Sotigui Kouyaté: "Toute organisation qui permet aux peuples de se rencontrer fait du bien au monde d'aujourd'hui."

05/05/2020

 

Sotigui Kouyaté se définissait comme un homme de la culture mandingue, d'où viennent les griots. De parents guinéens, il est né le 19 juillet 1936 à Bamako, au Mali, puis il a vécu au Burkina Faso. "La première famille de griots, ce sont les Kouyaté, je suis un de leurs descendants, aimait-il à raconter de sa voix chaude et douce. En Europe, on ignore ce que veut dire griot: pas seulement un conteur, mais tout à la fois le dépositaire de la mémoire de son peuple, mémoire uniquement orale, un maître de la parole, un généalogiste qui connaît toutes les ascendances de chacun, le maître des cérémonies, gardien des traditions et des coutumes, et, surtout, un médiateur. Le griot est celui qu'on épargne durant les batailles parce qu'on aura besoin de lui ensuite pour faire la paix, celui aussi qui tente de résoudre les conflits au sein des familles, là où le chef n'a pas à intervenir."

Cette ascendance aurait pu déterminer la carrière d'acteur de Sotigui Kouyaté. Ce ne fut pas le cas, en tout cas au début. Le jeune homme a exercé divers métiers. Qui aurait cru que l’ancien footballeur professionnel, deux fois sélectionné en équipe nationale malienne, en tant que capitaine, lâcherait aussi subrepticement une carrière dorée pour se hasarder dans les aléas des planches théâtrales?

 

En effet le "Doyen" avait exercé plusieurs métiers au paravent dont l'enseignement, la menuiserie, le secrétariat à la Banque d'Afrique occidentale, la radio, le football. En 1966, il se lance dans le théâtre, à la demande de son ami Boubacar Dicko, qui lui donne un rôle dans une pièce historique. Dans la foulée, Sotigui Kouyaté crée une compagnie, écrit, met en scène et joue, dans un élan volontairement populaire.

Longtemps après, il rencontre Peter Brook, illustre figure du théâtre britannique, voire du théâtre contemporain dans le monde.

Dans Le Mahabaharata, l’un des spectacles les plus remarquables de Brook, sa prestation scelle les relations entre les deux artistes pour un périple qui s’enrichira au fil des années: La Tempête, L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau, Qui est là, Antigone, Hamlet, Le costume et Tierno Bokar.

Plus qu’un comédien fétiche de Peter Brook, Sotigui Kouyaté a été son partenaire incontournable.

Au cinéma, Sotigui Kouyaté ne manqua pas de cultiver une participation qui lui a valu de décrocher, en 2009, l’Ours d’argent du meilleur interprète masculin.

Il fut dirigé par des noms emblématiques: Oumar Sissoko, Salif Keïta et Rachid Bouchareb.

Kouyaté a été, en outre, le parrain de l’Association théâtrale Vent d’Afrique.

Décédé le 17 avril 2010, à Paris, à l’âge de 74 ans, des suites d’une longue maladie. Maladie qui ne l’empêcha de poursuivre sa carrière artistique avec la même ferveur des années 60. Lorsqu’il a été invité par les Journées théâtrales de Carthage pour un hommage en 1993 et revenu en 2001, il a montré un intérêt respectueux de l’expérience théâtrale tunisienne.

Pour Peter Brook, Sotigui Kouyaté était "un homme qu'on ne peut comparer à personne. Il avait cette qualité extraordinaire d'avoir les pieds sur terre, et une profondeur unique".

De sa filmographie, on retiendra "Le Maître des éléphants", de Patrick Grandperret (1995), "La Genèse", de Sissoko Oumar (1999), "Keita, l'héritage du griot', sous la direction de son fils Dani Kouyaté (1997) et les deux films tournés avec Rachid Bouchared: "Little Senegal" (2001), dans lequel Sotigui Kouyaté campe un splendide vieil homme sénégalais en quête de sa famille vendue en esclavage au Nouveau Monde, et "London River". Dans ce dernier film, il interprète un père musulman à la recherche de son enfant disparu au moment des attentats meurtriers de Londres, en juillet 2005.

 

De Sotigui Kouyaté, les hommes de théâtre de toute l’Afrique et du monde en gardent un souvenir où s’entremêlent le respect dû à une expérience profondément gérée et l’admiration d’un grand créateur qui a su laisser vives sa curiosité et son humilité.

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