Elections présidentielles au Sénégal: Le poids de la diaspora.

21/02/2019

L'élection présidentielle sénégalaise de 2019, la onzième depuis l'indépendance du pays, doit permettre d'élire le président de la République du Sénégal. Son premier tour est prévu ce dimanche 24 février 2019. Le président élu le sera à nouveau pour une durée de cinq ans, contre sept précédemment.

Comme à chaque élection présidentielle depuis 1993, la campagne électorale passe par la France et les pays de résidence des sénégalais à l'étranger. La diaspora sénégalaise est considéré comme un acteur majeur des choix électoraux au pays de la "téranga". Les expatriés sont considérés comme des "faiseurs de rois" et sont courtisés par tous les candidats. Si les Sénégalais de l’étranger ne représentent qu’une faible proportion de l’électorat (4,63%), ces votants sont néanmoins très courtisés. Avec 746 bureaux de vote ouverts dans 49 pays en 2019, le Sénégal est l’un des pays africains qui ouvre le plus ses scrutins à sa diaspora. Les expatriés bénéficient même du statut symbolique de "grands électeurs", gagné grâce à leur poids économique faire d’eux des prescripteurs de voix. Chaque occasion est mise à profit pour donner l’impression d’être à l’écoute des sénégalais vivant à l’étranger. Des délégations successives de ministres, conseillers, ou autres proches du pouvoir sillonnent des pays d’accueil des sénégalais, sans pour autant convaincre la majorité de ces braves gens qui contribuent aussi au développement du Sénégal. La mise en place de la diplomatie économique dès les premières heures de Macky Sall avait donné à la communauté des intellectuels, des artistes, des "Modou-Mdou" et autres "Fatou-Fatou" un certain espoir de pouvoir être utiles et de contribuer d’avantage au rayonnement du Sénégal, qui en a besoin, dans le reste du monde. Que de conciliabules, de négociations dans les couloirs d’infâmes foyers de la banlieue parisienne pour en fin de compte transformer un ambitieux programme en instrument d’enrôlement de militants. Des stratégies politiques inefficaces développées de la part de directions poussant comme du kha-kham, à destination des ressortissants du Sénégal à l’étranger.

Ces responsables d'officines, souvent aussi d'anciens émigrés qui ont mal réussi leur quête de bonheur en Europe, ne ratent aucune occasion pour appeler les émigrés à rentrer au bercail, une fois leur souhait réalisé en paraphrasant cette chanson populaire du folklore sénégalais: "Jomm mooy touki, wayé fouleu mooy gnibissi…". En affirmant qu’Il faut du courage pour voyager, mais de la volonté pour rentrer, ces vizirs semblaient certifier qu’il suffirait de prendre son baluchon et de débarquer à l’aéroport Blaise Diagne de Diass, la chanson à la bouche, pour être accueilli à bras ouverts par les siens. La question n’est pas tant de savoir s’il faut retourner ou pas au pays, mais d’aider ces fils du pays à s’organiser pour assurer des transferts de savoir, de technologies, de biens et de services. Il s’agit aussi et surtout d’impulser des initiatives pour instaurer la confiance chez les potentiels candidats à l’immigration, en créant des emplois décents et durables. Que deviendraient ces nombreuses familles qui dépendent exclusivement de l’aide de leurs filles et fils exilés loin de l’ambiance sécurisant de la famille?

 

Le concept de "diaspora faiseuse de rois" est à prendre au sérieux et à ne pas regarder par le petit bout de la lorgnette. Les Sénégalais de l’étranger sont très attachés à leur citoyenneté transnationale et à son expression dans les urnes, comme en témoignent les taux de participation relativement élevés à chaque élection. Lors de la dernière présidentielle, en 2012, les premiers résultats du scrutin sont même venus de France, d’Italie et d’Espagne.


Au moment où on se crêpe le chignon, au moment où on se gratte la calvitie, pour peaufiner son choix du prochain candidat qui dirigera le Sénégal pour les prochaines années, une seule certitude semble faire l'unanimité au sein des communautés sénégalaises en France. La diaspora sénégalaise souhaite voir du sang neuf et un profond changement au sein du système. A l'image de "Modou Pastef" ce militant marseillais, soutien du plus jeune candidat dans les starting-blocks pour les joutes présidentielles du 24 février au Sénégal, les électeurs sénégalais de la diaspora déçus par le président sortant semblent pour une large proportion avoir mis leur espoir en Ousmane Sonko qui pourrait incarner leurs aspirations à un réel changement à l’occasion des prochaines élections présidentielles au Sénégal. Après un long moment de pré-campagne et de sollicitations de divers prétendants, l'ancien "Inspecteur des Impôts et Domaines" qui porte l'espérance d'un Sénégal nouveau et qui traduit la déception de ces sénégalais qui avaient pourtant massivement porté leur choix sur Macky Sall en 2012, Comme il aime à le préciser lui-même, inconnu il y a encore quelques mois au Sénégal, volontiers provocant, le leader de Pastef, Ousmane Sonko, croit en ses chances pour cette élection de février 2019.

Partout où il est passé lors de sa tournée dans la diaspora, Ousmane Sonko a fait salle comble. Des milliers de personnes sont venues voir, écouter et soutenir ce grand échalas qui, en quelques mois, est devenu la nouvelle star de la politique sénégalaise. À la tribune, il a enchaîné ses habituelles diatribes contre ce qu'il appelle le "système". Tonnerre d’applaudissements, longue séance d'échanges directes avec les militants et chaque fois, le public a été conquis. Asséner un discours maîtrisé avec un style tranchant d'avec la langue de bois habituelle de ces dinosaures politiques dont la plupart se retrouve dans la coalition "Bby" du président sortant. Ce discours d'un genre tout à fait nouveau pour la classe politique sénégalaise  rencontre un écho plus que favorable auprès de la grande majorité de la population qui peine à tirer le diable par la queue, parmi la diaspora, mais aussi chez les cadres dakarois et les étudiants, souvent désireux de rompre avec la classe politique traditionnelle. Depuis sa radiation de la fonction publique par décret signé par son désormais adversaire dans le cadre de cette campagne, en août 2016, Ousmane Sonko a connu une ascension fulgurante dans le baromètre de sympathie de ses compatriotes. Élu député un an après avoir rendu son boubou d’inspecteur des impôts et domaines, il s’est imposé comme l’un des ténors de l’Assemblée nationale. Il est aujourd'hui considéré comme l’adversaire de Macky Sall et soutenu par ses compatriotes de la diaspora.

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