Etudiants africains en France: Un avenir incertain.

19/01/2019

Le traitement de la question de l’immigration africaine en Europe se résume aux images des assauts des foules désespérés sur les barrières aux frontières européennes, ou encore de pittoresques pneumatiques hurlant toute leur envie de franchir les dangers de l’océan pour débarquer des candidats à une hypothétique immigration en Europe. L’enfer et la dure réalité des candidats de moins en moins nombreux, il faut le reconnaître, c’est aussi en Europe.
Nous sommes habitués sous les tropiques à des familles satellites voir intergalactiques. Nous avons tous un lien avec un parent qui vit dans une localité, un village ou un hameau dont nous ignorons l’existence jusqu’à l’orthographe voir la prononciation du nom. Mais nous sommes toujours rassurés pour la seul et simple raison nous, nous sentons toujours partout à la maison. C’est cela la force de la société africaine.

Cette réalité s’éloigne en même temps que le pilote met les gaz pour propulser l’avion vers des hauteurs souvent inaccessibles à l’imagination de parents dont la préoccupation reste encore la résolution de l’équation posée par la «dépense quotidienne» et des bouches à nourrir dans cette situation de pouvoir d'achat inexistant pour la plupart.
L’enfer au paradis commence à l’arrivée. Souvent rassurés par des brochures en format quadrichromie qui vantent les richesses de telle ou telle ville universitaire du pays d’accueil ou des diplômes de  l’université de son choix, le candidat à la nouvelle aventure se retrouve soudain tout seul dans un vaste aéroport où la première impression reste la luminosité qui contraste avec celle qu'il connaissait jusque là.

 

L’échec de la phase transitoire
Prenons le cas de la France, il n’y'a pas de ville où on ne rencontre pas d’association de ressortissants de pays africains, ou d’un village bien précis. Cependant, ces associations sont invisibles quand il faut assurer un rôle de passerelle et d’accompagnement à l’adaptation de nouveaux compatriotes qui arrivent. Là où ces associations pêchent c’est le plus souvent au niveau de la lecture des missions d’une association en France. Souvent les européens qui voyagent vers l’Afrique reviennent subjugués par la solidarité dans nos pays que ce soit au Mali, au Sénégal, au Burkina, au Rwanda, au Cameroun ou ailleurs.  Le plus souvent on rencontrent au niveau du bureau, des membres qui ne connaissent pas les grands principes de fonctionnement d’une association, soit-elle de loi 1901, encore moins des notions d’un programme social ou culturel telles qu’on pourrait les entendre en France. La formation des cadres de ces associations devient une nécessité urgente.
Une autre des raisons qui explique l’échec des associations africaines est cette question sur lesquelles nous avions usé tant d’encre et de salive sur les bancs du collège et du lycée: le fameux conflit de génération. Entre "jeunes" et "vieux". Ces derniers pensent que leur expérience (certes précieux) n’a pas besoin du souffle nouveau et du savoir faire de cette jeunesse souvent mal-comprise et considérée comme insouciante.

 

Pendant ce temps il y'a de la souffrance.
Même si le plus souvent on affiche un certain bien-être, celui-ci cache difficilement une grande souffrance silencieuse. Il suffit de lancer un débat pour que les témoignages souvent étouffés par des larmes d’impuissance et de colères déroulent un tableau triste qui est le reflet de la réalité de l’immigré africain en France (on peut facilement imaginer que c’est la même chose ailleurs).
Ce n’est pas mieux non plus chez les jeunes et les étudiants. Entre le souci d’obtenir une autorisation de résider sur le territoire rendue plus difficile par un quota qui ne dit pas son nom du côté des préfectures et une arithmétique pour joindre les bouts financiers. La situation des jeunes filles étudiantes n'est guère meilleure. Certaines étudiantes se voient tentées vers des pistes sombres de la prostitution. A l'occasion d'une banale discussion sans grande importance lors d'un voyage dans une ville de l'est de la France, un sourire déchira mon visage lorsqu'une jeune fille d’une intelligence accompagnée d’une beauté exaltée par le poème "Femme nue, femme noire vêtue de ta couleur qui est vie" du président Léopold Sédar Senghor, à qui je demandais comment elle vivait dans cette grande solitude me répondit:

"Je suis chargée de clientèle".

Ma fierté disparut lorsque je sus au bout du «conte» que mon interlocutrice exerçait le métier "d'escorte girl".

"Je m’occupe de ces messieurs "hommes d’affaire" de passage. Cela me permet de payer mes études et d’envoyer un peu d’argent au pays». Mais je te jure rajouta t-elle à la fin de chaque mission, je fais mes prières et je demande «pardon» au Bon Dieu.
Ne jugeons pas ces jeunes filles ou garçons qui sont déjà accablés par le poids de la culpabilité et de la honte consciente d’une situation dont ils ne sont pas fiers. Par ailleurs, d'autres jeunes vivent difficilement le comportement de certaines de leurs compatriotes. C'est ainsi que les filles qui essaient tant bien que mal de mener une vie loin de ces tentations ne digèrent pas l'image floue et dévalorisante qui leur colle à la peau.
"Presque chaque fille black est une pute…", lâche une étudiante en Relations internationales, très en colère. "Maintenant à n'importe quelle heure de la journée, si tu es à un arrêt, on pense que tu attend pour te vendre au premier venu".

Cette affirmation témoigne de l’image qui se dégrade de ces africaines venues chercher le savoir ou une meilleure situation économique en Europe.
Loin de nous l’intention moralisatrice, nous sommes tous des pères, des mères, des oncles, des tantes, des cousins, des cousines, des frères et des sœurs. Notre rédaction souhaite simplement que cet article, fruit d’une enquête et d’une lecture de plusieurs événements  survenus en France, nous emmène vers une réflexion individuelle et collective de notre vie hors de nos pays d’Afrique.

 

Un avenir incertain

C'est dans ce contexte que les étudiants d'origine africaine appréhendent l'annonce de la hausse des droits d’inscription pour les étudiants étrangers eux qui représentent près de la moitié des étudiants étrangers en France. Ils s’inquiètent pour leur avenir.
"Les choses sont claires maintenant: ils ne veulent plus de nous" lance net un responsable d'une association d'étudiants à Lyon". Depuis l’annonce de la hausse des droits d’inscription c'est la panique dans le milieu étudiant africain. Certains n'excluent pas l'option de tout lâcher et rentrer au pays. Sinon pour les plus volontaires, à la rentrée 2019, ils devront débourser 2.770 €uros au lieu de 170 €uros pour s’inscrire en licence, soit seize fois plus, et 3.770 €uros pour une formation en master ou en doctorat, contre 243 €uros et 380 €uros jusqu’à présent. La mesure ne s’applique toutefois que pour la première année de licence ou de master. Les étudiants déjà engagés dans une formation ne seront donc pas touchés, du moins pas dans l’immédiat.
Le plan dévoilé par le premier ministre français, Édouard Philippe, a suscité colère et incompréhension dans les campus et sur les réseaux sociaux. Certains ne pourront pas poursuivre leurs études en France et seront confrontés au dilemme soit rentrer chez eux, soit rester ici sans papiers. Ou alors ils devront choisir entre payer leurs études, se soigner, se loger… puisqu'ils ne pourront même pas travailler. En France, le titre de séjour étudiant n’autorise à travailler que vingt heures par semaine. Ce qui est loin d’être suffisant pour prendre en charge tous les coûts inhérents aux frais que nécessite une poursuite normale d'études en France, quatrième pays d’accueil avec plus de 324.000 étudiants étrangers.

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