Le Tchad au bord de l'implosion

15/12/2016

Les autorités tchadiennes ont tiré la sonnette d'alarme: les recettes du pays vont baisser de 45% en 2016 à en croire une source officielle, les revenus pétroliers représentant 70% du PIB.

Alors que le pays était en pleine reconstruction il y a deux ans, dopée par des revenus pétroliers confortables, l'effervescence a été stoppée par la chute des cours du pétrole. Un coup de frein qui a mis un terme aux projets en cours, comme la réhabilitation des routes et la construction de la futuriste Cité internationale des affaires. Idriss Deby Itno, président du Tchad, a fort à faire avec une situation économique désastreuse et une population remontée contre les mesures qu'il préconise avec son gouvernement.

Hôpitaux, écoles, universités et nombre de services publics sont secoués par la colère sourde de la population et des travailleurs tchadiens qui monte doucement mais sûrement. Tous ces acteurs sont remontés par les mesures d'austérité que le gouvernement vient de prendre pour conjurer les conséquences de la situation économique difficile que vit le pays à la suite de la baisse des cours du pétrole.

Pour faire face à cette conjoncture difficile, le gouvernement a présenté 16 mesures budgétaires dites d'urgence. Parmi elles, la baisse de 50% des indemnités des fonctionnaires sur 18 mois, allant jusque 80% pour ceux nommés par décret. Dès l'annonce, l'Union des syndicats du Tchad (UST) a lancé une grève générale, paralysant partiellement le pays.
Autre mesure qui ne passe pas: la suppression des bourses de 18.000 étudiants, représentant annuellement 360.000 francs Cfa (soit 554 euros) par personne. Depuis le 15 septembre, date de rentrée officielle au Tchad, élèves et étudiants ont empêché la tenue des cours dans les établissements publics de l'ensemble du pays.
De son côté, le gouvernement a également été appelé à se serrer la ceinture. Les indemnités des députés sont également entaillées de 50%. Considérée comme budgétivore, l'Assemblée nationale est l'une des institutions les plus coûteuses du pays.

Face à la grogne sociale, le Premier ministre Albert Pahimi Padacké a convoqué le 24 novembre un dialogue social au cours duquel il a demandé «une trêve sociale sans condition». Mais pour l'UST, la seule issue face à cette crise se trouve dans la tenue de discussions de fonds et le paiement préalable des arriérés de salaire. En effet, les salaires d'octobre et novembre ne sont pas encore versés.

 

Si les détracteurs aux 16 mesures budgétaires trouvent que certaines d'entre elles sont nécessaires, d'autres seraient en revanche obsolètes en raison d'une corruption généralisée . Le pays figure en effet à la 147ème place sur 168 du baromètre de la corruption 2015 (il était à la 163e place en 2013) établi par Transparency International.
Le gouvernement semble en être conscient. Mbogo Ngabo Seli, le ministre tchadien du Budget, a présenté récemment le nouveau Code général des impôts dans le cadre du plan de modernisation des finances publiques, visant à rompre avec «une sorte d'insécurité juridique et fiscale pour les usagers», sans donner plus de détails sur les modifications effectuées.

Pour les observateurs, le problème du Tchad réside sur la non diversification de l'activité économique orientée exclusivement sur le pétrole.
Pour sortir de la dépendance au pétrole, le gouvernement œuvre à travers le plan national de développement (PND) dont la première phase s'est achevée en 2015. Celui-ci a été jugé assez inefficace même si des progrès ont été faits. Un nouveau plan de route a été mis en place pour renforcer cette volonté politique intitulée «La vision 2030, le Tchad que nous voulons». D'ici là, la grogne ne faiblit pas.

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