8 minutes et 46 secondes: "L’heure de la justice raciale a sonné".

10/06/2020

"Il n’a pas juste changé l’Amérique, il a changé le monde". De nombreux citoyens américains ont partagé cette certitude lors des funérailles de George Floyd, à Houston, le 09 juin 2020. Alors que les manifestations se poursuivent dans le monde entier, Joe Biden a insisté dans une vidéo diffusée lors de la cérémonie: "L’heure de la justice raciale a sonné".

Ce vœu du candidat démocrate aux prochaines élection présidentielles américaines a plusieurs fois retenti dans les travées du Fountain of Praise de Houston pendant plus de deux heures. Ainsi des membres de la famille de George Floyd, des élus, des figures des droits civiques dont le révérend Al Sharpton et des stars du show-biz se sont succédé au micro pour dire leur colère, leur tristesse mais aussi leur espoir que l’enfant du pays, qui a agonisé pendant 8 minutes et 46 secondes sous le genou assassin de Derek Chauvin à Minneapolis, ne soit pas "mort en vain". Sur de nombreux masques, on pouvait lire les derniers mots de George Floyd, "I can’t breathe" ("Je ne peux pas respirer"), et les slogans repris par les manifestants, "Justice for George Floyd" et "No justice, no peace" ("Pas de paix sans justice").

 

Pour Al Green, représentant démocrate du Texas à la Chambre des représentants des États-Unis depuis 2005, il n’y’a aucun doute que "le crime de George Floyd, c’est d’être né noir". Le représentant texan a demandé la création "d’un ministère de la réconciliation" et qu’une partie du budget de la police soit "injecté dans nos communautés". Dans son eulogie, le révérend Al Sharpton a réclamé que "justice soit rendue" et que le policier Derek Chauvin aille "en prison pour ce crime". Et puis il a invité les familles de Trayvon Martin, d’Eric Garner, de Michael Brown et d’autres victimes de violences policières ou de crimes racistes, présentes dans l’assemblée, à se lever, avant de conclure en paraphrasant l’Empereur Haïlé Sélassié I: "Tant qu’une vie noire n’aura pas autant de valeur qu’une vie blanche, notre combat continuera".

Toujours dans les symboles comme seuls savent le faire les américains, la présidente démocrate du Congrès, Nancy Pelosi, le chef de la minorité démocrate du Sénat, Chuck Schumer, ainsi qu'une vingtaine de parlementaires, dont plusieurs élus noirs américains, se sont agenouillés lundi pour observer 8 minutes 46 de silence en hommage à George Floyd et d'autres Américains noirs "qui ont perdu leur vie de façon injuste" dans le "Hall de l'Emancipation", nommé en hommage aux esclaves qui ont travaillé à la construction de son siège à Washington, le Capitole, au 18e siècle, avant de dévoiler une proposition de réforme de la police.

Le "Justice and Policing Act" qui sera présenté devant les deux chambres entend entre autres créer un registre national pour les policiers commettant des bavures, rendre plus faciles les poursuites judiciaires contre les agents, repenser leur recrutement et leur formation. Son avenir au Sénat, à majorité républicaine, reste incertain.

De façon plus proche du drame, dressant le constat d'une "police structurellement raciste", une majorité des membres du conseil municipal de Minneapolis a émis dimanche le vœu de la démanteler et de reconstruire en concertation avec la population "un nouveau modèle de sécurité publique".

 

Face à ces manifestations faisant suite au meurtre de l’Afro-Américain, George Floyd, le monde a été traversé par des manifestations et notamment des Africains de la diaspora. Des manifestants, qui, au-delà de l’indignation contre la brutalité policière, protestent aussi contre les inégalités raciales et d’autres meurtres de Noirs comme en France avec celui de Adama Traoré ou encore Martin Trayvon aux Etats-Unis. Des villes entières sont prises d’assaut par des manifestants, bravant les restrictions sanitaires et brandissant des banderoles sur lesquelles on peut lire "Black Lives Matter" en Français "la vie des Noirs compte" ou encore "Je ne peux pas respirer".

Cette mobilisation spontanée témoigne l’élan de solidarité existant entre les Noirs de la diaspora et le souci de changer le regard flou souvent posé sur eux, un regard brouillé par les stéréotypes, les préjugés et les discriminations raciales, face à la passivité devant la montée des tueries, des brimades, à l’activisme de groupes xénophobes et racistes envers des ressortissants de pays d’Afrique dans les pays d’accueil qui contraste d’avec l’inaction de certains gouvernements africains assistant impuissants à ces atrocités, alors qu’ils sont capables de faire pression sur les décideurs et lutter ainsi contre cette destruction humaine. A ce jour, face à ces maux qui rongent le continent, seuls les acteurs de la société civile, les membres des mouvements citoyens ou les musiciens tels que Tiken Jah Fakoly , Didier Awadi , Salif Keïta contribuent à la révolution des mentalités des peuples africains.

Le bouleversement des marqueurs à venir aux Etats-Unis suite aux manifestations d’indignation de l’assassinat de George Floyd ne sont possible que dans ce pays aux paradigmes parfois insupportables mais qui au moins le mérite d’assumer la réalité de sa société: une société qui conjugue avec la reconnaissance de Communautés et de Races.

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