Côte d'Ivoire: L'impossible réconciliation?

Plus de six ans après l’arrestation du président Laurent Gbagbo, la question de la réconciliation reste épineuse. Bon nombre de ses anciens ministres et conseillers restent en exil, en France ou au Ghana, tandis que d’autres attendent leur libération depuis la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca). Malgré les appels du gouvernement, les retours au pays se font rares.
La libération provisoire, le 7 juin 2017, de l’ancien ministre ivoirien de la Fonction publique, Hubert Oulaye, après deux ans de détention, marque un nouveau jalon dans le dialogue entre pouvoir et opposition. Malgré un appel aux soutiens de Laurent Gbagbo à rentrer de leur exil, le camp de l’ex-président reste sur le qui-vive.
Pour autant, certains cadres pro-Gbagbo, à l’image de M. Gossio, ou encore de l’ex-Premier ministre Pascal Affi N’Guessan ont fait le choix d’accepter la main tendue par le camp du président Ouattara et de se réinsérer dans la vie politique, en présentant leur candidature aux élections législatives de décembre 2016. Mais cette décision ne convainc pas tout le monde.
La Côte d'Ivoire est traversée par une profonde fracture sociale dont l'un des effets est l'exil de dizaines de milliers d'ivoiriennes et d'ivoiriens qui paient leur proximité avec Laurent Gbagbo. Ce sont les inimitiés politiques réciproques qui ont disloqué des familles entières. Certains soutiennent que le régime de M. Ouattara est pris en otage par les seigneurs locaux des départements, qui craignent d'affronter des adversaires de calibre supérieur qui pourraient être des "pro-Gbagbo", les accusent d'atteinte à la sûreté de l’État.
Clotilde Ohouochi, ancienne ministre des Affaires sociales dans les années 2000, partage ce point de vue. Quant à cette ancienne conseillère de Laurent Gbagbo, qui vit à Grenoble depuis 2012, elle plaide pour une analyse global de la situation: «Je souhaite une analyse globale de la situation, et non cibler les individus. Personne ne souhaite rester en exil. Il faut un réel dialogue pour qu’on aboutisse à une solution durable».

 

Car si le sort des cadres "pro-Gbagbo" est médiatique, ceux-ci restent minoritaires. «Il ne faut pas oublier qu’il reste près de 10.000 réfugiés ivoiriens au Ghana et plusieurs milliers au Liberia, rappelle le politologue Michel Galy, observateur attentif de la Côte d’Ivoire et critique du pouvoir en place. Ceux qui sont dans les pays occidentaux représentent une certaine élite.»
Toussaint Alain, ancien conseiller et porte-parole pour l’Europe de M. Gbagbo, fait partie des militants les plus favorables au retour au pays, après six ans passés entre la France et les États-Unis. «Lorsqu’on a passé de longues années à adopter une ligne sans obtenir les résultats escomptés, il vaut mieux réévaluer la situation pour ne pas rester en marge de la vie politique. Notre responsabilité est de ne pas laisser le peuple seul dans un tête à tête avec le pouvoir».
Répondant à l’appel du président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro, pour le retour des exilés, M. Alain se prépare à rentrer en Côte d’Ivoire prochainement pour se replonger dans l’arène politique. «Je ne peux plus me contenter de discours, il faut des actes, que le peuple jugera, assure-t-il solennellement. Nous ne pouvons plus nous cloîtrer dans la belligérance quand le peuple souffre, à cause des mutineries, des grèves, de la vie chère ou des inondations. Le moment est venu de retrousser nos manches pour constituer une alternative crédible pour les élections de 2020.»

Et l’ancien conseiller de réclamer la fin de «la justice des vainqueurs» qu’il dénonce dans son pays, comme gage de son engagement sur le terrain avec l’opposition. «A défaut de justice, M. Ouattara doit faire preuve de bon sens: la réconciliation ne doit pas être synonyme d’amnésie. Il ne faut pas oublier les violences commises par son camp en 2010-2011. Il n’y a pas qu’un seul camp qui aurait commis ces exactions.

 

 

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