Alassane Ouattara: Ecouter la voix de la sagesse africaine!

07/03/2020

Obscurci par les inquiétudes qui planent sur l’élection présidentielle, dont le premier tour est prévu le 31 octobre 2020, le ciel politique s’est partiellement dégagé jeudi 5 mars. Devant les deux chambres du Parlement réunies en Congrès extraordinaire à Yamoussoukro, Alassane Ouattara a annoncé qu’il ne sera pas candidat à sa propre succession. Alassane Dramane Ouattara le président ivoirien a-t-il la sagesse des anciens d’Afrique? On peut répondre par l’affirmatif même si, avant son discours du 05 mars dernier, on pourrait en douter, face à son obstination à briguer un autre mandat en octobre 2020.

Le président ivoirien Alassane Ouattara, qui entretenait depuis des mois le mystère sur son éventuelle candidature à un troisième mandat, a annoncé jeudi 5 mars à Yamoussoukro qu’il ne se présenterait pas à l’élection présidentielle en octobre 2020. "Je vous annonce solennellement que j’ai décidé de ne pas être candidat à la présidentielle du 31 octobre 2020 et de transférer le pouvoir à une jeune génération", a-t-il lancé devant les parlementaires du Sénat et de l’Assemblée nationale réunis en Congrès extraordinaire.

Cette annonce faite à la fin d’un discours d’une trentaine de minutes a été accueillie par un tonnerre d’applaudissements de la part des élus, mais aussi de centaines d’élèves et étudiants invités au Congrès. "Prési ! Prési ! Merci ! Merci !", ont scandé des jeunes.

ADO a eu une décision qui honore l’Afrique, les Africains et lui-même. Les ivoiriens invités à assister au discours sur l’état de la nation destiné à lancer une révision de la Constitution adoptée par référendum en octobre 2016 n’étaient manifestement pas prêts à cette annonce. Depuis plus d’un an, Alassane Ouattara laissait planer le doute sur sa candidature la présidentielle de 2020. D’abord en privé, puis ouvertement, le président ivoirien, qui aime cultiver une image de dirigeant moderne loin des satrapes qui depuis des décennies confisquent le pouvoir dans leur pays, reprenait l’argumentaire de ceux à qui il ne veut pas être comparé. Comme il l’a assumé publiquement, il appartient désormais à la caste des Anciens. Ceux qu’on appellent affectueusement les "Vieux". En Afrique, les "Vieux" sont généralement des références. Ce, parce qu’ils savent beaucoup de choses mais aussi parce qu’elles évitent soigneusement de s’offrir en spectacle. Elles savent se mettre au-dessus de la mêlée, pour éviter toute humiliation.

Leurs faits, gestes et paroles épousent des canons moulés dans le creuset de la sagesse traditionnelle africaine. Ces personnes sont une ressource inestimable lorsqu’il s’agit de raisonner les personnes immatures que constituent, a priori, les jeunes. Pendant qu’elles jouissent d’une retraite bien méritée, elles encadrent les enfants qui grandissent à l’ombre de leurs conseils avisés.

Après deux quinquennats, le chef de l’Etat âgé de 78 ans a décidé de "transférer le pouvoir à une jeune génération". S’obstiner à vouloir briguer un nouveau mandat à l’élection présidentielle ivoirienne de 2020 ne semblait pas s’inspirer de cette sagesse africaine. Il n’est pas simple, pour un octogénaire, de gérer au quotidien un Etat. Même quand la bonne volonté existe, le risque que les aptitudes physiques et intellectuelles nécessaires à l’exécution de cette tâche ne soient pas au rendez-vous, est énorme.

Quoi qu’il en soit, l’annonce de ce retrait est une pierre lancée dans les jardins de ses camarades prédisposés à la présidence à vie. Espérons juste qu’en Côte d’Ivoire et plus largement en Afrique chacun en tiendra compte. Et messieurs Konan Bédié et Laurent Gbagbo, mais aussi Alpha Condé, son vieux camarade guinéen de l’Internationale socialiste, qui après deux mandats, n’entend pas passer la main, apprécieront.

Please reload

  • Facebook - Black Circle
  • Twitter - Black Circle