African Caucus: Les leaders africains sortent leurs griffes devant les institutions de Bretton Woods

10/08/2016

C'est un idéal qui tend de plus en plus à devenir réalité. Les dirigeants africains réfléchissent désormais par rapport à leurs propres intérêts face aux institutions de Bretton Woods qui ont longtemps fait la pluie et le beau temps sur les économies africaines au risque de créer parfois confusions et amertumes chez beaucoup d'Africains. Le sommet du Caucus africain de Cotonou, des 4 et 5 août dernier tombait à pic pour clarifier les positions de chacun dans un contexte de fortes turbulences économiques. Illustration de ce changement de paradigme.

 

Les institutions de Bretton Woods mises à l'index

D'abord, les députés ghanéens défiaient le Fonds monétaire international (FMI) sur son terrain. Les parlementaires du pays de Kwamé Nkrumah avaient approuvé une modification de la loi encadrant les activités de la Banque centrale du Ghana, limitant ses prêts au gouvernement à 5% de recettes de l'année 2015. Un vote qui va l'encontre des consignes données par l'institution internationale, qui réclamait une abolition pure et simple de cette facilité de financement. Le 30 juin dernier, c'est le FMI même qui annonce que l'Angola abandonnait sa demande de soutien financier d'un montant de 4,5 milliards de dollars, lancée en avril 2016. Aucune indication n'a été donnée sur les motivations de la décision angolaise (qui pourrait être liée au récent rebond des prix pétroliers), mais elle démontre une fois de plus, la méfiance qui entoure les relations entre le continent africain et les institutions de Bretton Woods. Depuis plus d'une vingtaine d'années, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale sont les cibles de graves critiques. Principal reproche: ces institutions seraient des instruments de soumission des pays du tiers-monde. En ligne de mire: les réformes d'ajustements structurels imposés à plusieurs pays africains et ayant entraîné un ralentissement de leurs développements. Aujourd'hui encore les questions persistent dans l'esprit de beaucoup d'Africains. Quelle place occupe le continent dans les échanges avec les Institutions de Bretton Woods? Qui sont réellement les décideurs et comment entendent-ils renforcer la croissance des économies de 54 pays?

 

Quel rôle pour le Caucus Africain ?

Le Caucus africain, sommet réunissant les 54 chefs de gouvernement africains ainsi que les gouverneurs du Groupe de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) réunit à Cotonou, au Bénin au début du mois d'août est l'antichambre par excellence des assemblées générales du FMI et de la Banque mondiale. Plus que jamais décidés à se faire entendre, les dirigeants du continent et experts en économie ont fait le déplacement pour dessiner les futures échéances. L'objectif est de réellement peser dans l'échiquier économique mondial. En effet, l'Afrique à travers ses 54 pays veut se faire entendre, et pour cela se pose de plus en plus la question de ses intérêts lorsqu'il s'agit d'appliquer des directives de politiques économiques. Et le contexte actuel de baisse des cours de matières premières, l'instabilité des marchés de capitaux et la multiplication des chocs sécuritaires et climatiques obligent les dirigeants africains à rapidement se mobiliser sur la conduite à tenir pour mener les politiques de développement à terme. De l'avis du Caucus africain, il faut préserver les avancées réalisées par les économies africaines au cours de la dernière décennie... mais il faut aussi accroître le rôle des institutions de Bretton Woods, aussi paradoxale que cela puisse paraître, les décideurs du Caucus se réunissaient sur le thème «Accroître l'appui des institutions de Bretton Woods en vue de répondre aux chocs, renforcer la croissance et promouvoir la transformation économique en Afrique».

 

Ce que veulent les Africains

Le président béninois Patrice Talon a certes réclamé un plan Mashal pour le continent africain. «Nous espérons que le monde appuiera l'Afrique comme il l'a fait pour la Grèce». Mais il a surtout rappelé que l'Afrique est avant tout un partenaire des institutions de Bretton Woods et, en tant que partenaire, le continent a aussi sa part de responsabilité. «Notre continent a du mal à rattraper le train du développement. Nous en sommes les principaux responsables», a-t-il affirmé. Avant de lancer un appel à une prise de conscience de ses pairs à mieux gouverner. «Les problèmes de gouvernance ne plaident pas en notre faveur, nous devons aider le monde à nous accompagner, et transformer l'aide en un outil de mobilisation extérieure des ressources», explique Patrice Talon dans son discours d'ouverture du Sommet de Cotonou.  Mais les défis restent nombreux. L'Afrique, l'un des continents n'ayant pas été frappés par la crise économique mondiale de 2008 connaît un ralentissement général. Les grandes économies que sont le Nigeria, l'Afrique du Sud, l'Algérie ou encore l'Angola sont sommées de mettre en place des politiques économiques nouvelles. Quelles sont les marges de manœuvre et comment agir sans véritable connaissance du terrain, et des contextes, autant de questions soulevées par le ministre d'État béninois chargé du Plan et du Développement, et président du Caucus Abdoulaye Bio Tchané, qui «déplore» la «complaisance sur les statistiques pas toujours fiables en Afrique». Il a appelé à rappeler que le Caucus «devrait de nouveau faire la preuve de son leadership et de sa détermination à assurer le progrès du continent et à nos pays respectifs. Les institutions de Bretton Woods seront appelées à s'adapter aux nouvelles exigences de la conjoncture et à repositionner leurs interventions afin de mieux accompagner l'Afrique dans ce nouveau combat dans lequel elle s'engage... » a-t-il martelé en ouverture du sommet. Pour plusieurs économistes, comme Carlos Lopes, présents au Caucus, il est urgent que l'Afrique s'impose sur la question du plafonnement de sa dette. Selon l'expert, «les pays africains veulent négocier de manière raisonnable le plafond d'endettement». En effet, de nombreux financements dépendent du niveau d'endettement des pays. Là encore, du côté des dirigeants africains comme celui des institutions financières mondiales on tient un discours de vérité, soit 53 ans après la fondation du Groupe africain des gouverneurs du groupe de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI), est communément appelé Caucus africain.

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