, où il a été condamné pour de petits larcins dans les années 1980, il est devenu gouverneur de l’Etat pétrolier du delta du Niger (1999-2007), dans le sud du pays. Alors que son salaire mensuel avoisinait officiellement 5.500 dollars, il possédait à l’époque six propriétés rien qu’au Royaume-Uni, ainsi qu’une collection de voitures de luxe. Arrêté à Dubaï en 2010 puis extradé vers la Grande-Bretagne, James Ibori a été condamné en avril 2012 à treize ans de prison par la cour de justice de Londres. Il avait plaidé coupable et reconnu avoir détourné plus de 75 millions de dollars des caisses de l’Etat nigérian, blanchis à travers de complexes circuits financiers offshore. Un montant bas, selon le juge britannique, pour qui la somme détournée pourrait dépasser 250 millions de dollars.
L’argent siphonné était ensuite dissimulé à travers des sociétés immatriculées aux îles Vierges britanniques, à Maurice et en Polynésie. Plusieurs de ces véhicules financiers ont été créés par l’intermédiaire de la firme panaméenne Mossack Fonseca, selon les documents consultés par Le Monde. Il en va ainsi de Julex Foundation, enregistrée au Panama, et détentrice de Stanhope Investments domiciliée à Niue en 2003. Le gouverneur et sa famille apparaissaient parmi les bénéficiaires de Julex Foundation. Selon la justice britannique, M. Ibori a ouvert un compte en Suisse au nom de Stanhope Investments qui aurait servi à l’achat d’un jet privé pour un montant de 20 millions de dollars. Son nom est également associé à d’autres sociétés enregistrées par Mossack Fonseca, selon la base de données consultée par Le Monde, sans toutefois laisser apparaître les détails sur son rôle et les transactions.


Jaynet Kabila, la sœur jumelle de Joseph Kabila.

A Kinshasa, on lui prête des pouvoirs qui vont au-delà de ses prérogatives. Officiellement, Jaynet Désirée Kabila Kyungu, 44 ans, est une femme d’affaires à la tête du groupe de médias Digital Congo, une héritière qui dirige la fondation dédiée à feu son père, l’ancien président Laurent Désiré Kabila (mai 1997-janvier 2001). Et, depuis 2011, elle est aussi députée du Katanga, la riche province minière découpée en quatre à la suite de la réorganisation territoriale entrée en vigueur le 30 juin 2015. Elle serait également une conseillère de l’ombre, très écoutée par son frère jumeau, le chef de l’Etat, Joseph Kabila. Et une cliente de la firme panaméenne Mossack Fonseca, selon des documents consultés par Le Monde. C’est ainsi que Jaynet Désirée Kabila Kyungu a été codirectrice de Keratsu Holding Limited, avec l’homme d’affaires congolais Feruzi Kalume Nyembwe, ancien conseiller de Laurent Désiré Kabila. Cette société a été enregistrée par Mossack Fonseca à Niue le 19 juin 2001, soit quatre mois après l’assassinat du président Laurent Désiré Kabila par l’un de ses gardes du corps le 16 janvier 2001. Depuis 2013, l’homme d’affaires congolais signe les documents de Keratsu Holding Limited pour Jaynet Désirée Kabila Kyungu. Contactée à plusieurs reprises, cette dernière n’a pas souhaité s’exprimer.

 

Un proche de Laurent Gbagbo
 

 

Autre ancien conseiller de chef d’Etat, Jean-Claude N’Da Ametchi est un banquier ivoirien qui a été sanctionné par l’Union européenne en 2011 pour avoir «contribué au financement de l’administration illégitime de M. Laurent Gbagbo». A cette date, Laurent Gbagbo -dont le procès s’est ouvert au début d’année à la Cour pénale internationale- conteste l’élection présidentielle de 2010, la Côte d’Ivoire est en guerre et lui nationalise deux établissements bancaires, dont la Banque internationale pour le commerce et l’industrie de la Côte d’Ivoire (Bicici). Il en confie la direction à M. N’Da Ametchi -un proche de l’ancienne première dame, Simone Gbagbo- également directeur général de Versus Bank. Le banquier et conseiller de Laurent Gbagbo apparaît dès 2006 dans les fichiers de la firme panaméenne Mossack Fonseca. Et ce à travers une société offshore, Cadley House Ltd, enregistrée aux Seychelles dont les actions sont au porteur, ce qui permet de dissimuler l’identité des détenteurs. Toutefois, dans des courriels consultés par Le Monde, M. N’da Ametchi apparaît bien comme le bénéficiaire effectif de cette société qui possède aussi un compte en banque à Monaco.
Dans un courriel envoyé en 2011 au bureau genevois de Mossack Fonseca, M. N’da Ametchi évoque la vente d’actifs et un transfert de 5.000 dollars de même que la gestion financière de sa société confiée à la banque genevoise Pasche. Puis, en septembre 2012, il a agi comme unique directeur de la société pour demander le transfert de la comptabilité de Cadley House Ltd à Abidjan. Ni les établissements bancaires ni Mossack Fonseca n’ont fait état de la sanction européenne qui vise M. N’Da Ametchi qui sera levée au début de 2012. La société semble toujours active en 2015, selon les documents consultés par Le Monde. Contacté, M. N’Da Ametchi n’a pas souhaité réagir. Il est aujourd’hui conseiller de l’ancien premier ministre, Charles Konan Banny, candidat malheureux à la présidentielle d’octobre 2015.

 

Un général rwandais

Plus à l’est, au Rwanda, Emmanuel Ndahiro, l’ex-conseiller à la sécurité du président Paul Kagamé et patron des services de renseignement de 2004 à 2011, figure lui aussi dans les fichiers de Mossack Fonseca. Celui que le chef de l’Etat a nommé général en 2015 a été directeur d’une société offshore, Debden Investments Limited, enregistrée aux îles Vierges britanniques en septembre 1998. Selon les «Panama papers», le propriétaire de cette société est l’ancien militaire devenu homme d’affaires Hatari Sekoko, désormais à la tête de plusieurs biens immobiliers et d’hôtels tels que le Marriott à Kigali. La société Debden Investments Limited a été désactivée en 2010. Contactée à plusieurs reprises, Emmanuel Ndahiro n’a pas souhaité s’exprimer.

 

 

 

 

 

 

La femme de l’ancien président guinéen

Mamadie Touré n’est pas vraiment une consultante et encore moins une spécialiste du secteur minier en Guinée. En 2006, la quatrième épouse du président-général guinéen Lansana Conté, arrivé au pouvoir par la force vingt-deux ans plus tôt, figure pourtant dans les «Panama papers». Cette même année, elle devient en effet fondée de pouvoir de la société Matinda Partners and Co Ltd. Ce véhicule financier de l’épouse du président est domicilié bien loin de Conakry: aux îles Vierges britanniques, un paradis fiscal opaque. Selon les documents internes de la firme panaméenne Mossack Fonseca, c’est une société genevoise de gestion de fortune, Agefor SA, qui l’a enregistrée et a orchestré le montage financier complexe pour dissimuler le plus possible le nom de la première dame. Comment? A travers d’autres véhicules financiers comme Beneficence Foundation, actionnaire de Matinda, dont le gérant n’est autre que Agefor SA.
En 2006 toujours, Mamadie Touré est approchée par le diamantaire Beny Steinmetz Group Ressources (BSGR), qui a ouvert une filiale à Conakry. Des représentants de l’homme d’affaires franco-israélien lui auraient demandé de convaincre le président de lui céder les droits sur le plus grand gisement de fer inexploité au monde, Simandou, ce que le groupe Beny Steinmetz a toujours démenti catégoriquement. En 2008, année de la mort du chef de l’Etat, le groupe obtient toutefois les droits de la concession grâce à l’aide de Mamadie Touré qui signe plusieurs documents et contrats avec BSGR en tant que «femme d’affaires» à la tête de Matinda Partners and Co Ltd, une société fermée en 2010, selon les «Panama papers». Elle aurait perçu, selon ses déclarations aux enquêteurs américains, plus de 5,3 millions de dollars. Contactée à plusieurs reprises, Mme Touré n’a pas souhaité s’exprimer. Beny Steinmetz sera par la suite accusé de corruption par les justices américaine et suisse.

 

L’homme le plus riche d’Afrique

Celui dont la fortune est estimée en 2016 à 17 milliards de dollars par Forbes apparaît également dans les «Panama papers». Aliko Dangote est l’un des actionnaires de la société pétrolière Ovlas Trading SA enregistrée en 2003 par Mossack Fonseca aux îles Vierges britanniques et dirigée par son neveu, Sayyu Dantata. Selon un document consulté par Le Monde daté de 2009, les deux hommes sont actionnaires de cette société au capital d’un million de dollars. L’autre actionnaire est la société Oil & Gas Co Ltd domiciliée aux Seychelles et à Lagos, capitale économique du Nigeria. Aliko Dangote est connu pour avoir justement fait fortune dans les secteurs non pétroliers du ciment, du sucre et du blé.
En 2011, Ovlas SA change de nom pour devenir Petrowest SA et de juridiction pour s’établir aux Seychelles, selon les «Panama papers». M. Dantata reste le principal actionnaire aux côtés de Patrice Alberti, un ancien banquier de BNP Paribas, qui a alors pour adresse Ovlas Services SA à Genève. Aliko Dangote a également été actionnaire de Petrowest. Cette société est une filiale du groupe MRS, dirigé par M. Dantata et M. Alberti, dont l’activité s’étend à toute l’Afrique de l’Ouest et au Cameroun. Contacté, M. Dantata s’est refusé à tout commentaire, estimant que rien ne l’empêchait de posséder des sociétés immatriculées aux îles Vierges britanniques.

 

John Bredenkamp, l’homme d’affaires zimbabwéen

On retrouve aussi dans les «Panama papers» l’homme d’affaires zimbabwéen John Bredenkamp, 75 ans. Connu pour avoir contourné l’embargo qui s’appliquait à la Rhodésie d’autrefois, M. Bredenkamp a aussi été accusé d’avoir vendu des armes au début des années 2000 à la République démocratique du Congo, où il s’en ensuite vu octroyer des mines dans le Katanga par le président Laurent Désiré Kabila.
Son nom figure en 2008 sur la liste noire du département du Trésor américain qui pointe cet «insider du régime de Hararé» bien connu pour ses activités de vente d’armes, de commerce du tabac, ses investissements douteux, sa présence dans les secteurs du pétrole, du tourisme et du diamant, ainsi que son financement d’«entités para-étatiques» au Zimbabwe. Parmi les 19 sociétés pointées par l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), chargé de sanctionner les entreprises faisant commerce avec des pays placés sous embargo américain, quatre ont été enregistrés par Mossack Fonseca: Timpani Export Ltd, Ridgepoint Overseas Developments Ltd, Tremalt Ltd, Breco International.

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