Coronavirus: Le véritable visage d'un "géant" malade.

24/03/2020

Alors que les dirigeants de l’Union européenne, accablés par la crise de l »épidémie du coronavirus, continuent de se dépatouiller comme des requins pris dans un filet, la situation en Italie doit nous mettre la puce à l’oreille. La Chine et la Russie sont les sauveurs de la vieille Europe. Un scénario surréaliste qui pose sérieusement la question de la suprématie de l'Occident sur le reste du monde. Il y a encore quelques années, cette idée aurait paru surréaliste tellement ces cinq pays ont essuyé le dénigrement systématique dans les médias et la condescendance des dirigeants occidentaux. Cette image dégradée domine encore l’imaginaire collectif dans bien des pays occidentaux.

En effet, que sait-on vraiment de la Chine autre que les conditions de travail dignes de l’esclavage et les violations massives des droits de l’homme? Que sait-on vraiment de la Russie autre que les oligarques, la mafia et l’alcoolisme? Que sait-on du Brésil (à part le football) autre que les favelas malfamées et la criminalité? Que sait-on de l’Afrique du Sud (à part Mandela) autre que les ravages du sida et la criminalité dans les rues de Johannesburg? Que sait-on de l’Inde autre que la misère dans les rues de Bombay?

Un traitement bien injuste pour ceux qui portent sur ces pays un regard objectif et apprécient leurs potentialités et leur développement à leur juste valeur. La crise actuelle aura au moins eu le mérite de ramener tout le monde à un minimum de modestie.

Mais le changement de regard et le respect mutuel ne suffiront pas à sauver l’Occident qui fait face à une crise suffisamment grave pour que la question de sa suprématie sur le reste du monde se pose sérieusement. Car après avoir dominé le monde pendant plus de cinq siècles, les Occidentaux semblent aujourd’hui à bout de souffle. Et il ne peut en être autrement. En effet, pour dominer le monde, les Occidentaux ont entrepris de s’accaparer la quasi-totalité des ressources des peuples du Sud soumis à l’esclavage, à la colonisation, au néocolonialisme puis aux APE. Un pillage qui leur a permis d’amasser des ressources financières immenses. Ils ont développé une technologie inaccessible aux pays du Sud et innové à une cadence infernale. Mais ces derniers ont pris conscience et plusieurs d’entre eux ont rattrapé leur retard et jouent désormais dans la même cour que les puissances occidentales. Ce que les Occidentaux avaient sûrement de plus précieux, c’est leur technologie avancée et un rapport de force international favorable grâce auxquels ils pouvaient se procurer des matières premières à vil prix et revendre des produits finis à des prix exorbitants, réalisant des marges bien confortables. Les chocs pétroliers, la montée de prise de consciences nationalistes dans les pays producteurs de matières premières et la concurrence des puissances émergentes ont fini par ruiner le rêve, en Occident, d’une croissance sans limite.

L’épidémie de coronavirus se propage rapidement en Europe. Les longues listes macabres égrènent les nombres de morts à travers l’Europe.

La complexité des systèmes sociaux des pays européens a rendu difficile la mise en œuvre de mesures préventives intenses et la mobilisation de toute la société pour anticiper l’épidémie. Plaque tournante du flux de populations du monde entier, l'Europe a eu du mal avec les accords de Schengen qui ont rendu également difficile l’imposition de contrôles sur les déplacements de personnes à travers les frontières au début de l’épidémie. Épicentre de la mondialisation, la façon dont l’épidémie sévit en Europe déterminera en grande partie les conséquences causées par l’épidémie dans le reste du monde et particulièrement en Afrique.

Le monde doit soutenir l’Europe pour gagner la lutte contre le virus. Mais la manière dont les pays européens luttent contre l’épidémie est différente. Chaque pays européen diffère également les uns des autres. La gestion de la crise du coronavirus le montre cruellement: plutôt que de jouer la carte de la solidarité, les États membres ont misé sur le chacun pour soi.

Maggie de Block, ministre belge de la Santé, avait d’entrée poussé un coup de gueule remarqué lors de la réunion, convoquée d'urgence entre ministres de la Santé européens, vendredi 6 mars, au Conseil de l'Ue. Médecin généraliste de profession, Maggie de Block, ministre belge de la Santé fustigeait déjà le manque de solidarité de certains États membres. En premier lieu, les décisions allemande et tchèque de bloquer leurs exportations de masques, gants et autres combinaisons de protection pour faire face à l'épidémie de coronavirus. En France aussi, un décret a été adopté pour réquisitionner le matériel, en vue, officiellement, de compter les stocks. "Ce n'est pas ça, l'esprit de l'Ue", avait déploré la ministre.

Cette pandémie, c'est le fardeau de trop pour l’Europe. Malgré les grands discours de principe, l’Ue patine et tremble. Pourtant, avec cette crise sanitaire inattendue, l'Europe avait l'occasion de former un front uni. Or, une fois de plus, au lieu de se rassembler dans l'adversité, l'UE se montre incapable de répondre d'une seule voix. Les institutions peinent à donner une direction claire à suivre et les Etats en profitent pour avancer en ordre dispersé et faire valoir leurs intérêts propres. L’exemple le plus frappant est cet épisode digne des vieux films italiens. Près de 650.000 masques envoyés par la Chine ne sont jamais arrivés en Italie parce qu'ils ont été volés par la République Tchèque avec l'accord des autorités. L'histoire est à peine croyable. Vendredi 20 mars, un avion chinois se pose à Prague, en République Tchèque avec, dans ses soutes, des centaines de milliers de masques donnés par la Chine à l'Italie. Les autorités tchèques récupèrent les masques pour les donner aux autorités locales. L'affaire fait scandale puisqu'il s'agit de deux pays de l'Union européenne.

La situation est, de fait, inédite. Les rôles sont, sinon inversés, au moins largement rééquilibrés. L’Europe semble peu à peu trouver avec la Chine et la Russie des alliés de poids dans sa lutte contre la pandémie due au coronavirus. Soutien médical déployé en urgence, envoi de spécialistes…La France de son côté a réceptionné mercredi 18 mars un million de masques médicaux en provenance de la Chine. Quelques jours plus tôt, 300.000 masques avaient aussi été envoyés par la Chine à la Belgique, et 500.000 à l’Espagne. Vladimir Poutine a répondu à l'appel au secours du Président du Conseil italien Giuseppe Conte. L’armée russe a ainsi envoyé de l’aide médicale en Italie. Pas rancuniers, les Russes. L’Europe leur a infligé un embargo, mais ils lui viennent en aide.

Intensément mobilisés, voire débordés, les systèmes de santé européens n’ont pas d’autre choix que d’accepter ce précieux soutien. Symbole saisissant de ce contraste, quand les citoyens français ou espagnol se retrouvent aux fenêtres de leurs immeubles pour applaudir les soignants chaque soir à 20heures, les habitants de Wuhan chantent désormais l’hymne national pour célébrer leur "victoire" contre le virus.

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