Sénégal: Aéroport Blaise Diagne, un joyau en papier mâché.

29/06/2018

Inauguré en décembre 2017 en présence des présidents gambien Adama Barrow, bissau-guinéen José Mario Vaz, et gabonais Ali Bongo, l'Aéroport International Blaise Diagne qui était présenté alors comme un projet d'infrastructure ultramoderne porté ne cesse de décevoir à la moindre mise en situation grandeur nature de la réalité structurelle.

L'aéroport, qui porte le nom du premier député africain élu au Parlement français (1872-1934), remplace désormais l'aéroport international Léopold-Sédar-Senghor (AILSS), en proche banlieue de la capitale sénégalaise. Estimée en 2007 à moins de 200 milliards de francs Cfa soit 305 millions d'Euros, la construction aura finalement coûté plus du double soit 424 milliards de francs Cfa, 645 millions d'Euros. Le chantier a également connu de nombreux aléas. D'abord confiés au géant saoudien du BTP BinLaden Group, les travaux ont été repris en 2016 par deux sociétés turques. Ce joyau porté pendant dix ans par deux présidents successifs dont les autorités politiques veulent faire jouer le rôle d'une plaque tournante en Afrique et un moteur de développement de l'économique a connu une douche plus que froide dès les premières gouttes annonçant l'hivernage au Sénégal.

Longtemps sceptiques, les compagnies aériennes ont fini par intégrer le nouvel aéroport dans leur plans.

 

Vols déroutés, appareils endommagés, piste bloquée, passagers qui n'ont pas pu embarquer ou récupérer leurs bagages, fermeture pendant une heure. Voici le visage qu'a montré cette infrastructure motrice pour l'envol du Plan Sénégal Émergent.

Des milliers de personnes, dont de nombreux partisans et courtisans du président Macky Sall, qui se pressaient aux abords ou dans les tribunes érigées pour les besoins de l'inauguration de l'aéroport international Blaise Diagne (AIBD), situé à Diass, à 47 km au sud-est de Dakar, personne n'était présente pour apporter des informations aux voyageurs laissés à leur propre sort lorsque cette petite brise tropicale soufflait sur le tarmac de l’infrastructure voulu futuriste. En effet, implanté sur un espace de 4.500 hectares dont seulement 2.500 sont utilisés, l'AIBD pourra accueillir d'emblée trois millions de passagers par an, contre deux millions pour son prédécesseur, avec une capacité projetée de 10 millions dans les prochaines années. Tous les types d'avions, y compris les très gros A-380, pourront y atterrir.

Le site n'est pas à ses premiers déboires. Car à peine inauguré, l’Aéroport International Blaise Diagne connut sa première grève une semaine après . Les contrôleurs aériens de l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (Asecna) avaient lancé une grève pour dénoncer leurs conditions de travail qui ne prenaient pas en compte l'isolement du site par rapport à Dakar. Du côté des voyageurs, c’était la colère générale. Certains ont été débarqués de leur avion, d’autres ont été informés de l’annulation de leur vol alors qu’ils attendaient d’embarquer. Ce qui avait valu les images violentes qui circulaient sur les réseaux sociaux.

Même si des dégâts majeurs n’étaient pas déclaré, il revient aux autorités aéroportuaires de trouver les solutions immédiates au-delà des slogans et des éléments de langage pour que le pays ne perde d'avantage dans son combat pour redonner vie à la fameuse "Destination Sénégal" et surtout, de ne pas perdre ce qui lui reste de "Téranga" si à chaque brise elles déroutent les vols vers Banjul, Conakry ou Nouakchott.

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