Sénégal: Fenêtre sur l'éducation.

Selon les chiffres de l’Unesco, le taux de scolarisation primaire dans le monde a remarquablement augmenté, passant de 82% en 1999 à 88% en 2008. Les pays les moins scolarisés, en Afrique subsaharienne et en Asie de l’Ouest, sont aussi ceux qui ont connu les progressions les plus importantes. Au-delà des chiffres, la réalité du monde scolaire au Sénégal montre une réalité inquiétante pour ce qui est de la réduction des inégalités.

La tendance met en évidence une forte progression du secteur privé et un discrédit de l’école publique. Si la proportion des établissements privés reste encore faible à l’échelle du Sénégal, Dakar la capitale sénégalaise compte davantage d’écoles privées laïques que de publiques. Dans les années 1990, le parc privé comptait seulement 20%. Si bien que les progrès de la scolarisation observés dans la capitale sont à attribuer quasi exclusivement au privé. Les établissements privés recouvrent de fortes hétérogénéités, mais sont dans leur ensemble mieux dotés que leurs pendants publics et obtiennent de meilleurs résultats. Comme ce sont aussi les foyers les plus aisés qui ont recours aux écoles privées, l’augmentation de ces dernières peut contribuer à l’accroissement des inégalités. Le secteur public, quant à lui, tend à devenir non pas "une école pour tous" mais une voie pour les moins fortunés.

 

L’école sénégalaise a aussi ses "cassandre". Il y est fréquent de voir chaque partie ou acteur en train de revendiquer ses "droits" sans jamais penser à ses devoirs. Et dans cette situation, chacun pense être victime du système ou de l’action de l’autre. Alors qu’en réalité, en fuyant ses responsabilités, tout le monde est coupable de penser que le mal c’est l’autre et qu’il est la cause de tous nos malheurs. Les droits des uns ne s’opposent pas aux devoirs des autres et vice versa. Ils se complètent.

Dans ce contexte, les stratégies de scolarisation des familles sont diversifiées. Ceci n’est pas seulement dû au niveau de vie, mais aussi à des positionnements socioculturels. En particulier, on assiste au Sénégal à un essor des écoles privées confessionnelles. Cet éclatement des normes éducatives dans la société est fort éloigné du rapport uniforme à l’école sous-tendu par les politiques en faveur de l’universalisation de la scolarité primaire. La démocratisation de l’école en tant que généralisation mais aussi égalisation des chances scolaires demeure une question cruciale et encore peu explorée dans le pays.

L’Etat, acteur principal pense que cette chute non contrôlée du niveau scolaire est le résultat de l’enseignant et de ses grèves. Quant aux enseignants, ils ont oublié leur mission d’éducateur de formateur à la citoyenneté. La famille qui jadis était la matrice de la société sénégalaise se dilue. Les parents ont totalement oublié leur partition. L’élève qui est le dénominateur commun entre tous ces acteurs se complait dans sa posture de victime "légale" et "collatérale".

Le feuilleton de la rentrée sur le voile a fini de montrer à la face du monde l’agonie de l’école sénégalaise.

De nos plages de vacances, les échos qui nous parvenaient de ce qu’il était convenu d’appeler l’affaire des voilées de l’Institution Sainte Jeanne d’Arc de Dakar donnaient l’impression que le Sénégal serait à deux doigts de basculer dans une guerre des religions, le sabre et le goupillon d’un côté, le Coran et le cimeterre de l’autre. Et d’aucuns rêveraient déjà, à partir d’une banale histoire d’application du règlement intérieur d’une institution scolaire privée, qui plus est confessionnelle.

A l’origine, pourtant, rien que de très banal. Une institution scolaire très prestigieuse, établie au Sénégal depuis plus d’un siècle et appartenant à une congrégation religieuse, décide de modifier son règlement intérieur dans le but en particulier d’adopter un code vestimentaire dans lequel les élèves pourraient tous se retrouver. Quelques élèves décident de ne pas appliquer le règlement.

Dans cette affaire,  le Ministère de l’Education Nationale auraient tort d’afficher leur soutien à la minorité récalcitrante qui au demeurant avait le choix entre accepter le nouveau règlement et voir ses enfants continuer normalement leurs cours à Sainte Jeanne d’Arc ou alors refuser ce règlement et aller chercher d’autres écoles.

Après plusieurs rencontres et autres conciliabules, un accord a finalement été trouvé entre les autorités sénégalaises et celles de l’Institut Sainte Jeanne d’Arc. Tout est bien qui finit bien même si on a l’impression qu’on a juste mis la poussière sous le tapis en attendant une prochaine secousse annonciatrice d’un nouveau séisme.

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