Évoluons en "communautés" et assumons.

16/03/2020

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Monsieur,

Je t'envoie mon petit écrit sur le concept de "Communauté" suite à notre conversation lors de la réunion du Comité d'orientation Dialogues au Grand-Lyon. Pour vous situer, je suis étudiante à Sciences-Pô Lyon "Analyse des politiques publiques"J'ai grandi aux Etats-Unis et j'ai fait mes études à Princeton dans les affaires publiques et internationales.

De façon personnelle, j’ai grandi dans le Wisconsin aux Etats-Unis. J’ai grandi dans ce que nous appelons un "suburb", la campagne hors de la ville. Une des choses qui m’a marqué c’était comment les personnes blanches à mon école se méfiaient du petit groupe d'une dizaine de personnes afro-américains et latinos que nous étions.

Les Blancs se sont dit "C’est pas normal qu’ils restent entre eux comme ça, c’est de l’auto ségrégation". Ce qu'ils ignoraient c'était que la plupart des personnes qui composaient ce groupe étaient des voisins.  Ils habitaient parfois le même bloc d'appartements. Ils ignoraient également que la moitié vient d'arriver dans la ville de Chicago. Donc, ils ignoraient que ce groupe avait beaucoup de raisons de passer beaucoup de temps ensemble.

En nous observant, ils oublient qu'eux aussi étaient "entre eux", entre Blancs, entre voisins, entre personnes qui fréquentaient la même église. Ce jugement vers les personnes minoritaires montre bien un rapport du pouvoir. Même les sociologues (américains et français) constatent que ces accusations de communautarisme sont largement tournées vers les personnes déjà stigmatisées, notamment les personnes issues d’immigration, les musulmans et les classes populaires et que c’est un terme "plus normative que descriptive". Eric Charmes(1) en particulier remarque que ce jugement d’entre-soi va toujours envers les classes populaires et ignore les personnes aisées qui eux aussi se mettent de plus en plus "entre eux" et à l’écart des autres(2).

Si j’ajoute à mes propos ces auteurs et ces quelques citations plus académiques, c’est parce que les personnes ne croient pas en ce qu’ils n’ont jamais vu. Certains ne s'en aperçoivent pas pour la plupart. Ils considèrent qu’ils ne font pas partie d’une communauté eux-mêmes. Nous tous vivons, évoluons en "communautés" diverses et variés. Entre étudiants, entre familles, entre voisins, entre collègues...

Community en anglais n’est pas péjoratif et n'exprime pas une idée de fermeture ni quelque chose de fermée. Au contraire ce mot montre une pluralité et complexité de nos appartenances sociales. Je suis ici en "Service civique" et cette expression se traduit en "Community service". Je n’ai pas peur des communautés. Ils peuvent être les grandes ressources culturelles et sociétales; ils l’ont été clairement pour les Etats-Unis. Leurs richesses ne devraient pas être ignorées. Et si l’entre-soi peut effectivement avoir certains effets dangereux, il faut le traiter de tous ses cotés y compris du coté des personnes dominantes.

 

 

 

(1) Igor Martinache, "Le communautarisme menace-t-il le lien social ?", Alternatives Economiques, 1 juin 2010, n° 291, no 5, pp. 68‑68.

(2) Eric Charmes, "Pour une approche critique de la mixité sociale", La vie des idées, 10 mars 2009.

 

 

 

 

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