Le Pays d'origine "Plan B" pour plusieurs athlètes qui souhaitent participer aux JO 2016 de Rio

Ce choix ne procède pas toujours d'un attachement du cœur. Il ouvre la porte à l'extraordinaire opportunité de participer à la fête olympique. Illustration.

Comme au football l'athlétisme connaît depuis plusieurs années de plus en plus d'anciens internationaux français qui choisissent de porter les couleurs de leur pays d'origine, qu'ils soient nés ou pas là-bas. Et contrairement au football où la bataille peut s'avérer féroce pour convaincre la personne en question, du côté de l'athlétisme, c'est totalement différent. La démarche vient généralement des athlètes et parfois les fédérations prennent l'initiative, ce qui facilite le processus. Dans cet échange de bons procédés, la Fédération française d'athlétisme ne fait pas d'obstacles à ces demandes. Ce processus permet à certains d'entre eux de garder la motivation pour continuer dans l'athlétisme. Ces transfuges sont dans l'ensemble bien réussis. La plupart sont bien intégrés dans leur nouvelle équipe. La barrière de la langue ou la méconnaissance du pays qui peuvent constituer un facteur d'isolement ne leur portent pas préjudice. Contrairement à la France, les pays africains appliquent à la lettre les minima, qui sont moins relevés que la fédération internationale pour les sélections aux Mondiaux et JO. Les athlètes binationaux qui butent sur les minima français y voient une opportunité de participer à des compétitions prestigieuses.

 

La dernière en date, lors des championnats d'Afrique d'athlétisme à Durban en Afrique du Sud, a eu lieu du 22 juin au 26 juin. L'ultime épreuve majeure qui s'est déroulée avant le grand rendez-vous des JO de RIO 2016. La délégation des binationaux a connu des fortunes diverses pour l'événement africain. Déçu de ses deux non-qualifications olympiques en 2008 à Pékin et 2012 à Londres, le hurdler Bano Traoré, qui a été champion d'Europe juniors du 110 m haies en 2003 avec la France, a choisi de courir pour le Mali il y a deux ans. Lors des championnats d'Afrique, il n'a pas brillé, ne ramenant aucune médaille pour le Mali. De même pour la coureuse de haies Rahamatou Dramé qui a terminé dernière de la finale du 100 m dames lors de cette 20ème édition du championnat d'Afrique. Elle avait été pourtant sélectionnée sur 100 m haies aux JO 2012 à Londres par le Mali et avait bénéficié de l'aide financière pendant les deux années préolympiques. Les deux athlètes maliens n'ont bien entendu pas réalisé les minima nécessaires pour se qualifier et ne participeront pas aux JO 2016.

Ils n'ont pas pu avoir d'invitation, car deux athlètes non binationaux ont déjà obtenu leur ticket pour le Mali. Même sentence pour la lanceuse de marteau féminin Laetitia Bambara qui a terminé deuxième du championnat d'Afrique. L'athlète burkinabé lance pour le Burkina Faso depuis 2012. Ce choix lui a permis de garnir son palmarès individuel en étant sur le podium en 2012 et 2014 en championnat d'Afrique. Par manque de compétitivité, elle n'a plus été inscrite dans les listes de haut niveau en France d'où ce transfuge acté en 2012. Néanmoins, ce n'est pas suffisant pour être présent à Rio.

Dans le même cas de figure, mais avec un dénouement différent que les deux athlètes maliens, la championne d'Afrique du marteau féminin 2016 à Durban, la Sénégalaise Amy Sène, sera de la partie au Brésil, mais sur invitation du CIO grâce à son titre national notamment. Mais la raison principale de sa présence relève du fait qu'aucun athlète sénégalais n'a décroché les minima, dont la date butoir était le 11 juillet. Une aubaine qui arrive à point nommé pour Amy Sène qui a été sélectionnée plusieurs fois en équipe de France jeunes, mais qui n'a pas réussi à faire un coup dans la catégorie reine. Après son succès à Durban aux championnats d'Afrique, elle avait pris part aux championnats de France en réalisant 64,10 m. Une performance qui était loin des 71 mètres demandés pour les dames au lancer du marteau pour avoir le visa olympique. Le président de la Fédération sénégalaise d'athlétisme souhaite que Amy Sène, qualifiée sur invitation, arrive à atteindre le deuxième tour en améliorant sa performance individuelle.

 

Une autre binationale a aussi bénéficié des invitations de la Fédération internationale d'athlétisme. Il s'agit de Reina-Flor Okori, qui a été trois fois demi-finaliste olympique avec l'équipe de France du 100 m haies dames. Elle sera à Rio le mois prochain sous les couleurs de la Guinée équatoriale. Maman d'un petit Lior depuis novembre, la jeune femme de 36 ans a été sélectionnée par la Guinée équatoriale, la terre natale de ses aïeux. Le pays n'enverra que trois représentants au Brésil par le biais des wild cards accordé par le CIO aux «petits pays». Une invitation est réservée pour Reina-Flor Okori.

Compte tenu de son expérience, son passé dans cette compétition internationale, elle peut prétendre à être le porte-drapeau. La sprinteuse, qui n'a pas participé aux championnats d'Afrique d'athlétisme 2016, s'est entraînée en Guinée équatoriale fin avril début mai. Elle a hâte de disputer ses quatrièmes Jeux olympiques sur 100 m haies avec la Guinée équatoriale comme elle l'a confié à l'Est républicain. «Je suis un pur produit de la France (elle était arrivée dans l'Hexagone à l'âge de 3 ans, NDLR), mais je me sens 100% équato-guinéenne. C'est un projet très motivant qui me tient à cœur». Sans référence chronométrique depuis plus d'un an à cause de sa grossesse, Reina-Flor Okori aura du mal à ramener une médaille olympique historique à son pays d'origine. Mais elle a déjà gagné un pari, revenir au plus niveau après avoir donné naissance à son petit garçon. On verra le mois prochain si le continent sera représenté en finale de cette discipline grâce à sa participation. En cas de réussite, ce serait une première pour l'athlète et le pays.

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