Le soir se couchait sur les Pentes.

14/09/2018

A la descente du tram, je pense passer voir les stands des associations sur la place Jean Macé. Je change d’avis préférant longer les voies du tram jusque vers le fleuve. Des promeneurs du dimanche flânaient le long des quais. Ils discutaient de ce qui se passait en France et dans le monde, des tensions sociales, des guerres auxquelles on s’était accoutumé et aux autres qui se concoctaient dans les différents coins du globe, des violences de notre monde suicidaire… puis… de littérature finalement, histoire de ne pas se quitter sur de sinistres présages.

J’arrive sur la place de la Comédie, un attroupement joyeux d’où échappaient de la musique salsa qui s’évanouissait sous les applaudissements des danseurs heureux qui se congratulaient après chaque danse. Je traverse la Place des Terreaux avant d’emprunter la petite rue pentue de Sainte-Marie des Terreaux et ses escaliers raides qui donnaient sur une esplanade où des chineurs déambulaient à travers des étales d’une brocante parfois à même les pavées. Il y avait toute la belle faune des Pentes et du Plateau de la Croix Rousse. Je poursuis en arpentant la montée de la grande côte. Les bars étaient pleins à craquer. Je croise des vieux copains de l’époque où on voulait refaire le monde, chacun à sa manière.

 

Le soir se couchait sur les Pentes. J’arrive en haut des marches. De loin j’aperçois l’inscription «Mineurs en détresse» sur un drap qui flottait entre deux pilonnes.

De petits groupes se formaient par-ci, par-là. On se racontait les dernières nouvelles, on s’informait sur les suites concernant les dossiers des mineurs en cours. Je pousse la petite grille qi sert de porte pour accéder sur la place où des tentes sont alignées vers le fonds. Des jeunes jouent au foot, des adultes le visages graves parlent à voix basse, tournent la tête vers là d’où vient provient parfois un cri soudain des joueurs.

De l’autre côté, Redah s’affairait sur les têtes des jeunes qui attendent bruyamment leur tour pour passer «chez le coiffeur». Des bénévoles armés de leur seul motivation d’humanisme accueillaient les «visiteurs» et réceptionnent les dons, les trient et les rangent dans des rangements de fortune. Une belle organisation semble régner dans ce «camps de jeunes migrants» issus tous de l'Afrique au dessous du Sahara. Agnès Maemblé, connue à Lyon comme la manager d'un club d'Athlètes des Arts de rue interpelle des jeunes qu’elle appelle par de petits noms qu’ils ont l’air d’apprécier. Elle explique comment elle passe le temps avec ces jeunes venus de nulle part et qui ne demandent qu’à bénéficier d’une vie meilleure que celle qu’ils ont connu jusque-là. «comme une maman pour nous» me lance Junior qui a la chance de trouver une famille d’accueil.

Chacun des bénévoles a un rôle bien précis.

De l’avis générale des adultes qui soutiennent ces jeunes, les autorités doivent prendre le relais et accomplir leur part dans ce dispositif précaire. C’est d’ailleurs dans cette perspective qu’un rassemblement est prévu ce Samedi 15 septembre à 15h00 sur la place des Terreaux pour sensibiliser les élus et le grand public. Aussi les juristes d’origines africaines ou d’ailleurs seront les bienvenus pour accompagner les bénévoles dans la lecture du droit pour ces jeunes qui parfois se heurtent à l’autisme de l’administration.

 

Il était près de vingt-et-deux heures. Il faisait maintenant noir sur les pentes de la Croix Rousse mes amis et moi décidons de quitter ces jeunes au lendemain incertain en nous promettant de faire tout pour les aider et surtout d’être présents au rassemblement du Samedi 15 septembre à 15h00 à la Place des Terreaux à Lyon.

 

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