La Côte d'Ivoire, nouvelle ruée vers l'ouest...

26/01/2016

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Les entreprises françaises réinvestissent en Côte d’Ivoire, mais «la Côte d’Ivoire n’est pas une chasse gardée», a prévenu, lors du séminaire de Business France sur ce pays, le 19 janvier, Jean-Louis Menann-Kouamé, directeur général de la Banque internationale pour le commerce et l’industrie de la Côte d’Ivoire (Bicici), filiale de BNP Paribas.

Sixième groupe informatique français, GFI a repris en Côte d’Ivoire Somafor, une société qui «nous permet d’avoir tout de suite la taille critique et d’être citoyen, considéré comme local», expliquait son directeur Business Development pour l’Afrique, Brice Demogé. Jumia, pour sa part, s’est implanté il y a deux ans et demi à Abidjan. «J’ai été surpris de la rapidité de notre développement. Il y a sur place un grand appétit de consommation», rapportait Francis Dufay, directeur général en Côte d’Ivoire de cette société qui se définit comme un centre commercial en ligne. En Côte d’Ivoire, sa boutique d’achats en ligne, avec 300 collaborateurs, approche les 2.000 ventes tous les jours et reçoit quelque 600.000 visiteurs uniques par mois dans la mode, l’électroménager ou la téléphonie mobile.

 

L’Oréal, Carrefour, Bel et d’autres investissent

«Nous recevons très régulièrement des demandes d’investissement sur la Côte d’Ivoire. Ce pays est à la mode», se félicitait encore Sophie Clavelier, directrice de Business France Côte d’Ivoire. Les grands noms s’implantent aussi, comme L’Oréal. Le 18 décembre dernier, le président ivoirien Alassane Ouattara a inauguré dans la capitale économique le plus grand centre commercial du pays, le PlaYce Marcory, où s’est installée la chaîne de distribution Carrefour.

Le groupe Bel a prévu d’investir cinq millions d’euros dans une usine pour produire la fameuse Vache qui rit. «Ce sera une mini usine dans un premier temps dévolue au marché local, mais la possibilité de construire une usine plus importante pour toucher le marché régional est prévue», a précisé Jean-Louis Menann-Kouamé, selon lequel l’existence d’une monnaie commune aux Etats-membres (dont la Côte d’Ivoire) de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), le franc CFA, d’un droit commun également, grâce à l’Organisation pour l’harmonisation du droit des affaires en Afrique (Ohada), et, enfin, d’un tarif extérieur commun (Tec) à la région «accroissent sensiblement l’attraction que peut exercer aujourd’hui l’Afrique sur les investisseurs et augmentent les chances de choisir Abidjan comme hub dans la zone».

 

Le Maroc a dépassé la France dans les IDE en 2015

D’autres pays que la France depuis plusieurs années réinvestissent aussi ou découvrent la première nation de l’Uemoa par le produit intérieur brut (40 % du total). Si la création de Brassivoire par le brasseur néerlandais Heineken et CFAO est relativement logique, compte tenu de la forte croissance économique (7,9 % en 2014, 8,4 % attendus en 2015), la percée des sociétés marocaines en Côte d’Ivoire est plus remarquable.

En matière d’investissement direct étranger (IDE), a relevé Jean-Louis Menann-Kouamé, «le Maroc est arrivé en tête en 2015, donc devant le numéro historique qu’est la France». Et «si les banques marocaines y sont aujourd’hui si présentes, ajoutait-il, c’est parce que les autres sociétés marocaines s’établissent».

Dans le domaine bancaire, «il y a un déclin de la France», reconnaissait ainsi Jean-Luc Ruelle, Regional Senior Partner KPMG Afrique francophone subsaharienne. Parmi les établissements tricolores, sont restés BNP Paribas et Société Générale, avec Société Générale Banque de Côte d’Ivoire (SGBCI), mais le Maroc est maintenant représenté par Attijariwafa, à travers la Société ivoirienne de Banque (SIB), la Banque marocaine du commerce extérieure (BMCE) avec la Bank of Africa (Boa) Côte d’Ivoire, et la Banque Atlantique avec la Banque Atlantique de Côte d’Ivoire (Baci). Au total, France et Maroc sont à égalité quant aux crédits accordés (25 % du total chacun). En total de bilan, la SGBCI demeurerait numéro un, avec une part de 15,4 %, la Bicici détenant, pour sa part, 7,4 % du marché.

 

Un plan de l’émergence pour 2020 de 45 milliards d’euros

Selon Esmel Emmanuel Essis, directeur général du Centre de promotion des investissements en Côte d’Ivoire (Cepici), 2015 pour le Centre qu'il dirige, a été la meilleure année pour les investissements privés, avec un montant d’un milliard d’euros. La dynamique semble enclenchée, alors que le gouvernement devrait dans les semaines à venir approuver le deuxième plan national de développement (PND) quinquennal. D’un volume global de 45 milliards d’euros, le PND 2016-2020 «devra être réalisé à hauteur de 68 % par le privé et 32 % par le public», a indiqué le conseiller du président Ouattara, Séka Tchéré.

Appelé «plan de l’émergence», car, selon le vœu du chef de l’État, son pays doit parvenir à l’émergence économique en 2020, ce deuxième plan doit être approuvé dans les semaines prochaines. A ce stade, seules les grandes lignes en sont connues: infrastructures routières, autoroutières, ferroviaires; transports, ports, aéroports; énergie, eau, environnement, mines; agriculture, ressources halieutiques, agro-industrie; infrastructures universitaires, santé et sport; tourisme, TIC, communication.

Pour favoriser l’investissement, la France a accepté de convertir une partie de sa créance en investissements, ce qui s’est traduit par un premier contrat de désendettement et de développement (C2D) entre 2012 et 2015 pour 630 millions d’euros et un second pour un volume croissant, de l’ordre de 1,125 milliard d’euros. Ces plans sont pilotés par l’Agence française de développement (AFD), qui, par ailleurs, gère à l’heure actuelle environ 200 millions d’euros de projets dans le pays dans trois secteurs majeurs : banque-assurance, infrastructures et agro-industrie.

D’après les chiffres présentés par Bruno Leclerc, qui dirige le bureau de l’AFD à Abidjan, le premier C2D attribuait une part relativement importante aux routes (153 millions). Dans le nouveau, l’appui budgétaire arrive en tête (335 millions), largement devant l’éducation (222 millions) et (au-delà de 190 millions), d’une part, le développement urbain, l’eau, l’assainissement (construction de marchés…), et, d’autre part, les routes (rénovation du pont Houphouët Boigny, de la route du nord…). Bruno Leclerc a précisé que «195 millions d’euros ont été engagés la première année et que 200 millions le seront en 2016».

 

Tous les grands bailleurs de fonds sont présents sur place.

L’Union européenne (UE), avec un total de 272,8 millions d’euros issus du 11e Fonds européen de développement (Fed) entre 2014 et 2020, dont 139 millions dans l’énergie.

La Banque mondiale est également active, avec des prêts totalisant quelque 240 millions d’euros: 16 projets sont en cours, deux devraient être lancés dans la transmission électrique, la gestion des pesticides périmés ou encore l’assistance post conflit.

La Banque africaine de développement (Bad), a, pour sa part, un programme de prêts de 495 millions d’UC (environ 391 millions d’euros), dont 77,8 % dans les transports. Chef de projet Afrique au service Organisations internationales et bailleurs de fonds (OIBF) de Business France, Laurence Hautefeuille a annoncé l’organisation d’une mission d’entreprises françaises cette année à la Bad, dont le siège se trouve à Abidjan.

 

La corruption reste forte

La communauté internationale soutient largement le pays présidé par l’ancien directeur général adjoint du Fonds monétaire international (1994-1999). Pour autant, dans un pays qui n’a pas encore achevé sa réconciliation nationale après des années de crise et de guerre, la corruption semble toujours aussi présente. L’ONG Transparency International classe à l’heure actuelle la Côte d’Ivoire au 115e rang sur 175 pays étudiés, avec une note de 32 sur 100. Une place peu enviable pour un pays qui veut atteindre l’émergence dans à peine quatre ans.

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