Lutte traditionnelle, reine des Jeux de la Francophonie

Balai à la main, bottes aux pieds, une armée de balayeuses s’active dans les rues d’Abidjan pour l’ouverture de ce rendez-vous des sportifs ayant le français en partage. Il s’agit de faire place nette. Illuminations sur les tours du Plateau au centre de la capitale économique, le soir ,tombé, nouveau bitume sur les principaux axes, peinture fraîche: la Côte d’Ivoire était prête, pour accueillir les huitièmes jeux de la francophonie. Le défi de l’organisation est à la hauteur du challenge de la Côte d’Ivoire. Car, c’est la première fois que le pays accueille un événement international de cette importance de puis la fin officielle de ce qui était convenu d’appeler  «la crise ivoirienne». Au total, 3.600 athlètes venus de 53 pays francophones ont fait le déplacement pour s’affronter sur un terrain tant sportif que culturel pendant les dix jours qu’ont duré les épreuves: de l’athlétisme, du basket-ball, de la lutte africaine mais aussi du hip-hop, de la jonglerie et de la sculpture.

Pour l’événement, plusieurs sites ont été rénovés comme le stade Felix-Houphouët Boigny ou le palais de la Culture. Mais le grand chantier a eu lieu à l’Institut national de la Jeunesse et des sports (Injs), à Marcory, où des gymnases et des terrains cohabitent avec des maquis – des restaurants populaires – et une boîte de nuit spécialement aménagée en bord de lagune. Une vingtaine de structures préfabriquées pour l’hébergement, ont également été construits.

Et le jour J, les délégations, facilement reconnaissables à leurs maillots floqués au nom du pays et à leurs gros sacs de sports, une à une, les délégations arrivaient à l’INJS.

Pourtant, les interrogations ne manquaient pas dans la tête de certains membres des délégations concernant la situation sécuritaire du pays. Après les mutineries qu’a connu la Côte d’Ivoire en janvier et en mai, de nouveaux troubles ont eu lieu à Abobo et à Korhogo avec un bilan de trois morts. Du côte des  responsables sécuritaires, la crainte de nouvelles violences fut forte. 10 000 policiers, gendarmes et militaires ont été déployés pour tenter d’éviter tout incident. La Côte d’Ivoire a réussi «ses» jeux, place aux jeu.

De toutes les disciplines, la lutte traditionnelle retint à l’instar de nombreuses délégations notre attention.  La discipline ancestrale d’Afrique était une des plus attendue de cette 8ème édition.

Des clameurs résonnent, les tam-tams s’affolent : enfin, les gladiateurs entrent dans l’arène. Seulement vêtus de culotte de pagnes, ils laissent admirer leurs muscles saillants. Les pieds dans le sable, face à face, c’est à qui terrassera l’autre le plus vite. Trois appuis au sol – main ou genou – et c’est perdu, les colosses ont deux fois trois minutes pour mettre à terre leur adversaire. Mais souvent, il suffit d’une poignée de secondes de corps à corps pour que le combat prenne fin, par KO, sous la clameur d’un public survolté.

A l’origine, la lutte est une discipline traditionnelle. On combattait lors des fêtes, après la récolte. Il s’agissait de défier un autre village, de montrer sa supériorité pour de la nourriture, du bétail ou pour épouser une femme. La lutte est l’une des disciplines les plus partagée sur le continent africain Il y avait alors de la lutte un peu partout sur le continent. Pour organiser des compétitions, il a donc fallu la codifier.

Malgré sa popularité, cette lutte ancestrale n’a fait son apparition lors compétitions internationales qu’en 1995, lors des championnats africains de Niamey au Niger. Elle a été inscrite au programme officiel des Jeux de la Francophonie à l’occasion de la précédente édition qui s’est déroulée en 2013, à Nice.

Empreinte de mysticisme, la lutte africaine allie sport et culture –reflétant ainsi les deux axes des compétitions des Jeux de la Francophonie. Avant chaque combat, les lutteurs chantent et dansent tant pour s’encourager que pour impressionner l’adversaire. Et ne leur dites pas qu’il s’agit d’une activité de brutes.

Sans surprise, le Sénégal reste toujours le grand favori. Dans le pays de Senghor, la discipline est en effet une religion, et les lutteurs peuvent gagner plusieurs millions de francs Cfa par combat. Mais si elle est très pratiquée dans les pays sahéliens, dans le reste du continent, la lutte africaine est souvent confidentielle.

En Côte d’Ivoire, elle a par exemple presque totalement disparu. Madagascar ou encore la République démocratique du Congo ont ainsi été éliminées dès le premier tour, tout comme les Roumains, seuls non-africains à être venus s’être frottés à l’exercice.  Les lutteurs ont voulu ainsi faire de ces Jeux de la francophonie une vitrine pour leur sport.

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