Avé Aïssa!

03/03/2020

En France on aime se délecter des discours engagés et des brûlots prononcés sur la scène des Oscars qui est la cérémonie de récompense du cinéma aux Usa. Toutefois les Césars, son équivalent français est connu pour sa monotonie, les caresses mutuelles dans le dos des différents protagonistes. Même si en en 2009, il y’a eu un tout peu de piquant avec l’apparition de Dany Boon qui a un temps songé à boycotter la cérémonie, suite à la nomination de son film dans une seule catégorie (Meilleur Scénario Original), Dany est finalement bien venu au Théâtre du Châtelet 27 février 2009.

Pour la cuvée des Césars du cinéma français 2020, Aïssa Maïga a délivré un message puissant à la grande famille du cinéma français. L'actrice à l'initiative des #BlackCesars a lancé lors de son comptage symbolique du nombre de Noirs présents dans la salle: ″Ça fait plus de deux décennies que je ne peux pas m’empêcher de compter lors des réunions du métier” et de poursuivre: “On a survécu au whitewashing, au blackface, aux tonnes de rôles de dealers, de femmes de ménages à l’accent bwana, on a survécu aux rôles de terroristes, à tous les rôles de filles hypersexualisées... Et en fait, on voudrait vous dire, on ne va pas laisser le cinéma français tranquille.”

Qu’à cela ne déplaise à la "bien pensante", Aïssa a livré l’un des discours les plus marquants de la cérémonie des César 2020 en s’attaquant au manque de diversité dans le septième art en France.

“On est une famille, on se dit tout, non?”

Le discours engagé d’Aïssa Maïga était attendu aux César. Avec une trentaine de personnalités, elle avait déjà dénoncé dans Le Parisien le manque de diversité de la profession le 26 février dernier. Le mouvement intitulé #BlacksCesars pointait du doigt “l’invisibilité des acteurs, réalisateurs et producteurs” issus des Dom-Tom, de l’étranger.

En cette période pré-électorale on ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec la politique. L’élection de Barack Obama le 04 novembre 2008 avait mis en lumière la faible représentation politique des minorités visibles en France. Si on peut comptabiliser un certain nombre d’élus de la diversité dans les instances locales, surtout au niveau municipal, force est de constater qu’au niveau national c’est quasiment "monocolore". Une situation accablante qui, en outre, ne cesse de se dégrader: pourrions-nous envisager aujourd’hui que le président du Sénat soit noir comme il le fut jadis durant 10 ans avec Gaston Monnerville? La France semble avoir régressé sur cette question devenue sensible.

Les listes peinent à intégrer des candidats dits "de la diversité", comme il était convenu de les appeler en 2007 lors des législatives françaises. Certains avaient été investis grâce à des quotas réservés aux militants issus des anciennes colonies. Ces derniers mûrissaient le vœu de ne plus exister que par cette seule qualité.

Mais la lutte contre les discriminations devenue lutte contre les séparatismes semblent encore une fois prendre le chemin poussiéreux des tiroirs jusqu’aux prochaines échéances. Mais aussi, les concernés ont leur part de responsabilité. Les élus issus des minorités ou étiquetés "de la diversité" pourraient changer la donne en France. A condition qu’ils acceptent d'assumer le rôle qui est fatalement le leur. Il faut qu'ils acceptent de porter les stigmates de leur communauté et de faire entrer résolument les problèmes de leurs communautés dans les débats politiques.

Malheureusement cela ne semble pas être le cheval de bataille de ces candidats issus des communautés nègres et arabes. Ces candidats issus des ex-colonies n'apprécient pas d'être indéfiniment désignés de la sorte, d’une part, et que, d’autre part, ils ne soient pas cantonnés au traitement des problèmes de leurs communautés. C'est l'exemple de ces candidats de la région Auvergne Rhône-Alpes qui continuent à raser les murs et à apprécier les buffets proposés lors de rassemblement et se délectant avec appétit de miettes tombées de la grande table.

A entendre quelques co-listiers interrogés sur la question, cette candidate d’origine subsaharienne sur une liste apparentée "En Marche", le chemin qui mène à l’égalité est pourtant encore bien long. "Le système politique actuel fonctionne par cooptation: même si la loi a permis aux femmes de progresser, les jeunes sont pénalisés, les handicapés le sont… Nous sommes arrivés les derniers sur la question de la diversité et nous n’avons pas encore l’organisation nécessaire pour être mieux représentés" Par conséquent, à ce stade, si la candidate estime qu’il faut "déconstruire le regard de l’autre" et ne pas être cantonné au rôle de candidats de la diversité, elle comprend également, lorsqu’elle se promène dans le quartier de la Guillotière (7ème arrondissement de Lyon), que des habitants s’exclament: "enfin une candidate qui nous ressemble!"

Please reload

  • Facebook - Black Circle
  • Twitter - Black Circle