Sénégal: Il faut sauver le soldat Sonko.

07/09/2016

«Ousmane Sonko», c’est le nom le plus prononcé ces derniers jours par les sénégalais. Chacun y va de son commentaire. Entre les «il aurait dû» et «le droit de réserve», il y’a tant à manger et à boire.  Ces palabres devraient contribuer à renforcer les institutions fragilisées par la volonté des politiciens. C’est pourquoi il est urgent de sauver le soldat Sonko. Quoi qu’il en soit, dans la longue liste des atteintes à l’image des institutions par le pouvoir en place, la dernière en date n’est pas la moins grave: la radiation à vie d’un inspecteur des impôts, représentants d’un corps d’élite de l’administration. Le plus tragique dans cette affaire étant que cette radiation s’est faite à raison, l’agneau du sacrifice nommé Sonko ayant le droit avec lui. Entre les supposés gardiens de l’orthodoxie dans la pratique administrative et le désormais ancien inspecteur des impôts Sonko, c’est en effet le dernier nommé qui a sauvé l’image de nos institutions, par cette belle leçon de de courage administrée aux gardiens d’un système devenu vieillot aujourd’hui.

C’est tellement évident, pour ne pas dire élémentaire, que la bonne question est de savoir le degré de légèreté avec lequel le débat sur ce qui convenu de nommer «l’affaire Sonko» est mené sous les chaumières et en haut lieu au Sénégal, pays pourtant cité en exemple s’il s’agit de «bonne gouvernance» en Afrique. Des snipers des services de la présidence de la République qui, par cette faute lourde, en essayant d’expliquer l’inexplicable, en sont venus à mettre le chef de l’État dans un indicible embarras.

Lui Macky Sall, qui avait connu une traversée du désert après avoir voulu clarifier la gestion de Karim Wade, ancien ministre de la terre, de la mer et de l’air et accessoirement fils du maître du palais de l’avenue Senghor. On savait que Macky Sall chercherait à faire rendre gorge à tous ceux qui voudrait mouiller le beau costume de son frère et des membres de son clan. L’occasion ne s’étant pas présentée, il fallait fouiner dans les prétendues prérogatives d’un chef d’état qui avait juré qu’il ne protégerait personne. Entre vérifier des comptes et régler des comptes, la différence se mesure par une réponse à la question de savoir si Madame Nafi Ngom Keïta et Ousmane Sonko auraient été l’objet d’une pareille chasse aux sorcières s’ils s’étaient comportés comme de «vrais fonctionnaires sénégalais», adepte du sacro-saint droit de réserve. Et depuis lors, une horde de zélés courtisans s’appliquent à déstabiliser l’ancienne directrice de la citadelle anti-corruption et du malheureux inspecteur qui voulait juste faire son travail de citoyen, se disant qu’ils seront rétribués en fonction de leur férocité, même au prix du viol des lois et de déstabilisation des institutions.
Après une investigation solide et précise, sûr que le désormais ex inspecteur des impôts Sonko ne sera pas un docile agneau de rite sacrificiel. La leçon de perspicacité et de courage qu’il vient de donner, par cette attitude républicaine et responsable, indique l’épaisseur du dossier qui attend Macky Sall et sa cour dans ce nouveau front qu’il vient d’ouvrir. Il est à espérer que, du côté de la présidence de la République, on s’arrêtera un instant sur ce cas pour réfléchir sur le nombre trop important de bourdes commises ces derniers temps et qui écornent gravement l’image du Sénégal.

Quel sérieux peut-on accorder à une institution que dis-je, un état qui accepte de s’adonner à un tel simulacre? Ce qui vient de se passer est tout simplement illégal et une atteinte au crédit des institutions que des sénégalais ont mis des années à bâtir pour que nous puissions vivre dans un pays où seul le mérite aurait sa place.
On n’est plus à un coup de canif près sur l’honorabilité des piliers institutionnels de notre pays, ce spectacle guignolesque, indigne d’une République, s’est déroulé sans que le 29 août devienne le 23 juin. L’image de nos institutions est aujourd’hui couturée et balafrée, à force de subir des coups de canif du maître des lieux. Et cela ne suffit pas puisqu’il semblerait que le Président de la République a signé un décret permettant de traduire deux inspecteurs des douanes devant le Conseil de discipline où ils risquent la radiation. Au motif d’avoir refusé de rejoindre leurs nouveaux postes d’affectation, sic.

Petit à petit, les tenants du pouvoir, misant sur la corruption ambiante, tentent d’instaurer un système de gestion obscur, à l’exemple des modèles de pays tel que la Corée du nord. On veut appliquer à notre pays le modèle de Pyongyang, mais aussi son mode de dévolution du pouvoir.

Puisse Dieu sauver le soldat Sonko.

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