La dernière danse du Zoulou-Blanc.

17/07/2019

Après un long et difficile combat qu’il avait gagné contre l’odieux système politique de l’apartheid, le chanteur sud-africain Johnny Clegg est décédé paisiblement ce mardi 16 juillet, deux jours avant le "Mandela day", entouré de sa famille à Johannesburg, après une bataille de quatre ans et demi contre le cancer à l'âge de 66 ans.

 

Né en 1953 au Royaume-Uni d’un père britannique et d’une mère zimbabwéenne, chanteuse de jazz de cabaret, Johnny Clegg débarque à l’âge de 7 ans dans une Afrique du Sud où la minorité blanche règne en maître absolue sur la majorité noire. Initié aux cultures locales par son beau-père journaliste, Johnny Clegg fera de cet héritage de Tchaka son bouclier de combat contre l’apartheid.

Johnny Clegg a puisé dans la culture zoulou son inspiration pour concevoir une musique révolutionnaire pendant les terribles années de la lutte des Noirs d’Afrique du sud contre ce qui était devenu un crime contre l’humanité: l’apartheid.

Farouche opposant au système ségrégationniste de Pretoria, "Le Zoulou Blanc", devenu célèbre interprète de la chanson "Asimbonanga", dédiée à Nelson Mandela, a toujours su au côté de ses frères Noirs porté haut les valeurs de ce qui est devenu la Nation Arc-en-Ciel en jouant un rôle majeur en Afrique du Sud faisant découvrir au monde témoin coupable, différentes cultures et en les rapprochant, sans perdre son identité.

 

Pendant les pires heures du régime raciste, ses chansons ont été interdites. Pour contourner la censure, son groupe Juluka, avec le complice de toujours Sipho Mchunu a été contraint de se produire dans les universités, les églises, les foyers de migrants et chez des particuliers pour contourner la myriade de lois qui empêchaient tout rapprochement interracial. Malgré tout, l’impitoyable police de l’apartheid a interdit certains de ses concerts et le chanteur a été à plusieurs reprises arrêté, accusé de violer les lois sur la ségrégation raciale. Le gouvernement raciste blanc ne pouvait pas non plus tolérer qu’un des siens puise son inspiration dans l’histoire et la culture Zoulou.

Banni dans son pays, il connut le succès à l’étranger avec notamment la sortie en 1982, la sortie de son album "Scatterlings of Africa" qui le propulse en tête des hit-parades en Grande-Bretagne et en France s’imposant par la même occasion comme un artiste "politique" avec le titre "Asimbonanga" «Nous ne l’avons pas vu», en langue zoulou, tube planétaire dédié à Nelson Mandela, le héros de la lutte anti-apartheid alors emprisonné à Robben Island. La seule évocation du chef du Congrès national africain (ANC) est alors strictement interdite. Le régime de Pretoria bannit le titre.

Comme un "tête-à-queue" à l’histoire, quelques années après la fin de l’apartheid, l’auteur et le héros de cette chanson, désormais libre, s’étaient retrouvés sur scène en Allemagne, à Francfort pour un concert aussi magique qu’inattendu. Alors que Johnny Clegg chantait le titre "Asimbonanga", le public s’était levé comme un seul homme. Et comme il le racontait, « J’ai aperçu du coin de l’œil quelqu’un derrière moi qui était en train de monter sur la scène, en dansant. C’était Mandela ! Ça a été un choc. Je ne savais même pas qu’il était là ». A la fin de la chanson, Mandela avait lancé de sa voix posée, au micro : "C’est la musique et la danse qui me mettent en paix avec le monde".

La fin de l’apartheid n’a pas anesthésié le remuant danseur Zoulou qui réussit à réorienter ses engagements vers les nouveaux défis de la jeune Nouvelle République d’Afrique du sud. Quelques années plus tard, l’enthousiasme cédera la place aux doutes. Après une nouvelle rémission d’un cancer du pancréas diagnostiqué en 2015, il se lance deux ans plus tard dans une tournée mondiale d’adieu dont il réussira à honorer toutes les dates, les dernières en 2018 marquant ainsi la dernière dans du Zoulou Blanc.

 

 

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