Lettre confidentielle d'une admiratrice à Me Aminata Sonko.

30/11/2016

Bonjour Maître Sonko,

Vous ne me connaissez pas. Je m'appelle Anita Diakhaté. Je suis une de vos admiratrices pour ce que vous représentez pour nous enfants de l'immigration.

Nous vous avions mise sur piédestal dès le lendemain de votre prestation de serment. Vous aviez eu droit à une page centrale dans la version papier de notre magazine. Nous vous présentions toujours en exemple de réussite que les jeunes nés dans les familles dites d'immigration devraient suive.

C'est la raison pour laquelle je suis triste à la suite de la lecture de votre lettre ouverte au Président du Sénégal, Macky Sall. Ne vous méprenez pas. Je ne viens pas le défendre, il a les moyens et l'armada suffisants pour le faire. Je souhaite vous interpeller sur la forme et fond de votre lettre ouverte. En voulant aborder le sujet sur le sort de votre compatriote Mbayang Diop, vous parlez tour à tour de promesses électorale du candidat Macky Sall, de sa position sur la peine de mort et de l'aide que le gouvernement du pays d'origine de vos parents devrait apporter au compatriotes qui tentent de gagner leurs vies à l'étranger.

Sur le douloureux cas de Mbayang Diop, pour laquelle vous, vous êtes constituée avocate, je dois vous dire ma déception. Dès que nous avons eu écho de la rumeur sur son éventuelle décapitation, notre Directeur de publication vous a contacté. Et à ce jour nous n'avons toujours pas reçu de réponse de votre part. Vous étiez certainement prise par la rédaction de votre lettre au président sénégalais. Nous ne désespérons pas de recevoir un jour votre réponse.

Comment une fille aussi brillante que vous peut-elle trébucher dans le poto-poto d'un débat qui trouve son origine certes justifiée dans le sillage de l'émotion et de la colère suite à la recrudescence de la criminalité et de crimes macabres que connait le Sénégal ces derniers jours. Nous attendons d'une spécialiste du DROIT, de nous renseigner, de nous aider à comprendre ce même DROIT dans quelque pays que se soit. Mais pas d’inciter le chef de l’État sénégalais à influer dans la justice d'un autre pays souverain, quand bien même que nous ne partagions pas sa manière d'appliquer la Justice. le débat sur la restauration de la peine de mort est relancé au Sénégal.

La détention de Mbayang Diop en Arabie Saoudite n'a aucun lien avec le débat qui anime actuellement le pays de Senghor. Nous attendons de vous que vous nous informiez sur le dossier de votre "cliente". Est-elle en vie ou comme le disait la rumeur, démentie depuis, serait-elle décapitée...

La nouvelle de l'arrestation de Mbayang Diop, qui aurait tué son employeur en Arabie Saoudite, et... de sa décapitation a réveille les instincts patrio­tiques des Sénégalais. Certains ont initié une pétition pour essayer de la sortir des geôles saoudiennes. Aujourd’hui, les opinions de certains éléments du système, qui enseignent à tous la constante obligation de «changer», ne survivent pas aussi à leur croyance d’hier. Finalement, ce débat est juste conjoncturel. Car, les opinions d’aujourd’hui ne seront pas les convictions de demain. 

Le Sénégal, comme les autres démocraties a toujours été un pays de débats interminables. Et ce débat sur a peine de mort a peu de chance d’avoir une nouvelle longue espérance de vie. Dès que la peine provoquée par les meurtres ignobles relayés systématiquement pas les réseaux sociaux et les sites en ligne auront retombé, il sera rangé dans les placards du débat public animé par de nouvelles revendications après chaque drame. Dans ce pays, les opinions se forgent au grès des circonstances, des tragédies et des intérêts du moment. Probablement, le temps va conjurer l’émotion provoquée par les différents crimes qui ont touché beaucoup de familles sénégalaises.  J'ose gager qu'on doit faire encore une fois confiance au peuple du Sénégal et une fois n'est pas coutume, (en tout cas su la question de la peine de mort), se fier à l’intransigeance de Macky Sall et de son ministre de la justice qui ont été des acteurs de l’abolition de la peine de mort en 2004. 

Pour rappel: à l’époque, Premier ministre de Me Abdoulaye Wade, Macky Sall avait cosigné la loi n° 2004-38 du 28 décembre 2004, portant abolition de la peine capitale dont l’exposé des motifs dit clairement: «Le Sénégal est reconnu dans le monde entier comme une terre de paix et de tolérance. Le sens du pardon y est une vertu essentielle. C’est ainsi que la peine de mort, sanction suprême, est abolie de facto depuis plusieurs décennies.» Il ajoute: «L’expérience, dans plusieurs pays dans le monde, a prouvé que la peine de mort n’était pas la réponse la plus pertinente pour juguler la criminalité. L’effort de recherche des solutions les plus adéquates à la criminalité dans ses causes et dans ses effets doit être poursuivi. Il faut en outre rappeler que l’erreur judiciaire demeure toujours possible et représente une hantise pour tous, en particulier pour ceux et celles qui sont amenés à prononcer la sanction irréversible de la peine de mort».

Soulignons enfin, pour fermer le clin d’œil dans le rétroviseur, qu' au Sénégal seuls deux condamnés à mort ont été exécutés depuis l'accession à l'indépendance en 1960. Ces exécutions, par les armes, remontent à 1967: Abdou Faye qui avait été reconnu coupable du meurtre du député Demba Diop. Et le second, Moustapha Lô reconnu coupable d'une tentative d'assassinat sur la personne du chef de l’État, Léopold Sedar Senghor, qui a rejeté les deux demandes en grâce. Le Sénégal applique depuis 1967, date de la dernière exécution dans le pays, un moratoire de fait sur la peine de mort dans le pays.

Pour toutes ces raisons et tant d'autres, je me permettrais de vous conseiller de nous recentrer sur nos combats d'exilés et de minorités. Vous avez été brillante le 11 novembre dernier. Et c'est qui nous plait chez vous.

 

Veuillez agréer Maître, l'expression de mes salutations respectueuses.

 

Votre admiratrice,

Anita Diakhaté

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