La fin de la françafrique?

11/05/2016

 

Il y a d’abord eu les tirailleurs sénégalais. Puis, le mouvement de la négritude. Et après les indépendances, les premières générations d’Africains dont le cœur balançait entre la France et l’Afrique. Les nouvelles générations d’Africains veulent une place, une vraie, dans les relations entre l’ancienne puissance coloniale et les pays de leurs parents.

L’Afrique, chasse gardée
Les nouvelles générations de Français d’origine africaine ne veulent plus être exclues des relations entre leur pays et celui de leurs parents. Elles regardent les entreprises françaises partir à la conquête des marchés africains et y faire de bonnes affaires sans elles. Au lendemain des indépendances, les rapports de domination ne se sont pas subitement arrêtés.

Les nouveaux dirigeants africains ont accordé à leurs homologues français, et à leurs intérêts, une bienveillante attention ; les chefs d’entreprise français n’ont donc pas pris l’habitude de passer par des intermédiaires africains pour accéder aux marchés de ces pays. Quand un chef d’entreprise peut appeler et tutoyer directement tous les dirigeants d’un pays, il n’a pas besoin de s’embarrasser d’intermédiaires. Les appels d’offres n’en étaient pas vraiment.

Nouveaux partenaires
Tant que les rapports entre dirigeants français et africains étaient cordiaux, tout se passait au mieux. Puis, il y a eu la chute du mur de Berlin et le discours de la Baule par lequel la France de François Mitterrand conditionnait l’aide publique au développement au degré de démocratisation des pays bénéficiaires. Cela a contrarié certains dirigeants africains. Ils avaient besoin d’espèces pour faire face aux charges incompressibles de l’État et éviter les mouvements sociaux aux conséquences politiques imprévisibles. En lieu et place, les grandes puissances occidentales leur donnaient des leçons de démocratie.

Non seulement la France conditionnait son aide financière, mais ses entreprises commençaient à se tourner vers les pays d’Europe de l’Est et d’Asie. Quand les nouveaux pays émergents, avec à leur tête la Chine, commencent à s’intéresser à l’Afrique, ils changent la donne. Là où les Occidentaux donnent avec parcimonie et en conditionnant leur aide, la Chine parle de partenariat gagnant-gagnant, sans aucune condition. Par conséquent, les entreprises françaises ont perdu d’importantes parts de marché en faveur de ces nouveaux arrivants. Alors que les entreprises françaises avaient été pionnières dans la plupart des pays africains, elles sont surclassées en très peu d’années par les Chinois puis les Indiens, les Brésiliens…

Nouveaux désirs d’Afrique
Puis vient la crise financière qui frappe les États-Unis d’Amérique et l’Europe. A contrario, les pays africains connaissent des taux de croissance proches des deux chiffres. Ce qui remet l’Afrique au centre de tous les intérêts. Chacun veut aller chercher des parts de croissance au Nigeria, en Angola, en Afrique du Sud, en Éthiopie… Cette croissance aurait pu être partagée avec les alliés traditionnels occidentaux, s’il n’y avait pas eu les conditionnalités. Et surtout si les derniers contrats n’avaient pas été conclus par de nouveaux amis.

Ces nouveaux amis, les Chinois, qui ont cru en l’Afrique au moment où le consensus de Washington et l’afro-pessimisme du début des années 90 en avaient fait le mouton noir de l’économie internationale. Comme le miel attire les abeilles, les résultats économiques de l’Afrique suscitent de nouveaux désirs d’Afrique. Y compris chez ceux qui l’avaient reniée il n’y a pas si longtemps. Comment séduire à nouveau celle que l’on a répudiée et qui semble vivre une belle histoire d’amour avec le voisin? Les entreprises françaises et les Africains de France ont des intérêts partagés en Afrique.

Ambassadeur ou intermédiaire
La diaspora est aujourd’hui considérée comme la sixième région de l’Afrique. Ses transferts de devises en direction du continent ne cessent de croître, cet argent servant essentiellement à régler les urgences financières des familles restées au pays. Quant aux entreprises françaises, elles ont besoin d’être présentes sur ce marché dont la population sera le quart de la population mondiale en 2050.
À l’instar des Chinois qui ont bâti un partenariat gagnant-gagnant avec les Africains du continent, l’État français et les entreprises françaises peuvent bâtir un partenariat gagnant-gagnant avec les Africains de France. Mieux que des intermédiaires, ce seront leurs meilleurs ambassadeurs sur un continent où le sentiment anti-français commence à devenir tendance.

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