Parfum de corruption: Aliou salement englué dans le pétrole.

07/06/2019

Le Sénégal s’apprête à entrer dans le cercle des pays producteurs d’hydrocarbures. Mais en l’état actuel des découvertes, il ne sera pas pour autant une puissance pétrolière. Depuis la première découverte de pétrole offshore, en octobre 2014, jusqu’aux gisements de gaz révélés en mai 2017, le Sénégal attire les grandes compagnies pétrolières. L’exploitation de ces ressources débutera en 2021. L’Etat sénégalais a besoin du soutien des compagnies étrangères pour assumer le risque d’exploration. Ces sûrement dans cette perspective que des transactions dont des irrégularités ont été mis à jour par nos confrères de la chaîne anglaise BBC.

En effet, dans une enquête diffusée dimanche et qui est aussitôt devenue virale, la BBC affirme détenir les preuves qu’Aliou Sall, frère cadet du président de la République Macky Sall, aurait touché des pots-de-vin liés à l’attribution de deux champs pétroliers et gaziers à l’homme d’affaires Frank Timis, en 2012.

Même si le Directeur de la Caisse des Dépôts de Consignation sénégalaise avait convoqué la presse pour un démenti, la diffusion de cette enquête de 28 minutes qui parle d’un «scandale à plusieurs milliards de dollars» a créé une onde de choc au Sénégal. Ce reportage accuse aussi la compagnie pétrolière British Petroleum (BP) d’avoir accepté de verser quelque 10 milliards de dollars de royalties à l’homme d’affaires roumano-australien Frank Timis. Lequel avait signé en 2012 un contrat pétrolier controversé avec le Sénégal. Ce que souligne aussi le reportage, c’est que l’homme d’affaire Frank Timis a fait appel aux services du frère du président du Sénégal Macky Sall, Aliou Sall, d’abord en tant que consultant puis pour prendre la tête de la filiale Petro-Tim Sénégal.

L’histoire de la découverte du pétrole et le Sénégal était semblable à celle du monstre du Loch Ness. On en parle beaucoup pour un résultat quasi inexistant... puis Il y a eu des découvertes dans trois blocs depuis 2014. D’abord dans le bloc Sangomar, avec le gisement FAN, puis, un mois après, SNE, qui est la plus grosse découverte à ce jour. Ensuite dans le bloc Saint-Louis offshore profond, avec le gisement Tortue, en avril 2015, partagé avec la Mauritanie. Enfin dans le bloc Cayar offshore profond, avec les gisements de Téranga et Yakaar. Ces découvertes sont comparables aux gisements trouvés dans des pays comme le Nigeria ou le Ghana. Le Sénégal produira à peu près les mêmes volumes que le Ghana, soit environ 100.000 barils par jour. On estime les gains financiers de l’Etat sénégalais jusqu’à 30 milliards d’euros sur trente ans pour SNE et Tortue. Ce qui fait dire aux experts que le jeu des écritures financiers et les transactions révélées dans ce reportage dépassent largement ce que pourrait bénéficier le pays de la Téranga. Le budget du Sénégal, c’est environ 6 milliards de dollars par an. Cet apport d’un milliard de dollars par an correspondrait à un peu moins de 20% du budget. Rien que la douane ou la direction des impôts apportent plus. Donc ça ne va pas révolutionner la structure de l’économie sénégalaise. Même si que le pétrole et le gaz sont les ressources qui font le socle de toute économie moderne.

 

Ce scandale de corruption supposée  implicant Franck Timis, (photo), qui ébranle le Sénégal jusqu’à sa présidence avec l’implication du frère du président Macky Sall a fini de montrer à nouveau le paradoxe de la société sénégalaise. Dans ce pays on a souvent tendance à regarder du mauvais. L’affaire «Khalifa Sall», dossier politique qui a valu à l’ancien maire de la ville de Dakar la prison et la perte de ses droits civiques est assurément une «volonté» de Dieu. La saga judiciaire qui connut un rocambolesque épilogue du fils de l’ancien président Abdoulaye Wade est passée après de véhéments commentaires qui ne sont jamais arrivés aux oreilles des juges de la juridiction spéciale ressuscitée pour les besoins. On continuait à vaquer à ses occupations, à se surprendre entrain de s’indigner. Le peuple sénégalais a-t-il perdu sa force et sa capacité de s’opposer à l’arbitraire? Un peuple perdu qui a perdu ses éclaireurs. La société civile sénégalaise est devenue l’ombre d’elle-même. Les journalistes en perte croissant de crédibilité à force de s’accoquiner avec les politiques tentent vainement de sortir la tête de l’eau en tentant de s’agripper comme ils le peuvent à cette bouée lancée par cette enquête de la consœur de la BBC.

Les principaux concernés tentent de jouer la carte du patriotisme dans le mauvais sens. Lors de sa déclaration à la sortie de la prière de l’Aïd, Macky Sall avait accusé des forces occultes agissant depuis l’étranger pour déstabiliser son pays en lieu et place de justifier ces transactions qui portent sur des sommes ahurissantes qui échappent aux sénégalais. Vieille tactique qui consiste à détourner le regard de l’épicentre du problème. Une ruse qui ne risque pas de payer parce-que le chantre de la gouvernance vertueuses et sobre a fini par habituer son peuple d’un fonctionnement basé sur le ‘matèye’ parce qu’il a tous les pouvoirs.

Et encore une fois de plus le peuple sénégalais choisit de regarder le doigt et non la direction montrée par ce doigt.

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