A chaque puissance son sommet "Machin-Afrique".

Après la convocation des cinq dirigeants du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Tchad, Burkina Faso), par Emmanuel Macron à Pau près de la base d'où sont partis sept des treize soldats français morts dans la collision de leurs appareils aux confins du Mali, le 26 novembre 2019, pour un moment d'explication de texte. Même si les plus optimistes des observateurs avaient rêvé d’une occasion majeure d’écrire une nouvelle page de la coopération entre la France et les pays du Sahel.

A peine les piles débranchées, les voici rechargées pour nos chefs Etat africains qui sont à nouveau "invités" chez les sujets d’Elisabeth II pour un énième sommet baptisé Forum sur l’investissement Royaume-Uni-Afrique. Pas moins de seize, dirigeants africains, parmi lesquels le président égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi ou le nigérian Muhammadu Buhari, étaient présents. Les mauvaises langues diront que ce sommet, pensé par l’ancienne première ministre Theresa May durant son mandat et mis en musique par Boris Of the Brexit, s’inscrit dans les nombreuses nouvelles stratégies du Royaume-Uni qui s’apprête à quitter l’Union européenne le 31 janvier 2020. Les Britanniques cherchent à renforcer leurs liens commerciaux et d’investissements avec un certain nombre de partenaires, notamment en Afrique.

 

Le Continent africain regorge de richesses aussi bien humaines que minérales. Prévue pour accueillir plus d’un quart de la population mondiale en 2050, l’Afrique a tout pour devenir la locomotive d’un développement au service de l’Humanité dont elle est le berceau. Et pourtant, de nombreux pays, voire des régions entières de l’Afrique sont en crise. Des tragédies d’une ampleur sans pareil sont en cours sans que personne n’y prête attention ou alors juste ce qu’il faut pour sécuriser les filières d’approvisionnement des pays occidentaux en Pétrole, Zircon, Coltan, Cacao, Café, Bois, Terres, Diamant, Or, Cobalt et autres marchés lucratifs. La République Démocratique du Congo, la Centrafrique, la Libye, le Mali, la Côte d’Ivoire, le Congo, le Niger, le Burkina Faso, la Guinée Conakry,…sont ravagés par la pauvreté, la guerre, le pillage, la torture et le viol. Le bilan de toutes ces tragédies africaines dépasse de loin l’Holocauste et même celui de la deuxième guerre mondiale dans son ensemble, sans pour autant que grand-monde ne s’en émeuve mis à part quelques gesticulations de circonstance quand l’horreur de ces génocides en série se glisse dans certains médias complaisants, juste ce qu’il faut d’empathie hypocrite pour calmer la révolte qui gronde chez les peuples africains dépossédés de leur souveraineté.


Quel pays peut prétendre présider à sa destinée alors même qu’il ne possède ni souveraineté militaire, ni souveraineté monétaire? La tenue même de ces sommets dans les capitales occidentales n’est-elle pas en soi un aveu d’instrumentalisation des maux du continent en proie à la convoitise des dominants, véritables pompiers-pyromanes au gré de leurs intérêts du moment? De quoi peut accoucher ces sommets qui accueillent les dirigeants les plus corrompus et les moins démocratiquement élus de l’Afrique?


Nous aimerions pouvoir compter sur le soutien et l’impartialité de l’Onu dont l’idéal de justice et d’égalité nous parait si noble… Sur le papier. Sauf que dans la réalité, la plupart des missions de maintien de la paix et/ou de défense des populations civiles ont lamentablement échoué. Les forces dites impartiales de l’Onu, adossées ou non à la France ou à d’autres membres de l’Otan ont largement fait la preuve de leur incapacité, voire de leur complicité avec les auteurs des pires crimes contre l’Humanité, que cela soit au Rwanda, en Rdc, en Libye, en Côte d'Ivoire, au Mali,... Quant au bras judiciaire de l’Onu, la Cour Pénale Internationale, qui était supposée garantir une justice équitable pour tous, elle aura du mal à trouver la moindre crédibilité tant qu’elle agira en tant qu’instrument de pression politique au service des Nantis Unis qui nous gouvernent. Le jour où la Cpi ou tout autre Tribunal International sera capable de juger des dirigeants occidentaux pour leur implication dans les guerres afghane, irakienne, libyenne, syrienne, congolaises, ivoirienne, malienne,.., la Cpi aura peut-être une chance d’œuvrer pour la Paix et la Sécurité mondiale dans la droite ligne de figures emblématiques tels que Gandhi Um Nyobé, Boganda, Ben Barka, Martin Luther King, Lumumba, Modibo Keïta, Amilcar Cabral, Sékou Touré, Sankara, Mandela, Mondemane, Boumediene, Nasser, Césaire, Malcolm X...
Dans un de ses célèbres romans, Ahmadou Kourouma, l'auteur de "Le soleil des indépendances", met en scène une vieille dame qui s’interroge en ces termes: on a eu l’esclavage et c’était abominable; on a eu la colonisation et on souffrait beaucoup; maintenant on a les indépendances, mais quand est-ce que finissent les indépendances?

Car le problème est bien là. Les pays africains ne jouissent que d’une indépendance formelle et encore. On le voit avec la mise sous tutelle franco-onusienne de tant de pays africains. Souhaitons que l’esprit de Boganda et de son célèbre "Zo kwe zo" ("Une vie en vaut une autre") si souvent utilisé pour endormir les exigences des peuples africains, mais jamais mis en œuvre au service de leur réelle émancipation, souffle à nouveau sur le continent. Mais pour cela, il faut que chacun se lève et s’unisse avec tous ceux qui partagent la même aspiration. La liberté n’est jamais donnée par l’oppresseur; elle doit être exigée par l’opprimé.
 

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