La démocratie dans la société négro-africaine pré-coloniale

15/06/2017

La démocratie est-elle une denrée exclusive à l’Occident et envers laquelle nous, Africains, n’avons qu’un seul droit: celui d’en mourir de rêve, d’aspiration, d’envie et d’appétit?

La réponse à cette question présuppose la réponse cette autre question préalable: La conception de l’homme dans la société africaine pré-coloniale en général et en RD Congo en particulier était-elle compatible avec l’exercice de la démocratie, de ses exigences et de ses implications? Notre réponse à cette question est oui, et donc affirmative.

 

Nous puisons cette réponse notamment des écrits d’illustres intellectuels noirs et européens qui ont eu à se pencher sur la question. De Placide Tempels à Cheikh Anta Diop, Obenga Théophile, Niamkey, Koffi...

 

 

1. Résumé des éléments de la conception de l’individu dans la société négro-africaine en général et dans la société congolaise en particulier

 

Un constant: L’échec global, en Afrique, du monolithisme politique, idéologique et syndical, des systèmes politiques terroristes, dictatoriaux et prédateurs, œuvre de la Mafia internationale qui utilise des pions locaux à sa solde, est flagrant. De nombreuses masses africaines, encadrées par des leaders patriotes et démocrates qui incarnent la volonté souveraine de celles-ci ainsi que leurs aspirations et leur confiance, exigent la démocratie et demandent à la "Vraie Communauté Internationale" de les soutenir dans leur combat de libération.

Mais la démocratie est-elle compatible avec la conception de l’homme dans la société africaine pré-coloniale?

Sans trop uniformiser les données ni taire les particularités remarquables de certaines sociétés de l’Afrique pré-coloniale, nombreux Africanistes étrangers et congolais ont déjà définitivement démontré, dans la société africaine pré-coloniale, de l’existence ontologique (= être profond) et de la consistance axiologique (= référence à l’échelle des valeurs morales) de la personne humaine ainsi que de sa dimension sociale prononcée et bénéfique en Afrique pré-coloniale. La personne humaine était une évidence première et irrécusable dans cette société. Sa subjectivité était inaliénable et toujours maintenue en éveil. L’individu pouvait toujours, se poser et s’imposer comme une conscience de soi, centre de conception et de décision, conscience critique, sujet libre et responsable, s’affirmer dans la liberté du discours, dans la discussion par la confrontation des opinions diverses. Ces sociétés se sont efforcées de promouvoir l’aventure individuelle, l’indépendance d’esprit et de comportement et de donner à l’individu beaucoup de latitude.

 

 

2. Élucidation et explicitation des éléments de ladite conception

2.1. L’Onomastique, étude et signification du nom du nom dans la société négro-africaine a démontré que le nom, dans cette société, n’était pas une étiquette familiale comme en Occident. La personne humaine, tout en vivant dans la société, a une place unique. Nommer comporte une programme de vie que l’individu doit réaliser lui-même et non par procuration. Le nom indique l’historicité de chacun dans sa singularité et son unicité non communicable et non réitérable. Il marque chaque individu dans sa réalité ontologique. Le nom indique l’essence d’une personne et ne peut être cité à la légère.

 

2.2. Il existe partout en Afrique, des proverbes et des récits qui mettent en évidence l’importance de l’égo; des textes qui enseignent la ruse, la réflexion, la prudence, le recours à l’intelligence, à soi-même pour sortir victorieux du combat de la vie. Une soumission aveugle à autrui y est présentée comme une imprudence. Chez les Luba-Kasaï, les contes où la mangouste (“Kabundi”) est le héros principal illustrent ce point de vue...

 

2.3. La palabre africaine consiste en des débats contradictoires et libres où chaque personne avait droit à la parole pour exprimer sans contrainte sa pensée, son opinion, ses arguments. Ces palabres mettent en évidence l’existence de l’esprit critique; montrent, ainsi que les sanctions qui en découlent, qu’il n’y avait pas de déterminisme social et absolu. Les sanctions interviennent là où il y a possibilité d’exercer la liberté et excès de liberté. De la pluralité d’opinions et d’arguments on aboutissait à un large “consensus”, à une décision exécutoire et opposable à tous et à chacun. La décision finale n’était donc pas un phénomène spontané et facile. Elle était conquise sur des subjectivités exigeantes. La nature polémique de la vérité était donc reconnue. C’était un système démocratique fondé sur l’exercice de la liberté, de la parole et de la vérité.; une démocratie fondée sur la participation des adultes ou des vieillards aux prises des décisions politiques et sociales.

 

2.4. Les Égyptologues ont démontré, de manière imposante, que c’est l’Égypte pharaonique, habitée par les Noirs, qui est la mère lointaine de la science et de la philosophie occidentale, de ces productions théoriques où le “je” se pose et s’impose comme sujet libre et responsable, comme puissance inventive et révolutionnaire, que les emprunts inavoués des philosophes grecs à la pensée de cette Égypte est évidente. La théorie des contraires d’Héraclite, la dialectique et les principes de l’âme chez Aristote, les catégories de l’être dans la philosophie bantoue comparée de Kagamé… tirent leur origine de l’Égypte ancienne. Et la philosophie se caractérise, rappelons-le, par la réflexion, la rupture, grâce au doute, avec le donné, la capacité de soumettre la tradition à une critique sans complaisance, la primauté de l’individuel sur le collectif, la prise de conscience de soi comme pouvoir autonome du discours, comme liberté créatrice.

 

2.5. Il existe, en outre, en Égypte ancienne, des textes d’une nature philosophique, d’une abstraction remarquable.

 

En conclusion, nous réaffirmons que notre réponse affirmative est donc justifiée et fondée dans la mesure où la démocratie implique l’affirmation de l’individu comme une réalité valable et qui assume sa liberté; favorise l’imagination critique; renvoie chacun à la responsabilité personnelle, à la prise en charge de son propre destin conjoint à celui de sa communauté historique; offre à l’individu les possibilités d’émergence et d’épanouissement; respecte la diversité des opinions; est soucieuse de la vérité considérée comme chose publique, résultante de l’intersubjectivité et fille de la discussion, de la confrontation des opinions personnelles; vise à éveiller la conscience de soi historique et repousse la confiance aveugle à autrui ou à la tradition ainsi que la conception de l’histoire comme le déterminisme absolu.

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