Robert MUGABE: Le "Vieux Combattant" indésirable?

17/11/2017

Au Zimbabwe, ce vendredi matin. Le président Robert Mugabe a fait sa première apparition publique depuis le coup de force de l'armée, mercredi. Il s’est rendu à une cérémonie de remise de diplômes universitaires à Harare. Et alors qu’on le croyait en résidence surveillée, il est apparu libre.

En effet, avec cette visite, Robert Mugabe montre qu’il est libre qu’il est toujours le chef de l’Etat et qu’il est toujours aux manettes. Côté militaires, qui affirment depuis le début que ce n’est pas un coup d’État, le message est clair. "Vous voyez le chef de l’État est libre, nous n’avons pas suspendu la Constitution. Nous sommes en discussion, en négociation".

Des négociations qui n’ont pas encore abouti. On sait que le président a rencontré les responsables de l’armée, jeudi après-midi, ainsi que les deux envoyés spéciaux de l’Afrique du Sud et un médiateur; Il ne s’agit pas de n’importe qui puisque ce prêtre est le confident de Robert Mugabe depuis 20 ans.

Il est très difficile de savoir ce qui est ce qui est ressorti de la négociation. Visiblement, il y a des blocages et c’est pour cela qu’il n’y a pas d’annonce. Les militaires exigent la démission de Robert Mubage et qu’il laisse sa place à son ex-vice-président Emmerson Munangagwa. Mais Mugabe s’accrocherait et ne voudrait pas partir du moins pas tout de suite.

Et si Mugabe refuse de démissionner. Ce sera un véritable problème, car les militaires poussent pour avoir une transition constitutionnelle avec un ex-vice-président restauré dans ses fonctions et qui succèderait à Mugabe. Une transition acceptable pour tout le monde, y compris l'Union africaine, la SADC. Mais si Mugabe refuse, cela va devenir difficile pour l'armée de rester dans cette situation et de prétendre qu'il ne s'agit pas d'un coup d’État.

Enfin, dans le même temps, le chef des anciens combattants de la guerre d'indépendance a exhorté le président Robert Mugabe à quitter le pouvoir et appelé la population à manifester samedi à Harare pour soutenir l'armée.

Il est évident qu’il y’a des forces obscures tapis dans l’ombre ou dans les longues coulisses du palais de l’homme fort de Harare. En effet, l’Angleterre et l’Europe de manière générale ne pardonneront jamais l’affront qui leur a été porté par le «Vieux lion» de Harare.

 

Et oui, comme à chaque fois, le voleur-tueur-pilleur-civilisationniste est et doit être dédommagé, sinon la victime ne pourra "malheureusement" pas récupérer la terre qu’on lui a volée, et il doit garder son calme.

 

Retour sur les raisons de la disgrâce de Robert Mugabe auprès de l’occident.

Kenneth Kaunda, ancien Président de Zambie, rappelle certaines responsabilités, trop souvent oubliées, de la Grande Bretagne dans la situation actuelle au Zimbabwe. Kenneth Kaunda était présent lors de la rencontre de Lancaster House sur invitation de la "dame de fer", Margaret Thatcher.

Dans un article de la BBC datée du 12 juin 2007, Kenneth Kaunda rappelle notamment à ceux qui diabolisent Robert Mugabe, que c’est le gouvernement britannique qui n’a pas respecté ses engagements en matière de redistribution des terres. En effet dans les “accords" de Lancaster House de 1979 pour l’indépendance, il avait été “convenu" que le nouveau gouvernement zimbabwéen "acceptait" [en fait était contraint] de ne pas traiter lui-même les affaires de redistribution des terres, mais que la Grande Bretagne "engageait" toute sa responsabilité pour faire disparaître ces injustices. (Là on pourrait
reprocher à Mugabe d’avoir fait confiance à la Grande Bretagne sur un sujet aussi  important : angélisme ou pragmatisme ?)

Sous l’accord de Lancaster House de 1979, des garanties économiques et politiques sont octroyées à la minorité blanche pour une période de 10 ans : toute expropriation de fermiers blancs et nationalisation généralisée est exclue. Un quota de députés et sénateur Blancs est maintenu jusqu’en 1994. Les Blancs, soit 1% de la population, continuent alors de posséder plus de 70% des terres fertiles et le gouvernement britannique s’engage à rémunérer les fermiers blancs qui passeraient la main aux Noirs.

Et oui, comme à chaque fois, le voleur-tueur-pilleur-civilisationniste est et doit être dédommagé, sinon la victime ne pourra "malheureusement" pas récupérer la terre qu’on lui a volée, et il doit garder son calme. Peut-être que certains considèrent que Dieu n’a pas promis cette terre aux Noirs de Zimbabwe et que Dieu le leur offrait, à eux.  L’accord de Lancaster House proclame une amnistie générale qui empêche toute poursuite en Grande-Bretagne pour des actes commis sous le régime raciste de l’ex-Rhodésie entre le 11 novembre 1965 et le 12 décembre 1979 : les criminels racistes peuvent ainsi quitter le pays et se mettre à l’abri en Grande Bretagne. Il convient ici de se rappeler que juste avant la proclamation de l’indépendance du Zimbabwe le 18 avril 1980, une amnistie fut proclamée pour tous les crimes de sang commis avant le 1er mars 1980 ; c’est-à-dire amnistie pour tous les crimes commis jusqu’à l’élection de Mugabe. Alors quand le gouvernement britannique a montré qu’il n’en avait cure des Zimbabwéens et de leur problème de terre, la patience du gouvernement de Mugabe qui avait attendu pendant plus de 10 ans a atteint ses limites. Le mépris colonial et raciste ne pouvait continuer à s’imposer avec pareille condescendance dans un pays libéré. Pourtant le gouvernement britannique reconnaissait lui-même, et encore aujourd’hui, que le problème de terres était essentiel au Zimbabwe. Et cela ne l’empêche pas de dire avec insistance, dans "son approche de la réforme agraire”, que l’accord n’avait ni défini ni prévu un fonds spécifique pour traiter ce problème pourtant central. Est-ce de l’incompétence ou de la préméditation? Mais, comme nous le montre la longue histoire colonio-esclavagiste, quiconque ose s’affranchir de la domination coloniale, la Bête tentera de lui coller son sceau sur le front. Ainsi par exemple Haïti qui ne finit pas de payer sa Révolution.

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