Louise Mushikiwabo à la tête de la francophonie: Comme une revanche sur l'Histoire.

14/10/2018

Plusieurs chefs d’Afrique et d’ailleurs se sont bousculés pour faire partie du cercle afin de danser une farandole avec Emmanuel Macron. Louise Mushikiwabo, une fidèle du président rwandais dont la famille a été tuée dans le génocide de 1994, a décroché un nouveau bail à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). C’est l’essentiel de ce qui s’est passé au 27ème sommet de la Francophonie d’Erevan en Arménie.

 

Quant à la langue française pour la promotion de laquelle a été construite cette organisation, des sources assurent qu’elle progresse tout de même, en termes de nombre de locuteurs. Cet élan encore préservé, la langue de Molière le doit sans doute pour beaucoup à ses ex-colonies. Mais, cette progression fait face à un énorme besoin de moyens. Nul doute qu’il appartient, au premier chef, à la France qui veut promouvoir sa langue malgré sa mauvaise posture face à l’anglais, d’y mettre les moyens qu’il faut. Mais à y voir de près, cette façon de bander les muscles pour défendre une langue est un combat d’arrière-garde. Une langue vivante s’impose d’elle-même de par son utilité. Et le modèle français ne fait vraiment pas rêver aujourd’hui à travers le monde. De plus, les autorités françaises ne donnent pas des ailes à cette promotion du français. En effet, à cause de leur politique de barricades, très peu d’intellectuels des autres pays jubilent encore à l’idée d’aller faire des études en France.

Les jeunes de l’espace francophone sont dorénavant attirés par les grandes écoles américaines et canadiennes notamment. Le modèle anglo-saxon a le vent en poupe.

Les dirigeants de la Francophonie semblent avoir compris que cette bataille pour la langue, si l’on n’y prend garde, confine au ridicule et est contre-productive. Ainsi, la promotion de la langue française n’est plus tellement le combat, du moins en apparence. L’on semble ratisser large. Mais cela pose un autre problème. La recherche tous azimuts du nombre pourrait être de nature à brouiller la vision de l’organisation. De toute façon, il y a la nécessité d’éviter que la Francophonie continue d’être perçue comme seulement un outil diplomatique de la France. Des sujets d’intérêt commun aux pays membres doivent être de plus en plus abordés. Les faiblesses de la France et de la francophonie se révèlent de jour en jour, et celle-ci a du mal à convaincre les nouvelles générations d'Africains. Les déceptions se multiplient: difficultés d'obtention des visas, mesures drastiques à l'endroit des immigrants, etc. Le recul de la langue française dans la communauté scientifique internationale et la pression multiforme du business international ne sont pas non plus de nature à encourager le maintien des Africains dans l'espace francophone, qui se résume à un club de politiciens complices.

Toujours est-il que lors de ce 27ème sommet, il y a eu, comme d’habitude, de belles résolutions. Mais il n’est pas ressorti de décisions claires et chiffrées sur des sujets d’intérêt commun comme le développement des pays membres. De quoi désespérer ceux qui font le vœu d’une Francophonie moulée sur le modèle du Commonwealth, d’une Francophonie vraiment des peuples.

 

Madame Louise Mushikiwabo qui vient d’être élue par consensus, comme le veut la tradition, secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), est la deuxième femme à occuper ce poste après sa prédécesseure Michaëlle Jean et, surtout, la première Africaine. Fidèle parmi les fidèles de Paul Kagamé, l’homme fort de Kigali même si elle n’a jamais été membre du Front patriotique rwandais, elle serait l’une des rares à bénéficier de sa totale confiance. D’aucuns voient même en elle une possible successeure si le maître du pays décidait de se mettre en retrait.

Cependant la vie de la nouvelle Secrétaire générale de la Francophonie est marquée par toutes les tragédies qui ont secoué le Rwanda depuis l'indépendance. Elle naît en 1961 dans une famille de petits propriétaires terriens, au moment même où commencent les persécutions à l’égard des Tutsi. Elle n’en réussit pas moins à passer le bac et devenir professeure d’anglais. Grâce à une bourse, elle part ensuite en 1986 aux États-Unis pour faire des études d’interprétariat. Un exil qui lui sauve la vie.
La plupart des membres de sa famille n’ont pas réussi à échapper, en 1994, aux machettes et aux balles des extrémistes hutu. Son frère Landoald Ndasingwa, grande figure de l’opposition libérale, fut l’une des premières victimes du génocide.

 

Les relations entre Kigali et Paris n’ont souvent pas été au beau fixe. En fin stratège, Paul Kagamé qui en a souvent voulu à la France pour son «rôle» dans a crise rwandaise, avait en son temps joué avec les nerfs des diplomates français. En même temps que le Rwanda renouait avec la France après des années de brouille, Kagamé officialisait son entrée dans le Commonwealth.

Dès l’annonce officielle de la candidature de Louise Mushikiwabo à l’occasion d’une rencontre entre Emmanuel Macron et Paul Kagamé, Louise Mushikiwabo était donnée largement favorite grâce à ce double parrainage.

Il est hors de doute que la forte personnalité du président a pesé de tout son poids sur l’élection de la nouvelle Secrétaire générale de la francophonie. Ce qui apparaît aujourd'hui comme une revanche sur l'Histoire. Celui qui n'a jamais digéré le fait colonial et néocolonial français doit se satisfaire de sa double victoire. Il n'a jamais pardonné à la France ses positions troubles et fourbes dans le conflit qui les a opposés, lui et les siens, au régime Habyarimana (1973-1994). Parvenu au pouvoir, il avait rapidement tourné le dos à un monde francophone qu'il jugeait vassalisé par la France.

 

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