Diasporas d'Afrique: Grandir par "Sa" culture

30/03/2018

 Une délégation du Burkina-Faso à la 15ème édition de la Caravane des Cinémas d'Afrique de Sainte-Foy-Lès-Lyon

Le réalisateur et scénariste Simplice GANOUu - Loci Hermann KWENE du Ministère de la Culture du Burkina-Faso - La jeune comédienne Samira SAWADOGO -Le monument Halidou SAWADOGO PAGNAGDE-

 L'Afrique est mal partie. C'est ce que nous disaient ceux qui se auto proclamés "witch doctors" au chevet de l'Afrique pour lui adresser un diagnostique sans appel. Ils oublient que l'Afrique ne doit pas être jugée avec les mêmes grilles de lectures que celles des pays d'Europe. C'est injuste d'exiger de ce continent ce que les pays du "vieux continent" ont réalisé après plusieurs centaines de siècles d'existence. Cependant, beaucoup de signes laissent à penser que notre cher continent n'est pas en si mauvais état que ça. Et l'on rechigne aujourd'hui à utiliser le terme, considéré hier comme un euphémisme, de "pays moins avancés" au profit de celui, plus prometteur, de «pays émergents» pour les Etats qui le composent.

 

Bien sûr, le terme émergent est plus plausible pour les pays têtes de files, il n'y a pas si longtemps, du Mouvement des non alignés, tels la Chine ou l'Inde ; mouvement culturel s'il en fut qui tenta en son temps de mettre en exergue les richesses infinies des Etats du Tiers-monde au travers de leurs identités. Et aujourd’hui nous regardons en spectateurs l’hégémonie grandissante de ces pays.

Aujourd'hui encore, les paroles et les écrits sont insuffisants pour définir la richesse culturelle de l'Afrique et nous sommes malheureusement nombreux à ne pas saisir le caractère résolument moderne de cette culture, sans toutefois renier les arts premiers et l'artisanat, car elle affiche un panorama aussi contemporain qu'innovant. Elle s'exprime en effet éloquemment et de prime abord dans les domaines de la couture, de la musique, de la littérature et du cinéma.

La couture africaine nous dévoile une mosaïque de créations qui inspirent durablement les grands couturiers occidentaux; elle met en scène des créateurs africains qui sont de véritables références en la matière. L'expression artistique corporelle rivalise en modernité avec la couture; en effet, la création chorégraphique du continent est à la pointe de la danse moderne, avec des chorégraphes de renom.

 

L'Afrique musicale demeure l'une des plus colorées et s'exporte à merveille en dépit d'une distribution non efficiente. Ceci grâce à des artistes de grande qualité, dignes ambassadeurs de leur continent dans la foulée des Youssou NDOUR du Sénégal, Bonga de l'Angola, de André-Marie TALA du Cameroun, Magic System de la Côte d'Ivoire, Extra-Musica de la République du Congo, des regrettés Césaria EVORA du Cap Vert, Papa WEMBA de la République Démocratique du Congo et d'une foultitude d'autres, non des moindres.

L'art contemporain, constatons-nous, fait aussi la part belle aux artistes africains comme le prouve la vente de peintures d'artistes africains. On peut dire que le continent s'intègre lentement mais sûrement dans ce domaine avec de nombreuses expositions qui connaissent des succès démesurés.

Depuis un certain long métrage, premier du genre sur le continent, "La noire de", en 1966, on peut affirmer que le cinéma d’Afrique fait son chemin. Le baobab SEMBENE Ousmane a fait des émules, consacrant le Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou (FespacoO), tandis que de nombreux festivals, comme ceux de Cannes ou de Berlin, sacrent continuellement des fils du continent passés maîtres dans l'art cinématographique tels Gaston KABORE, Idrissa OUEDRAOGO, Fanta Régina NACRO, Abderahman SISSAKO, etc.

Le Conteur Bimda NGAZOLO

Près de Lyon un festival continue à mettre sous les projecteurs les cinémas du continent. Depuis 1991, la Caravane des Cinémas d'Afrique tente tant bien que mal de remplir essentiellement deux objectifs:

• Faire la promotion du cinéma africain en présentant uniquement des films de réalisateurs de ce continent,

• Mettre en valeur certains éléments de la culture africaine souvent trop méconnue en France.

C’est ce qui est à l’œuvre dans le cadre de cette 15ème édition sans les communautés d’Afrique de la région qui comme à leurs habitudes passent encore à côté d’un moment réel de montrer leur implication dans la promotion du "made by Africa". A part quelques les invités officiels venus du Burkina et les quelques inconditionnels habitués des programmations du Ciné MOURGUET, l’Afrique à Lyon n’a pas embarqué à bord de la Caravane des Cinémas d’Afrique véritable vitrine culturelle de l’Afrique à Lyon. Car si le cinéma constitue le cœur du Festival, il est complété par un programme culturel très divers avec l’exposition consacré au wax, des concerts comme celui de Célia KAMENI, une artiste adaptant des classiques connus et des inédits à travers une somptueuse interprétation de Jazz-Blues, des contes avec le talentueux conteur à la voix rassurante, Bimda NGAZOLO, des conférences comme cette présentation de l’histoire du wax par Anne GROFILLEY, anthropologue des textiles d’Afrique, des dédicaces avec des écrivains de la région comme Gertrude DALLOT-BEFIO, Christine ADJAHI et Bacary GOUDIABY en passant par une rencontre équitable à travers un marché associatif, une messe africaine animée, de la restauration africaine et un magnifique défilé de mode "Cinéwa" présenté par Eloi SESSOU…

Soirée exceptionnelle verra successivement, jeudi 30 mars consacrée à l’histoire du Wax, par Anne Grosfilley, anthropologue spécialiste des textiles africains et auteur du livre Wax & Co. à la projection du court métrage NANA BENZ de Joël Tchédré qui raconte précisément une partie de cette histoire et le défilé de la collection “CINEWAX“ créée par Eloi Sessou.

Cette Afrique de la diaspora semble ne pas avoir totalement compris qu’aucun secteur ne demeure en marge du développement humain tel qu'il s'amorce depuis des décennies. Encore moins la culture. Il n'y a pas si longtemps on considérait que cette culture était essentiellement le produit de regards européens, mais plusieurs rencontres ont permis de démentir ce postulat, parmi lesquelles le Fespaco, le Fespam, le Fima et récemment le festival "Séries, Séries" lancé au mois de février dernier toujours à Ouagadougou, qui permettent de restituer les cultures, identités et dynamiques sociales propres à l'Afrique.

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