Guinée: En attendant un "gouvernement des bêtes sauvages".

22/05/2018

Depuis quelques temps en Guinée, l’opposition et le pouvoir ont fait de la rue, leur terrain de jeu favori. Congénitalement incapables de s’asseoir autour d’une table pour discuter de leurs désaccords, ils se retrouvent immanquablement à se regarder en chiens de faïence.

Cette crispation politique soudaine ne serait pas sans inquiétante mesure, si l’on n’était pas en Guinée. Mais dans ce pays, l’expression des libertés dans la rue, se termine presque toujours, malheureusement, dans un bain de sang. Pourtant, l’opposition, tout comme le pouvoir, est capable de hauteur d’esprit. C'est dire donc que si les actes de provocations de toutes natures, signes de l’inimitié entre les deux camps, n’étaient pas de mise, la Guinée pourrait vivre ces moments de contestations dans le calme. A ce rythme, c’est à se demander si l’objet de la discorde, à savoir le scrutin législatif, trouvera un jour une solution consensuelle.

Dans ce contexte, on est loin du bout du tunnel. Or, plus la crise de confiance perdure, plus les ressentiments s’accumulent, rendant le problème encore plus complexe. Ainsi va la Guinée de l’ère Alpha Condé.

Chaque fois qu’on croit le pays sur le point de sortir de la zone de turbulences, il se trouve comme des forces maléfiques pour le replonger dans la tourment par la faute des politiques aussi bien de l'opposition que du pouvoir. Le peuple guinéen, après un demi-siècle passé à ployer sous le joug de régimes dictatoriaux, croyait enfin le temps de la paix sociale, de la démocratie et de la stabilité venu. Il croyait enfin pouvoir jouir des bienfaits d’une nature extrêmement généreuse. Mais visiblement, les hommes politiques chargés d’assumer ce destin historique en ont décidé autrement. La misère des Guinéens peut bien se prolonger, la classe politique n’a pas fini de s'entre-déchirer pour leur boulimie de pouvoir. Les deux leaders politiques emblématiques de la Guinée, Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo, sont directement interpellés dans cette situation. Mais cela restera encore une fois sans écho vu l’égo démesuré qu’affiche chacun d’eux.

Les ressources minières ne sont apparemment pas le seul paradoxe Guinéen, la politique a du répondant au pays d’Alpha Condé. Depuis la tenue des élections communales du 4 février 2018, il y a plus de trois mois, c’est l’impasse, pouvoir et opposition s’accordent sur les dysfonctionnements enregistrés mais sont impeccables de s’accorder sur l’essentiel pour installer les maires. Conséquence: en dépit de la tenue des élections, les communes sont dirigées par des délégations spéciales.

L’autre invraisemblance, c’est la démission du gouvernement Youla, le jeudi 17 mai dernier sous la demande expresse dit-ton du président Condé. Entre l’annonce d’un remaniement par Alpha Condé et la démission du gouvernement, il s’est écoulé plus de deux mois plongeant l’administration dans l’incertitude. Alors que les spéculations dominaient le débat public, le gouvernement Youla a été remercié.

Désormais, chargé de conduire les affaires courantes, la nomination d’un nouveau Premier ministre ne devrait pas excéder sur le plan juridique les 72 heures. Hélas ! Les habitudes ont la peau dure, les Guinéens attendent toujours de découvrir leur nouveau premier ministre, l’homme "providentiel", avec un caractère affirmé, contrairement à Youla, qui était carrément dans l’effacement face à l’omniprésent Alpha Condé, et dont les dernières revendications syndicales et les violences inouïes qui ont suivi ont contribué à fragiliser le gouvernement et susciter, avec la cherté de la vie et le chômage, la lassitude au sein de la population

Et pendant ce temps, ce pays pays qui aspire à temps de sérénité après tout ce qu'il a traversé fonctionne au ralenti, en attendant certainement la nomination d'un "gouvernement des bêtes sauvages"

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