L’Amazonie n’est pas la seule forêt menacée.

17/11/2019

L’été dernier la planète s’est émue suite aux grosses flammes qui ravageaient la forêt amazonienne. Pendant que ces images faisaient le tour du monde, le président brésilien Jair Bolsonaro affirmait devant l’Assemblée nationale des Nations unies du 24 septembre que "l’Amazonie n’est pas dévastée ou consumée par le feu, contrairement à ce que dit la presse qui ment". Ces affirmations malheureuses du président brésilien sont hélas l’arbre qui cache la forêt. Malheureusement, l’Amazonie n’est pas la seule région touchée par les incendies.

"Notre maison brûle. Littéralement", avait lancé Emmanuel Macron à propos des feux de forêts en Amazonie, reprenant la phrase prononcée par Jacques Chirac dix-sept ans auparavant. Il est vrai que ces feux de forêt touchent le principal poumon vert de la planète. Mais notre terre possède d'autres poumons. Avec plus de 240 millions d’hectares de couvert forestier, l’Afrique abrite dans sa partie centrale la deuxième plus grande forêt tropicale au monde, après l’Amazonie et avant la Papouasie-Nouvelle Guinée. Mais selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao), la forêt humide ne couvrirait en Afrique que 37% de son hypothétique superficie "initiale".

 

Globalement, la crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique équitable à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Les incendies en Afrique centrale sont "très peu comparables à l'Amazonie. En Afrique centrale les incendies touchent essentiellement des écosystèmes agricoles, explique Guillaume Lescuyer, spécialiste de l’Afrique centrale au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad).

 

L’origine du drame de la déforestation n’est pas exclusivement du fait des incendies. Les forêts du bassin du Congo sont la proie d’une industrie du bois peu scrupuleuse et de grands projets agro-industriels dévastateurs, comme la culture de palmiers à huile, d’hévéas ou d’eucalyptus.

Dans le bassin du Congo, des cultures entières sont basées sur les ressources de la forêt. Des dizaines de millions de personnes en dépendent pour leur alimentation, leurs plantes médicinales ou leur approvisionnement en énergie. Ces forêts sont également d’une valeur écologique exceptionnelle.

En Rdc, entre 2002 et 2008, 15 millions d’hectares (soit l’équivalent d’un quart de la France) ont été affectés à l’exploitation forestière en toute illégalité. Les conséquences environnementales et sociales sont dramatiques: forêts pillées, faune décimée, communautés locales déstructurées. Les bénéfices de cette exploitation ne vont ni aux collectivités, ni aux salariés de l’industrie du bois, qui travaillent dans des conditions déplorables. L’argent va à quelques individus corrompus et à des industriels qui n’hésitent pas à recourir à l’intimidation, aux manipulations comptables et à l’évasion fiscale pour faire grossir leur chiffre d’affaires. En 2008, Greenpeace dénonçait le non respect des engagements de l’entreprise germano-suisse Danzer. Elle avait omis de payer près de huit millions d’euros de taxes. De quoi payer la vaccination de 700.000 enfants !

 

Le gouvernement de Rdc a fait preuve de volontarisme ces dernières années pour encadrer le secteur: un nouveau Code forestier, un moratoire sur l’attribution de nouveaux titres forestiers et une révision de la légalité des titres attribués. Même si tout n’a pas été parfait dans cet arsenal de dispositifs, la démarche constitue un premier pas fragile. Beaucoup reste à faire. On a souvent cru que l’exploitation forestière pouvait être un facteur de développement pour les populations directement impactées. C’est le contraire qui s’est produit. L‘argent des bailleurs de fonds continue à contribuer à l’appauvrissement des écosystèmes et des populations des pays de l’Afrique équatoriale.

Dans certains pays comme le Cameroun, la République du Congo ou encore le Gabon, les agro-industries s’étendent et représentent une menace montante pour la forêt du bassin du Congo. En cause l'agriculture industrielle qui utilise de manière intensive des espaces pour des plantations prises sur la forêt tropicale et constituent un moteur de plus en plus conséquent de la déforestation.

 

Le président de la République Démocratique du Congo Félix Tshisekedi, s'est lui-même inquiété de la situation: "Au rythme actuel d’accroissement de la population et de nos besoins en énergie, nos forêts sont menacées de disparition à l’horizon 2100", a-t-il affirmé fin août.

Même son de cloche du côté de l’église qui a sonné le glas de l’urgence des menaces qui pèsent sur la forêt en Afrique centrale. Selon Monseigneur Fulgence Muteba, évêque de Kilwa: "On exploite les forêts de manière anarchique, sans appliquer les exigences du Code forestier. On laisse partir, comme ça, tout un patrimoine. Il y a une exploitation vraiment irresponsable !"

 

La forêt africaine est menacée. Menacée par le développement de l'agriculture, la démographie, l'amélioration des voies de circulation qui permettent de pénétrer les forêts et aussi par les investissements industriels. Tous ces facteurs, plus ou moins maîtrisés, se conjuguent pour menacer les quelque 4 millions de km² du bassin du Congo et ses 220 millions d’hectares de forêt.

 

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