Coupe du monde 2018: L'Afrique au rendez-vous?

L’Égypte, le Maroc, le Nigeria, le Sénégal et la Tunisie sont les représentants de l’Afrique à la Coupe du monde de la Fifa 2018. Chacune de ces équipes nationales porte sur ses épaules le poids d’un rêve: qu’une équipe africaine triomphe enfin et remporte le trophée sportif le plus prestigieux. Qui seront les héros dont on narrera les exploits lors de la campagne de Russie, 21e expédition pour le Graal sportif ? Quel capitaine soulèvera en 2018 le célèbre trophée Jules-Rimet ? Imaginons un univers parallèle sans problèmes de primes, de caprices de star ou de démission du sélectionneur à la dernière minute, sans interférence du politique sur la composition de l’équipe, sans marabout qui prenne le pas sur les accompagnateurs médicaux ni clash des ego… Normal pour le reste du monde mais exceptionnel pour les sélections nationales des pays africains – dont les convulsions politiques se répercutent sur le terrain –, cet univers reste encore un rêve presque inaccessible sur le continent.

 

L’histoire a commencé avec les pionniers égyptiens, en 1934, et a repris après une longue interruption avec la qualification du Maroc en 1970. Puis en 1974 ce fut le tour du Zaïre, avant le premier match gagné par la Tunisie en 1978, la qualification volée à l’Algérie en 1982, la première qualification pour les matchs à élimination directe du Maroc en 1986, l’aventure du Cameroun du Vieux Lion Roger Milla en 1990, la double épopée de la dream-team nigériane en 1994, puis en 1998, la victoire sur les champions du monde et le parcours jusqu’aux portes de la demi-finale du Sénégal en 2002, le Ghana en 2006, l’Algérie en 2014…

Depuis la Coupe du monde 2006, qui avait vu les premières participations conjuguées au Mondial du Togo, de l’Angola, de la Côte d’Ivoire, et du Ghana, l’Afrique n’avait pas connu une phase de qualification aussi surprenante. Des cinq équipes présentes au Mondial 2014, seul, le Nigeria a survécu au renouvellement des élites du foot africain. L’Égypte, le Maroc, le Sénégal, et la Tunisie sont désormais aux commandes.

 

Les chances africaines sur tapis vert.

 

64 matches, 32 pays qui rêvent du toit du monde, un mois de compétition et des millions de paires d'yeux tournés vers la Russie, théâtre du plus grand événement sportif internationale du millésime 2018.

Des sélections africaines présentes à cette coupe du monde, l’Égypte aura donc l'honneur d’être le premier pays d’Afrique à disputer un match de cette Coupe du monde. Vingt-huit ans! C’est le nombre d’années qui séparent l’Égypte de sa dernière Coupe du monde de 1990 à celle-ci (2018). Une éternité pharaonique pour un pays qui demeure la référence du foot africain avec ses septuples titres de Champion d’Afrique, un record. Mais au niveau Mondial, l’Égypte n’a jamais su se faire inviter à la table des grands de façon régulière. Si elle a été la toute première nation africaine à participer au Mondial (1934), elle a attendu 56 ans pour disputer le deuxième, et 28 pour le troisième. C’est avec appétit que les Pharaons, finalistes de la CAN 2017, vont débarquer en Russie.

En tombant dans le groupe B, le Maroc, après 20 ans d’absence à ce rendez-vous mondial du foot a tout de suite compris qu’il aura deux ogres en face. Et pour cause, le Maroc devra affronter le Portugal, champion d'Europe en titre, et l'Espagne. Le tirage au sort leur réserve quand même un petit avantage: celui de débuter contre l'Iran, une équipe d'un niveau moins élevé que les deux européens. Si les Lions de l’Atlas gèrent bien ce premier match, ils auront des arguments plus solides pour défier les Ibères.

 

Pour la 5ème fois en 6 participations au Mondial, le Nigeria qui défendra ses chances dans le groupe D croisera à nouveau l’Argentine. Mais avant de croiser la Celeste, les Super Eagles débuteront face à la Croatie, se mesureront aux surprenants Islandais. Avant de tenter l'exploit contre l'Argentine. Le Nigeria est un habitué des paradoxes. Les Super Eagles sont capables de rater les deux dernières Coupes d’Afrique des Nations, et être la seule équipe africaine présente aux Coupes du monde du Brésil et de la Russie. Il faut dire que les Super Eagles ont pris l’habitude d’honorer leur rendez-vous mondial depuis leur première participation en 1994. Depuis la Coupe du monde américaine, le Nigeria n’a manqué en effet qu’un Mondial celui de 2006. En Russie, l’équipe amenée par son capitaine John Obi Mikel, héritière de Yékini et de Stephen Keshi tentera de disputer son premier quart de finale d’une Coupe du monde. Un défi sur mesure pour une génération qui a aussi envi de marquer l’histoire.

 

Quant à la Tunisie, le tirage qui l’a fait tomber dans le groupe G ne l’a pas gâté non plus. Les Aigles de Carthage ont, en effet, droit à la Belgique et à l'Angleterre. Et c'est face à ces deux nations que les Tunisiens vont disputer leurs deux premières rencontres. Le Panama, petit Poucet du groupe, ne viendra qu'en troisième match. Un calendrier qui ne favorise pas la Tunisie, qui aurait sans doute préféré affronter les Américains plus tôt afin d'espérer jouer leur qualification après.

Les retrouvailles avec la Coupe du monde, après des absences en 2010 et 2014, étaient plus ou moins attendues. Les Aigles de Carthage ont tenu leur rang lors des phases éliminatoires africaines. Équipe très joueuse avec une attaque imprévisible, la Tunisie peut avoir des absences en cours de matches comme lors de la dernière CAN. C’est certainement sur ce point que Nabil Maaloul, devra travailler avec son groupe. Car pour ce qui du talent, les Aigles en ont assurément.

 

Réécrire l’histoire…

 

Pour le Sénégal, il était écrit qu’une qualification à la Coupe du monde 2018 devait venir de l’héritage de la Coupe du monde 2002. Alors que les Lions de la Téranga couraient derrière une présence au Mondial depuis l’exploit de la bande à El Hadji Diouf, quart-de-finaliste en 2002, c’est le capitaine de cette équipe, devenu sélectionneur, qui a mené le Sénégal à sa deuxième Coupe du monde. Aliou Cissé prend la succession de son mentor Bruno Metsu (décédé en 2013) et peut être fier de son exploit malgré une qualification qui fut plus dure que prévu.

En 2002, pour leur première Coupe du monde, les hommes de Bruno Metsu avaient affronté un pays européen -la France- et l'avaient emporter. Aliou Cissé était sur le terrain, avec le brassard de capitaine. Cette fois, il est sur le banc, dans le costume de sélectionneur, et lui et ses joueurs qui évolueront dans le groupe H, débuteront face à la Pologne. Puis, les Sénégalais enchaîneront contre le Japon, et enfin contre la Colombie.

 

Aucune équipe africaine n’est allée au-delà des quarts de finale. L’Afrique gagnera un jour la Coupe du monde, comme elle poursuit inexorablement son développement économique. Jusqu’ici, il a manqué ce petit brin de chance et, parfois, cette prime aux puissants accordée inconsciemment par les arbitres au moment de prendre des décisions litigieuses. La compétition reproduit les rapports de force et l’ordre établi. À l’Afrique, sûre de son potentiel et capable d’assurer son plein épanouissement, de bousculer la hiérarchie.

Si l’alignement des planètes se faisait et laissait enfin s’exprimer à sa pleine mesure le talent des joueurs africains, reconnu dans les championnats du monde entier, alors un pays du continent aurait toutes ses chances de remporter la Coupe. On n’ose imaginer la liesse dans les rues du vainqueur et dans celles des pays voisins et de tout le continent africain, fiers de s’associer à la célébration d’une première historique.

Comme dans toutes ces institutions africaines où l’utopie de l’union se cogne trop souvent la tête contre les conflits historiques et les intérêts personnels, le sentiment de communauté sportive africaine se heurte aux rivalités entre les sélections, calquées sur les inimitiés politiques. Toutes les raisons sont bonnes pour honnir, calomnier, jalouser le voisin.

C’est particulièrement vrai pour les deux Afrique, le Maghreb et l’Afrique subsaharienne, qui ont tant de mal à se voir comme un ensemble unifié. Les résurgences d’une époque que l’on espérait révolue, faite de racisme et de sa forme exacerbée la plus ignoble, l’esclavage, montrent tout le chemin qu’il reste à parcourir avant que les gradins d’un stade vibrent du chant commun de supporters, noirs et blancs comme un ballon de foot.

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